Cette année marque le 100e anniversaire de la naissance de l’actrice Ingrid Bergman (morte le 29 août 1982, jour de son 67e anniversaire). Une véritable légende du 7eme art, révélée à Hollywood après avoir fait ses classes en Suède, son pays natal. Pour l’occasion, l’éditeur M6 Vidéo publie un coffret de neuf DVD qui regroupe la majorité des films d’Ingrid Bergman durant sa période suédoise : Le Conte du pont au moine (1935), Les Swedenhielm (1935), La Nuit de la Saint-Jean (1935), Intermezzo (1936), Dollar (1938), Un visage de femme (1938), Une seule nuit (1939) et Quand la chair est faible (1940). Un ensemble que complète le documentaire inédit Je suis Ingrid, présenté cette année lors du Festival de Cannes dans la section Cannes Classics, basé sur les journaux intimes de l’actrice, des témoignages d’amis et de personnalités, des documents d’époques et des films privés dans lesquels on la découvre au naturel. Le tout raconté par ses quatre enfants.
Des œuvres particulièrement rares, sur lesquels nous reviendrons durant les jours à venir, qui en font un objet riche et passionnant.

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Un coffret d’autant plus intéressant qu’on dénote de véritables périodes précises dans la carrière de l’actrice. Débutant donc en Suède, elle obtient son premier rôle au cinéma à seulement 19 ans, dans Le Conte du pont au moine d’Edvin Adolphson. S’en suit une dizaine de films suédois (entrecoupés d’un passage éclair en Allemagne dans Quatre filles courageuses de Carl Froelich) parmi lesquels Intermezzo de Gustaf Molander. Un film capital qui la fera remarquer par l’Américain David O. Selznick qui décidera de produire, en 1939, le remake éponyme du film. Ingrid Bergman reprend le même rôle et voit les portes d’Hollywood s’ouvrir à elle. C’est aux États-Unis, à ses débuts, qu’elle perfectionne son anglais « américain » et qu’elle tient tête à un Selznick compliqué et désireux de la changer. Il n’y parviendra pas et se résignera à la vendre comme l’actrice anti-star system. Elle s’impose, toujours sûre de ses choix, grandit artistiquement, devient une icône et obtient par la suite le succès et la superbe carrière qu’on lui connaît. Elle recevra trois Oscars, pour sept nominations, meilleure actrice en 1945 pour Hantise, en 1957 pour Anastasia et en 1975 dans un second rôle pour Le Crime de l’Orient-Express.

En dépit de l’aventure américaine, la Suède restera toujours quelque chose de fort pour Ingrid Bergman. Quelque chose qui ne se limite pas à des origines. Même si son pays natal ne lui rendit pas forcément bien – souvent dur avec ceux qui partent à l’étranger -, elle refusa toujours d’adopter la nationalité américaine, au grand dam d’Hollywood, et d’oublier son passé. « Tant que la Suède existera, je ne pourrai pas être une Américaine heureuse », déclarait-t-elle. Ce qui ne l’aida pas particulièrement lorsqu’elle se retrouva au cœur d’un scandale conjugal en quittant son mari pour aller vivre en Italie avec le cinéaste Roberto Rossellini qui lui offrira un rôle dans cinq de ses films, trois enfants et marquera une nouvelle période de sa carrière.

La Suède, elle la retrouvera (ou du moins la frôlera) à la fin de sa vie en interprétant une pianiste suédoise (comme dans Intermezzo) qui réside à l’étranger depuis longtemps, dans Sonate d’automne, sous la direction de son presque homonyme Ingmar Bergman, sans lien de parenté. Un rôle très proche de sa propre vie, qui aurait pu devenir autobiographique si ce personnage de «  femme impitoyable, égocentrique, qui a délibérément sacrifié sa vie émotionnelle à son art » comme l’écrit John Russell Taylor (Admirable Bergman, éditions Ramsay, 1984) n’avait pas été autant aux antipodes du caractère d’Ingrid Bergman. L’opposé direct de toute sa vie, comme un hommage, qui réside dans sa dernière présence sur grand écran, en 1978, quelques années avant sa mort.

INGRID BERGMAN

Avec ce coffret contenant les principaux premiers rôle d’Ingrid Bergman, dont la majorité sous la direction du réalisateur Gustav Molander (on trouve ici cinq de leurs six collaborations), ce sont les origines d’une des plus grandes actrices et personnalités du cinéma que nous découvrons aujourd’hui. Ou comment son jeu, sa présence et son aura se sont développés pour donner naissance à la star dont on se souvient désormais. Celle de Casablanca, d’Hitchcock, de Rossellini, d’Anastasia ou bien peut-être de Sonate d’automne, c’est au choix. L’intérêt de ce coffret vient donc clairement des films en soi – remasterisés en haute définition mais ne disposant malheureusement pas de compléments – à découvrir (ou redécouvrir, pour une poignée on suppose). Des films rares et méconnus qui présentent les prémices d’une carrière et d’une vie qui rayonnent encore et toujours.

Pierre Siclier

Retrouvez à partir de samedi 7 novembre nos critiques des 8 films suédois du coffret.

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Ingrid Bergman : la période suédoise en DVD

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