A l’occasion d’une table ronde organisée par l’agence de communication Bubbling Bulb, nous avons pu rencontrer, avec une poignée de blogueurs, , réalisateur de DISCOUNT, en salle le 21 Janvier (places à gagner ici). Une rencontre agréable avec un jeune réalisateur qui porte un regard pertinent sur la société, optimiste sur l’avenir, et qui nous parle de son travail avec beaucoup d’humanité.

Racontez nous la genèse du film

J’ai écrit Discount avec Liza Benguigui, la productrice, qui avait 25 ans quand on a commencé. Nous avons mis cinq ans à le monter. Au moment de tourner il n’y avait pas de distributeurs et donc pas de certitudes que le film sortirait en salle. Finalement Wild Bunch a signé trois semaines avant que le film ne soit montré au Festival du film d’Angoulême.

Cette projection au Festival du film d’Angoulême a changé quelque chose ?

On pensait avoir juste un petit papier quelque part, genre un coup de cœur. On a eu le prix du public et ça a provoqué une présence médiatique très forte qui a amené à une tournée de 50 dates ! Pour moi on est vraiment outsider de chez outsider !

© Wild Bunch Distribution

© Wild Bunch Distribution

Quelle a été la plus grande difficulté sur le film ?

J’ai l’impression qu’il n’y a pas vraiment eu de difficultés. Quand le film arrive à son terme on ne retient que le positif. Le seul truc compliqué, techniquement, c’était la lumière. On a tourné dans le Nord-Pas-de-Calais où il y a six heures de jour pour neuf heures de tournage. Donc une course contre la montre.

Pour votre premier long-métrage en tant que réalisateur cela ne vous a pas inquiété ?

J’ai été assistant réalisateur pendant dix ans en France et à l’étranger et j’ai appris à me dire qu’il n’y a pas de difficultés mais que des solutions. C’est l’état d’esprit qu’il faut avoir.

Vous avez eu recours au financement participatif. D’où est venue l’idée ?

De Liza, ma productrice, qui lors d’un rapprochement avec des étudiants à la Sorbonne a rencontré un des créateurs de Touscoprod, une plateforme de financement participatif.

Vous pensiez que cela serait déterminant ?

Pas du tout. Je pensais même que ce n’était pas utile vu qu’on aurait récupéré quelques milliers d’euros, ce qui est peu par rapport au financement d’un film. Mais là où ça a été intéressant, et la productrice a bien senti le truc, c’est que ça a créé un lien social avec les gens.

Ce lien s’est-il fait ressentir sur le tournage également ?

Oui, comme c’était un premier film, les gens voulaient nous aider. Il y a même des figurants qui ont mis leur salaire à contribution.

Quel a été le rapport avec tous ces coproducteurs ?

Ce qui a été génial c’est de voir l’interaction. On a pas 184 coproducteurs mais 184 ambassadeurs du film qui ont pris le film à bras le corps. Et la presse nous parle que de ça comme si c’était un truc extraordinaire. Ca l’est parce qu’on est en interaction quotidienne avec eux. Ca nous a plus rapporté en notoriété sur les valeurs qu’on véhicule dans le film.

Quelle somme avez-vous récolté ?

25.400€. On a eu des dons qui allaient de 5€ à 500€. On a mis toutes ces personnes au générique évidement, et on leur a envoyé, avant Noël, des cadeaux, des t-shirts, des DVD, des éléments du décors…

Vous avez également mis en place la première bande annonce solidaire.

Tout à fait. J’en suis très fier, ça faisait longtemps que je voulais faire ça. On est le premier film en partenariat avec les Restos du Cœur pour qui les recettes de la bande annonce seront reversées. Plus vous partagez la bande annonce (ici), plus les Restos seront aidés.

Qui a réalisé cette bande annonce ?

C’est une agence qui s’appelle SLP qui l’a faite avec moi. C’est très dur de faire une bande annonce en fait ! Mais je l’aime beaucoup.

C’était important que votre premier film parle de la solidarité ?

Oui dans le sens où l’origine du projet c’était sur l’entraide et la solidarité. Mais pour un premier film c’était important de faire un film avec du sens, qu’il soit solaire, qu’il ouvre le débat, que cela ne soit pas moralisateur ni misérabiliste.

”Moi j’ai envie d’y croire, de me dire que même si la réalité est dure il y a de l’espoir”

Quelle est l’origine du scénario ?

En partie d’un fait divers. Celui d’Anne-Marie, une caissière licenciée pour faute grave après avoir volé un ticket de promotion. Quand je suis allé la voir, j’avais déjà une grosse partie du scénario. J’ai vu toute l’aide qu’elle a reçu, des lettres de soutient, de l’argent, des tickets restaurants… Là j’ai compris la tonalité du film, que Discount serait une comédie parce qu’elle en riait.

Pourquoi avoir choisi de tourner dans le Nord- Pas-de-Calais ?

J’ai été assistant sur Bienvenue chez les Ch’tis de Danny Boon et A l’origine de Xavier Giannoli. J’ai donc été pas mal de temps dans la région et j’ai rencontré des figurants tellement sympathiques que j’avais vraiment envi de tourner là bas.

Comment avez-vous choisi les acteurs ?

Je voulais des acteurs qui pensent davantage à leur personnage qu’à leur image. Il ne faut pas oublier qu’on ne fait que du cinéma.

