Photo du film ELISE SOUS EMPRISE
Crédits : Films Grand Huit

Élise sous emprise, un premier film juste et vivant

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3.5

Élise croule sous les responsabilités qu’elle n’a pas choisies, sous les attentes d’un homme qui l’épuise, sous des crises de panique qui surgissent dans le métro, le bus, partout où l’on ne peut pas fuir. Marie Rémond signe avec Élise sous emprise une comédie dramatique habitée, drôle et juste, sur la lente reconquête de soi.

Assistante d’un metteur en scène de théâtre à Paris, Élise se voit proposer, du jour au lendemain, de reprendre sa place après sa mort brutale, afin que le spectacle puisse être joué. Réticente à endosser une si grande responsabilité, elle hésite, n’ose pas trancher et se retrouve à porter seule cet énorme projet. Les luttes d’ego des comédiens, les questions qui jaillissent de toutes parts et auxquelles elle ne sait pas répondre : les scènes de répétition sont assez cocasses, et l’on devine dans cet imbroglio de situations le regard lucide de la cinéaste.

Du côté personnel, Élise entretient une relation amoureuse compliquée avec un homme qui lui impose ses désirs et ses besoins. Tous ces non-dits, toutes ces violences qu’elle s’inflige à elle-même par peur de déplaire, de ne pas être à la hauteur, de ne pas être aimée, ressurgissent sous forme de crises de panique qui surviennent dès qu’elle se retrouve dans un espace fermé, le bus, le métro, le train. Elle lutte contre ses symptômes, tente de répondre aux besoins de tous sauf d’elle-même, jusqu’au coup de trop, celui où elle s’effondre psychiquement.

Élise sous emprise est une merveille de situations filmées avec grâce et beaucoup de drôlerie. Sans jamais tomber dans le pathos, encore moins dans le drame, on suit une jeune femme qui, après s’être fracassée contre une réalité trop oppressante, renaît et reprend confiance – dans les autres, dans les hommes – grâce au psychiatre joué par le trop rare Yannick Choirat, et au jardinier municipal campé par un Gustave Kervern tout en délicatesse.

La bande originale, dès la première scène, donne au film un rythme dynamique. Le travail sur le son est très immersif : en traduisant les sensations du corps d’Élise – ses battements de cœur qui s’accélèrent, les discussions qui s’entrechoquent, la pression qui monte –, le spectateur est plongé dans l’inconfort du personnage, presque dans sa tête. Il y a aussi de beaux moments de sororité avec le personnage d’Emma, et une vraie valeur accordée au collectif, à travers les groupes de parole à l’hôpital.

Il serait dommage de réduire ce film à son titre et à ce qu’il induit – l’emprise conjugale. Le sujet est à chercher ailleurs : du côté de la santé mentale, des femmes, des jeunes et des moins jeunes, de ce que chacun est prêt à concéder à l’autre sans se perdre. À ce titre, Élise sous emprise fait écho à Les Gens normaux n’ont rien d’exceptionnel de Laurence Ferreira Barbosa, avec une Valeria Bruni Tedeschi toute jeune. On y retrouve la même tendresse pour les êtres trop sensibles, le même goût pour les situations décalées et drôles. Marie Rémond se filme avec une infinie douceur, même dans les instants les plus difficiles, et avec une justesse qui force le respect.

Les scènes avec son compagnon, campé par un José Garcia très en forme et d’une finesse de jeu réjouissante, permettent de comprendre ce qui a pu plaire à Élise chez cet homme – sa carrure, son charme –, tout autant que ce qui cloche. Comme tout manipulateur, il souffle constamment le chaud et le froid, et a surtout besoin de briller en toute occasion, au détriment de sa compagne. On le voit agir impunément, dans un mépris total des ressentis de l’autre. Elle encaisse, jusqu’à ce que son corps craque.

C’est alors dans les rencontres que vient la lumière : un psychiatre qui écoute, un jardinier qui prend soin, une amie qui reste. Et même, dit le film avec une douce ironie, une chèvre pour comprendre les mécanismes de la peur. Marie Rémond signe là un premier long métrage habité, drôle et profondément humain.

— Marie B

Auteur·rice

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