Ce mercredi 27 mars sort au cinéma Dumbo, relecture du film de par , qui dit s’être intéressé au célèbre éléphanteau en raison de son côté marginal. L’occasion de revenir sur les personnages qui ont marqué la filmographie du réalisateur des Noces Funèbres et de Mars Attack !.

Edward aux mains d’argent, Sweeney Todd, l’Etrange Noël de Monsieur Jack, Ed Wood, Frankenweenie… et tout récemment DumboLorsque Mark Salisbury interroge Tim Burton sur le fait que beaucoup des titres de ses oeuvres comportent le nom de son personnage principal, le réalisateur répond que cela s’explique sans doute par le fait que ses films sont avant tout des études alternatives de caractères qui prennent le pas sur l’intrigue. Raison donc pour s’intéresser aux personnages burtoniens et à ce que ceux-ci traduisent de la personnalité de son créateur.

Alors qu’il travaille en tant qu’artiste concepteur chez Disney, Tim Burton parvient à se faire offrir la somme nécessaire à la production de son court métrage d’animation Vincent. Celui-ci traite de l’histoire d’un petit garçon qui rêve de devenir Vincent Price, acteur de films d’épouvantes adulé par Burton. Concentré de son univers qui sera développé par la suite dans sa filmographie et porteur d’une poésie et une noirceur envahissantes, Vincent frappe également par la similitude entre le personnage principal et son créateur. Lorsqu’il est interrogé à ce sujet, Burton explique que ce fait vient de son investissement sans borne dans ses œuvres, qui passe par son besoin d’identification. Il explique par exemple que pour Vincent, il n’est pas parti de l’idée de dessiner un personnage qui lui ressemble, mais qu’il était évident que sa création se fondait sur des sentiments qu’ils éprouvaient.

Michelle Pfeiffer en Catwoman, dans le Batman de Tim Burton

L’aspect cathartique de la création telle que définie par Burton inonde son œuvre, éclaboussant également ses dessins et ses comptes. Il décrit par exemple son recueil illustré La Triste Fin du petit enfant huître et autre histoires, qui traite de la douleur l’adolescence, comme une porte ouverte sur sa personnalité aux fins d’un exercice qu’il définit comme un exutoire. Il dit avoir été marqué plus jeune par une angoisse liée au fait qu’il ne savait pas qui il était, par des questionnements existentiels sur sa personnalité qu’il s’efforçait d’apaiser par son art. Cette obsession irradie dans l’aspect même de ses créatures rapiécées, à l’image de Catwoman dans son Batman, de Sally dans l’Etrange Noël de Monsieur Jack ou de Frankenweenie. Ces personnages traduisent son sentiment d’être composé de morceaux éparpillés et de devoir rassembler ses esprits en permanence. Métaphore sheleyienne pour rendre tangibles les sutures liant ses divagations et ses pensées.

À travers ses histoires, Tim Burton semble également prendre une revanche sur certains pans de sa vie et construire un monde en phase avec ses expériences. Dans Edward aux mains d’argent, Kim quitte Jim, son petit ami sportif et populaire, pour Edward. Lorsqu’il est interrogé sur ce choix de scénario, le réalisateur explique avoir voulu traduire ses sentiments à l’égard de certaines personnes qu’il avait croisées à l’adolescence, persuadé que les gens considérés comme marginaux en étant jeunes finiraient par être plus heureux que les autres.

dans Edward aux mains d’argent

Cette volonté de donner forme à ses sentiments et à son vécu par le biais ses créations conduit immanquablement à l’élaboration d’un profil particulier à ses personnages auxquels ils s’identifient.  

Ceux-ci se caractérisent ainsi généralement par leur introversion et leur caractère torturé. A l’image d’Ichabod Crane dans Sleepy Hollow. Chargé d’enquêter sur des décapitations dans un petit village, il apparaît comme un personnage aussi intelligent que névrosé, dont les conflits internes le conduisent parfois à s’isoler du reste du monde. Un isolement qui caractérise également Sweeney Todd, que Burton a considéré comme étant le personnage préféré de sa carrière. Il décrit le barbier sanguinaire grimé par Johnny Depp comme un être mutique et renfermé, arborant une folie fondée sur le tragique de sa vie. Les monstres qui peuplent l’univers burtonien sont tout aussi représentatifs de l’esprit qui les a engendrés.

Des squelettes des Noces funèbres au dragon d’Alice aux pays des merveilles en passant par le cavalier sans tête de Sleepy Hollow, l’affection de Tim Burton pour les créatures transparaît sans cesse. Lorsqu’il s’exprime à ce sujet, il explique que les monstres ne sont considérés comme tel que par le biais des gens qui les entourent mais qu’ils n’ont en réalité rien d’hideux. Il explique de ce fait se sentir une profonde parenté avec eux, lui ayant été rapidement catalogué comme une personne lunaire.

Alice au pays des merveilles de Tim Burton

On retrouve d’ailleurs cette caractéristique dans de nombreux héros burtoniens, à l’image d’Ed Wood, réalisateur marginal et incompris, ou encore de Willy Wonka, héros antisocial qui habite exclusivement son propre esprit. Ces deux personnages vouent également, tout comme Burton, un véritable culte à la création, dans un enthousiasme enfantin. Le Cinéma d’Ed Wood et la Chocolaterie de Willy Wonka constituent ainsi des passions qui les consument, inconditionnellement, ce que Burton admire et chose à laquelle il s’identifie totalement. L’inventivité, la quête d’un univers particulier, animent en effet nombre de ses personnages. Dans l’Etrange Noël de Mister Jack, Jack est motivé par la volonté de célébrer Noël d’une façon nouvelle, dans Alice au pays des merveilles, la jeune héroïne cherche à s’émanciper d’une société qui l’opprime et d’un destin qu’elle n’a pas choisi.

Le défilé de personnages qui traverse l’œuvre de Tim Burton parvient à dresser une palette complète des traits de la personnalité ambivalente de son créateur et de la richesse de son univers. Des héros torturés, marginaux, à la créativité parfois exacerbée, à l’image du réalisateur qui les a sublimés en les faisant évoluer dans des mondes singuliers. A cet égard, Dumbo, éléphanteau aux oreilles démesurées que l’on transforme en clown, répond parfaitement à la figure du héros burtonien.

Claire

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