L’humour passe beaucoup par des dialogues simples et naturels. Y a-t-il eu une part d’improvisation ?

Oui beaucoup. En fait ce sont des phrases qui sont apparues pendant le tournage et qui ont été reprises pour le film. Par exemple lorsqu’une des figurantes dit à un des jeunes qu’il a une tête de délinquant, ça s’est passé comme dans le film cinq minutes avant de tourner. J’ai trouvé ça tellement drôle que je lui ai demandé de le refaire. Egalement il faut savoir que je ne fais aucune répétition, j’aime bien l’instinct, l’authenticité. Et toutes les séquences avec la figuration ont été faites en une prise. Du coup ça donne des dialogues vrais qui me font mourir de rire.

Parlez nous des personnages.

Ce sont des personnages qui réagissent face à une crise, avec qui on peut rire de la crise, comme les comédies anglaises post Thatcher, ou même italiennes. Des personnages qui sont humains et faillibles. C’est ce qui crée des situations drôles, mais pas que… Car il y a un système social qui est dur. Et finalement ce ne sont pas des personnages qui se battent pour avoir plus, ils veulent juste conserver ce qu’ils ont.

Vous mettez en scène un monde assez dur.

Les personnages sont dans un univers difficile mais ils ne se plaignent pas. L’idée c’est que, oui ils sont en situation précaire, mais c’est le système qui est aveugle par rapport aux travailleurs pauvres. Pourquoi le système pousse des gens honnêtes à transgresser ? Elle est là la question. Eux ils sont à deux doigts d’être SDF. Mais ça ne les rend pas triste, ils ne se plaignent pas. Ca vient du fait que moi j’ai envie d’y croire, de me dire que même si la réalité est dure il y a de l’espoir.

C’est un peu tourné comme un conte en fait.

Oui c’est vrai. Un peu comme une fable moderne, mais d’une réalité vraie. Des personnages ordinaires à qui il arrive quelque chose d’extraordinaire.

Vous parlez beaucoup de solidarité. C’est ce qui revient comme leitmotiv dans le film.

Pour moi, la solution à un système qui pousse à l’individualisme, à une crise qui isole, c’est l’entraide. L’histoire nous prouve que dès qu’on vit quelque chose de dramatique il y a une sorte de rassemblement. Discount c’est l’histoire d’une union. Mais il faut se demander, on est solidaire jusqu’à quel point ? Parce que le système est toujours plus fort.

Mais alors pourquoi ce titre ? et pas Solidaire ?

Parce qu’on va tous être « discount » à un moment donné. Etre remplacé par quelqu’un ou quelque chose de moins cher, de plus jeune, de plus réactif… Et les personnages du film arrivent, comme les produits, à date de péremption.

© Wild Bunch Distribution

© Wild Bunch Distribution

Comment le film a-t-il été reçu ?

Il y a surtout eu beaucoup de témoignages. Une dame qui m’a pris en aparté, les larmes aux yeux, pour me dire qu’elle était dans une situation similaire. Une autre, une directrice de magasin, m’expliquait que j’étais bien en dessous de la réalité et que pour elle le travail était très dur d’un point de vu de la misogynie au travail.

Vous pointez du doigts une réalité sur le gaspillage alimentaire.

Je n’ai pas de prétention politique et la fin est ouverte au débat. Moi je suis juste réalisateur. Le débat il doit être aussi citoyen. Il faut savoir qu’il y a des Hard Discount qui donnent et trient, mais cela n’est pas généralisé, comme en Belgique par exemple. D’un côté il y a des associations qui n’ont pas les moyens techniques ni humains pour aller chercher ces produits, et d’un autre des directeurs qui veulent donner mais qui ne peuvent pas parce que ça coûte des charges ou simplement parce qu’ils ne savent pas comment.

Le film pourrait-il avoir une impacte auprès des directeurs de magasins, des politiques et des associations pour créer des passerelles ?

En fait il y en a déjà plein des passerelles. La lutte contre le gaspillage est plus large que la grande distribution. Il y a par exemple Eqosphère, une startup qui met en interface les grandes surfaces et les personnes qui auraient besoin de leurs produits. Egalement OptiMiam que je trouve génial. Ce sont des commerçants qui préviennent où et quand ils vont se débarrasser d’aliments pour que les gens viennent les récupérer gratuitement ou à moindre coup. Et aussi il y a Checkfood, une application Smartphone qui permet de donner ses aliments dans l’association la plus proche. Mais si Discount arrive à faire l’interface entre les associations et les directeurs ça serait chouette.

INFORMATIONS

[rating:7/10]

21 janvier 2015 Discount


– CRITIQUE
CONCOURS : des places de ciné à gagner !

Titre original : Discount
Réalisation : Louis-Julien Petit
Scénario :  Louis-Julien Petit, Samuel Doux
Acteurs principaux : Olivier Barthelemy, Corinne Masiero, Pascal Demolon
Pays d’origine : France
Sortie : 21 janvier 2015
Durée :  1h45min
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Synopsis : Pour lutter contre la mise en place de caisses automatiques qui menace leurs emplois, les employés d’un Hard Discount créent clandestinement leur propre « Discount alternatif », en récupérant des produits qui auraient dû être gaspillés…