Créé par Arte et Festivalscope, le Festival en ligne Artekino propose une sélection de dix films européens à découvrir en exclusivité. Et une fois n’est pas coutume, c’est au public de voter ! Cartographie d’une Europe sous le signe de la diversité, vous avez jusqu’au 17 décembre pour élire votre film préféré. Et tout cela depuis votre canapé !

Autant le dire tout de suite, les films sélectionnés pour cette édition ne sont pas les plus revigorants ! Révélateurs d’un monde en crise, en guerre, en deuil ou en pleine mutation, ces films sont pourtant la preuve de l’émergence d’une nouvelle génération de réalisateurs/rices qui – et on ne peut que le louer – penchent davantage du côté de la lenteur contemplative et réflective que de celui du zapping. La plupart des films pourraient être en soi un éloge à la lenteur. Ces oeuvres à la fois audacieuses et engagées sont la promesse d’une relève assurée, même si bien sûr certaines nous ont touchées plus que d’autres.

ArteKino Festival 2017 : le cinéma indépendant européen à l’honneur !

À commencer par notre coup de coeur, COLO de la portugaise Teresa Villaverde qui dresse le portrait d’une famille en crise et THE LAST FAMILY ou le destin tragique de la famille du peintre polonais surréaliste Beksiński qui sortira en salles dès janvier.

THE LAST FAMILY de Jan P. Matuszynski

Dans la famille Beksiński, il y a le père Zdzisław artiste peintre surréaliste aux tableaux dystopiques, la mère Zofia dévouée à sa famille  et le fils suicidaire et animateur de radio Tomasz. Pour raconter cette chronique familiale qui traverse plusieurs décennies, le réalisateur Jan P. Matuszyński s’est appuyé sur les véritables archives de Beksiński père qui s’évertuait à filmer son quotidien et la recomposition fictive interprétée par des acteurs tous époustouflants (en particulier Dawid Ogrodnik déjà remarqué dans Ida de Paweł Pawlikowski). Le film construit entre documentaire et fiction s’intéresse davantage aux rapports humains entre ses personnages qu’à l’Histoire de la Pologne ou du biopic. Pour autant, The last family s’inscrit comme un témoignage d’une famille hors du commun dans une Pologne en pleine mutation. Un film à découvrir.

FROST de Sharunas Bartas

Frost du lituanien Sharunas Bartas (qu’on connait également pour ses apparitions en tant qu’acteur dans le cinéma de Claire Denis ou Leos Carax) raconte le convoi en Ukraine d’un jeune couple lituanien, Rokas et Inga, mandatés par une association humanitaire pour apporter des vivres. Le périple est plus dangereux qu’ils ne croient et leur traversée les confronte à la la dure réalité d’un pays en guerre. Lorsqu’ils arrivent à la première étape de leur convoi, ils rencontrent d’autres bénévoles et une journaliste grand reporter interprétée par Vanessa Paradis. Au cours d’une nuit hors du temps dans ce grand hôtel, leur amour est défié par un désir éphémère, par l’envie de se sentir vivants parmi les morts. Un film initiatique sur fond de paysage hivernal porté par le formidable Mantas Janciauskas.

BRIGHT NIGHTS de Thomas Arslan
Michael vit à Berlin avec sa petite amie. Plus pour très longtemps puisqu’elle lui annonce qu’on vient de lui proposer un poste à Washington pour un an. Quand il apprend la mort de son père, Michael part en Norvège où ce dernier s’est réfugié et emmène avec lui son fils Luis qu’il n’a pas vu depuis des années. Les relations tendues entre l’adolescent et son père vont être mises à rude épreuve dans ce road trip familial.

Le réalisateur allemand Thomas Arslan nous livre avec Bright nights un film  qui interroge la relation difficile père-fils, entre introspection et contemplation.  Sur fond de paysages époustouflants qui défilent au gré de leur voyage, Bright nights raconte formidablement l’incommunicabilité, l’adolescence rebelle et écorchée et les regrets d’un homme loin d’être un mari et père exemplaire.

SOLEIL BATTANT de Clara et Laura Laperrousaz

Co-production franco-portugaise signée Paulo Branco, Soleil battant aborde la question du deuil au sein d’une famille en vacances au Portugal. Premier long métrage autobiographique des soeurs Laperrousaz, Soleil battant met en scène Gabriel (Clément Roussier), sa femme Iris (Ana Girardot) et leurs jumelles Zoé et Emma. Ils partent dans leur maison de famille au Portugal où ils n’ont plus été depuis la disparition de leur fille ainée Lila, accidentellement décédée. Lorsqu’Emma découvre l’existence passée de cette soeur inconnue, elle est perturbée. Les  blessures anciennes de Gabriel et Iris vont alors se réveiller et venir ternir ces vacances au parfum amer. Un film solaire et sensoriel, un brin nombriliste.

LIVING AND OTHER FICTIONS de Jo Sol ou de l’importance du désir
Le deuxième film espagnol de la sélection aborde la question du désir sexuel chez les handicapés. Antonio est devenu tétraplégique suite à un accident. Militant activiste pour le droit à la sexualité, Antonio est entouré de Pepe, un ancien détenu, et de Laura pour l’aider dans son quotidien. Mais lorsqu’une assistante sexuelle débarque chez lui, l’incompréhension de ses nouveaux amis est flagrante. Antonio revendique le droit d’assouvir un désir on ne peut plus naturel là où Laura conteste l’idée d’utiliser une relation tarifaire à cette fin. Pepe quant à lui affirme que c’est dur pour tout le monde, avec ou sans handicap, la vie ne fait pas de cadeau. C’est sûr qu’à entendre son parcours, on comprend que sa vie n’a pas été facile. Contraint à voler des taxis pour travailler et gagner un peu d’argent, Pepe cherche aujourd’hui à renouer avec son fils qui s’est éloigné et à apprendre le flamenco.Mêlant flash back et présent du récit, Living and other fictions évoque avec beaucoup de bienveillance un sujet rarement traité au cinéma et montre ce que personne ne veut voir. Comme dit Antonio, “les gens sont prêts au changement mais pas prêts à le regarder en face”. Un film sensible et politique.

Anne Laure Farges

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[ARTEKINO FESTIVAL 2017] Résumé et bilan

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