Photo du film LA MAISON DES FEMMES de Mélisa Godet avec Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara
Crédits : Marie Rouge

LA MAISON DES FEMMES, les héroïnes du quotidien

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Avec son premier long métrage LA MAISON DES FEMMES, la réalisatrice Mélisa Godet plonge le spectateur dans le quotidien de la Maison des Femmes de Saint-Denis, dont l’équipe soignante accompagne et répare les femmes victimes de violences. Karin Viard, Laetitia Dosch, Oulaya Amamra et Eye Haïdara en sont les touchantes interprètes.

La reconstruction des femmes victimes de violence au cœur de La maison des femmes

Dans LA MAISON DES FEMMES, Mélisa Godet donne à voir la mission des soignants de la Maison des Femmes de Saint-Denis. Ce type de sujet est plutôt périlleux dans le sens où il s’agit de trouver la bonne distance émotionnelle et de flirter habilement, sans s’y laisser submerger, avec le pathos et le discours larmoyant. Mais la réalisatrice évite brillamment l’écueil et réussit à embarquer le spectateur dans une belle aventure humaine et féministe.

Sans doute parce qu’elle retranscrit avec sincérité la réalité du travail, du rapport aux femmes victimes et des relations entre collègues, sans en omettre les zones d’ombre, les différends, les questionnements et l’impuissance. C’est en effet sous le prisme de l’équipe soignante, au travers du regard d’Inès (Oulaya AmamraLe sel des larmes), lors de son dernier stage d’internat en médecine, que le spectateur pénètre dans l’antre salvatrice.

Un métier d’accompagnement dont on ne sort pas indemne

Avec pudeur, LA MAISON DES FEMMES montre la façon dont les femmes survivantes trouvent écoute et soutien, se racontent, se rencontrent, pansent leurs blessures, découvrent l’estime de soi, se divertissent aussi. Le film ne fait pas l’impasse sur le refus, somme toute naturel, de certaines femmes à se reconnaître et s’accepter comme victimes de violences. Par son côté réparateur et sa capacité à rendre attachant le parcours vibrant de chaque personnage, LA MAISON DES FEMMES fait d’ailleurs souvent penser au touchant Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry.

Les personnages de cette équipe de choc, desquels se dégagent une empathie et une énergie incroyables, sont écrits avec justesse et incarnés par des actrices émouvantes. Inspirée de la gynécologue obstétricienne Ghada Hatem, Karin Viard est Diane, la directrice. Elle se bat autant pour trouver les moyens de faire continuer à exister la structure que pour reconstruire les clitoris des femmes victimes d’excision. Car LA MAISON DES FEMMES n’hésite pas à aborder frontalement et avec courage ce sujet encore tabou, échanges et schémas à l’appui.

Restaurer la confiance en soi et la féminité

Manon (Laetitia Dosch) et Awa (Eye Haïdara) permettent donc à Inès – et au spectateur – de comprendre comment se crée le cocon de confiance avec les victimes. Aux côtés de Lucie (Juliette Armanet) et Alexandre (Pierre Deladonchamps), Inès saisit tout l’intérêt de l’approche psycho-corporelle, mais aussi comment les limites se doivent d’être posées, autant avec les patients qu’avec les membres de l’équipe, qui doivent parfois faire face aux incivilités ou à l’échec de leur accompagnement. Enfin, avec Gilles (Jean-Charles Clichet), Inès a une meilleure idée de la bonne volonté et du bricolage budgétaire et logistique dans les associations.

On se vend mal, on ne se markete pas !

Diane, directrice

Car le film montre très bien comment les soignants sont liés par leur mission, cimentée par le soutien mutuel, le rire et le retroussage commun de manches pour chercher des financements. LA MAISON DES FEMMES est également intéressant dans sa façon d’aborder les dilemmes personnels auxquels sont confrontés les personnages, qui ont du mal à laisser leur métier à la porte de leur vie privée. Mélisa Godet met ainsi l’accent sur des conflits qui peuvent résonner avec ceux des spectateurs. Ainsi celui de femme de Manon, qui a du mal à trouver le juste équilibre entre son travail et sa vie de jeune maman. Ou celui de classe sociale d’Inès, poussée par sa mère médecin (Aure Atika) à travailler dans une clinique privée.

Est également évoqué l’écartèlement professionnel que connaissent tous ceux qui évoluent dans ces métiers du soin, sous-tendus par les contraintes de budget et de procédures. Ce conflit est d’ailleurs symbolisé par la présence de l’inspecteur général interministériel du secteur social (Laurent Stocker, de la Comédie-Française). Un inspecteur dont il est à souligner qu’à l’inverse de tous les protagonistes investis émotionnellement dans leur travail, lui seul n’a pas de prénom, impersonnel à l’image de la bureaucratie.

Mettant à l’honneur autant les victimes que les héroïnes du quotidien qui les accompagnent, LA MAISON DES FEMMES se révèle donc un film choral très juste, puissant, émouvant et ô combien nécessaire.

— Sylvie-Noëlle

Auteur·rice

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