La sélection Un Certain Regard dévoile un premier film belge d’une maturité étonnante. Coup de cœur inattendu.

Ne vous méprenez pas, GIRL n’est pas un nouveau film de Céline Sciamma. Pourtant, le visuel de l’affiche ainsi que le synopsis nous rappellent forcément Naissance des Pieuvres et Tomboy, deux œuvres de la jeune auteur-réalisatrice française. GIRL, c’est le premier film d’un réalisateur belge qui se nomme Lukas Dhont et qui devient dorénavant un sérieux prétendant pour aller décrocher la Caméra D’or.

Lara est une jeune adolescente de 15 ans qui aspire à devenir danseuse étoile. Or, Lara n’est pas tout à fait une fille et désire changer de sexe rapidement. Autour d’elle, sa famille est composée de son père qui la soutient magnifiquement et de son jeune frère de 6 ans. Il manque une figure maternelle dans ce portrait familial, un rôle que le père acceptera parfois d’endosser tout en finesse, pour suivre le parcours difficile de sa fille et l’aider à trouver sa place dans une société alors que son corps n’est pas le sien. Le sujet, délicat, avait déjà été traité par Xavier Dolan et son Laurence Anyways mais d’une manière plus pop et finalement moins intimiste. Car pour un premier long-métrage, Lukas Dhont frappe très fort à tous les niveaux.L’objectif que poursuit Lara est dénué de tous clichés. La justesse des dialogues nous étonne, de même que la spontanéité de tous les interprètes. Au milieu des autres filles de sa classe de danse, Lara devra s’intégrer tout en acceptant leur regard. C’est pour cela que les éclats de rires côtoieront parfois l’humiliation, que les baisers cèderont leur place aux larmes. Évoluant à un âge où tout va vite et où tout doit aller vite, Lara, dans sa volonté de procéder à la reconstruction chirurgicale, se néglige et souffre de ce morceau d’elle qui est de trop. Lukas Dhont filme le mal-être de son personnage avec une sensibilité et une pudeur remarquables. Caméra à l’épaule, toujours très proche, ne décrochant que pour aller voir ce qui se passe du côté des personnages secondaires, eux-mêmes superbement dirigés, il se place toujours là où il doit être, nous faisant virevolter lors des séquences dansées, puis souffrir au moment de constater les résultats de ces intenses sessions.

“Intelligence, sensibilité, pudeur et retenue ; un premier film touché par la grâce.”

Si l’écriture du récit et de la caractérisation des personnages force le respect pour une première œuvre, il aurait été criminel de ne pas souligner la performance exceptionnelle de Victor Polster, jeune acteur au physique très marqué dont les traits se prêtaient idéalement à la délicatesse de l’histoire. Son face-à-face avec Arieh Worthalter, qui joue son père, fera surgir souvent de nombreuses émotions, aussi parce qu’il livre également une performance admirable, plein d’amour envers sa fille. Bien que touché par la grâce, GIRL n’est pas parfait, en témoigne la présence de séquences répétitives et d’une baisse de rythme à mi-parcours. Mais que cela aura été beau et éprouvant à la fois, de suivre l’envol d’un oiseau né sans ses ailes.

Critique publiée le 12 mai 2018 lors de la Projection au Festival de Cannes

Loris Colecchia

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GIRL, un premier film qui force le respect - Critique
Titre original : Girl
Réalisation : Lukas Dhont
Scénario : Lukas Dhont, Angelo Tijssens
Acteurs principaux : Victor Polster, Arieh Worthalter, Valentijn Dhaenens, Katelijne Damen
Date de sortie : 10 Octobre 2018
Durée : 1h45min
4.0Note finale
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