Plus de 20 ans après la sortie du Jumanji originel, cette simili-suite suit la décontraction comme ligne distractive, et le virtuel comme expérience d’une jeunesse aspirée par une société de l’écran; tout en s’émancipant de l’original pour mieux appréhender la logique du divertissement contemporain basé sur une culture du gaming.
Il y a toujours eu une certaine dangerosité à s’attaquer à des œuvres aussi cultes, fédératrices et populaires que Jumanji. Une œuvre semblable à de légères foulées dans un parc de carnassiers, la virtuosité en moins, mais à la sympathie comme joint. Une œuvre qui serait plutôt comparable à l’attachement que nous pouvons porter à un crochet Spielbergien, là où la rationalité et l’objectivité n’ont pas leur place, et où la bienveillance se balance dans des cuillères d’imaginaire. Une aura au caractère générationnel donc, qui continue, encore aujourd’hui, de bercer l’imaginaire de ces enfants devenus adultes, comme une invitation pour lancer continuellement les dés de la nostalgie sur un plateau de souvenirs.
Car revoir Jumanji, c’est inévitablement faire face à une tragique mélancolie nimbée d’un spleen quasi enfantin. Celui de savoir que la cause de notre intérêt ne sera plus jamais de la partie ; de ces zygomatiques sollicités en des larmes d’amitié, un génie a rejoint le paradis. Y-avait-il une quelconque nécessité de rouvrir la boîte ? A cette question pouvant s’appliquer à n’importe quel reboot / remake contemporain de films à succès, une horde de fans s’empresserait de nous répondre un tas de commentaires aussi hostiles que cruels, et ce, sans la moindre objectivité. Et même si l’on peut remettre en question la légitimité d’un tel principe, il est d’autant plus illégitime de démolir un film avant même de l’avoir vu. D’autant plus lorsque le film en question décide de ne pas suivre les pas de l’original.
« Aspirer son public à l’intérieur même de ses entrailles uniformisées. »
Comme une volonté de moderniser un concept du passé, sans y insuffler la vigueur et l’originalité nécessaires pour dépasser l’inutilité du projet. Car, oui, le film se suit sans déplaisir. Tout comme une grande partie des divertissements contemporains. Et là réside sûrement sa principale faille : cette impression de consommer un spectacle réchauffé qui, une fois terminé, ne laisse aucune saveur en bouche. Seule ambition : capturer le divertissant en ne filmant rien d’autre que le factuel. Basique serait l’adjectif le plus à même de caractériser cette aventure « cinématique ». Jusque dans son squelette narratif, le film embrasse le jeu vidéo, et rend chaque avancée de l’intrigue d’une facilité quasi déconcertante : comme une quête de niveaux en niveaux où la dramaturgie se limiterait à l’éternel réussir ou mourir, sans émotions ni intensité. Le soi-disant « méchant » se cherche d’ailleurs encore une utilité au sein du récit.
« Il n’est donc plus question de faire de la réalité un endroit où le jeu s’invite… »
Y voir au final une sorte de satire adolescente à la Breakfast Club, transposée dans une société où les apparences règnent : les jeunes de JUMANJI 2 en sont cette représentation caricaturale, des parangons de leur époque, se cachant en définitive derrière des avatars virtuels, victimes eux-aussi de leur propre caricature. Le casting y est d’ailleurs pour beaucoup : des acteurs devenus des caricatures d’eux-mêmes, et qui le montrent d’une manière frontale et totalement consciente. Le cas Dwayne Johnson et Kevin Hart l’illustre parfaitement, poussant cette caricature bien souvent dans les retranchements de l’excès : rire des apparences d’un coup de sourcil ou de pectoraux, et d’un gringalet au jacassement agaçant ; pour au final ne retenir que l’absence de comique par la tentative de la surenchère.
« Un sens de la récréation plutôt sympathique. »
De punchlines en légèreté comique, tous les échanges se font extrêmement relâchés et contribuent plus à un délire vidéo-ludique qu’à ce côté très artificiel et bancal de l’ensemble. Seul l’attachement à ses acteurs permet au récit de tenir sur la durée. A l’image de ce Jack Black en roue libre jouant sur les codes de son personnage féminin intérieur, ou encore de cette irrésistible Karen Gillian en Tomb Raider marginale. Tout n’y est pas forcément d’une grande subtilité mais ce JUMANJI : BIENVENUE DANS LA JUNGLE témoigne d’un sens de la récréation plutôt sympathique. De plus, il y aurait presque une volonté de piocher chez Indiana Jones mais sans jamais exploiter le filon. Et c’est bien dommage. Réflexion faite, il ne serait d’ailleurs pas extravagant de penser que The Rock est l’équivalent moderne d’un Harrison Ford : une drôle d’évolution que celui du cinéma populaire contemporain.

Fabian
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• Réalisation : Jake Kasdan
• Scénario : Zach Helm, Chris McKenna, Jeff Pinkner, Scott Rosenberg et Erik Sommers, d'après Jumanji de Chris Van Allsburg
• Acteurs principaux : Dwayne Johnson, Alex Wolff, Jack Black, Madison Iseman, Kevin Hart, Ser'Darius Blain, Karen Gillan, Morgan Turner, Nick Jonas, Bobby Cannavale
• Date de sortie : 20 décembre 2017
• Durée : 1h59min



