L’introduction donne le ton : MONEY MONSTER ne sera pas ce grand film que nous espérions très lointainement. Ni dénonciateur, ni un portrait de l’Amérique post-2008, ni une critique des médias, ni un film de personnages désespérés – pour cela on conseille plutôt l’injustement mal distribué 99 Homes. Non. MONEY MONSTER tend d’emblée vers le divertissement efficace, avec une intrigue pas trop mal ficelée et des acteurs venus faire le show. Puis, petit à petit, on se désintéresse, on s’ennuie. Tout ça pour ne retenir que l’impression d’avoir suivi, non sans mal, un film raté et sans ambition.

On sait tout cela parce que dès la présentation des protagonistes, dès même la toute première minute, le manque de personnalité et de direction dans la réalisation d’ensemble, nous éclate à la gueule. ne contrôle rien, ni les acteurs, ni sa caméra, ni son sujet, ni (surprise) la teneur politique de son sujet.  Il y a alors une hiérarchie de nos déceptions.

Devenu cinématographique depuis Katrina et la crise de 2008, le sujet de la désillusion économique de l’américain moyen a déjà été traité sous plusieurs angles. MONEY MONSTER, en observant le cas d’un spéculateur confronté à un laissé pour compte devenu agressif par désespoir, aurait pu être un mélange des récents The Big Short et 99 Homes. L’immersion dans le monde de la spéculation boursière agrémenté du flegme Clooney-ien, aurait pu être un reflet acide de la réalité. Le regard sur l’américain moyen, ses rêves et désillusions, aurait pu être touchant au travers du personnage de Jack O Connell. Puis aurait, par défaut, représenté les dérives de l’exploitation télévisuelle du fantasme commun – la richesse rapide. Jodie Foster, que l’on pensait plus engagée, ne développe aucune de ces pistes. En fait, Jodie Foster ne développe rien du tout, laissant toute la place à un script qui se croit malin parce que rythmé, délivrant ses révélations en gigognes. Le cas de Kyle révèle le cas de Gates, qui révèle le cas de IBIS, qui révèle une SPOIL fraude d’envergure extrêmement bien calculée. Le film gagne en intensité à mesure que les personnages découvrent qu’ils sont manipulés par celui à qui ils accordaient leur confiance.

SAUF QUE dans ce cas, il aurait fallu construire des personnages solides et créer de l’empathie envers eux, leur donner des motivations qu’il s’agirait ensuite de mettre en perspective à travers leurs actions. C’est exactement ce qu’on attendait de MONEY MONSTER, ce qui aurait permis de relier tous les aspects suscités. Malheureusement, le personnage est, de manière générale,soit purement fonctionnel, soit défini par l’aura de celui qui l’interprète. Déjà, évacuons celui de Julia Roberts qui ne sert à rien sinon à souligner ce que disent les autres, en faisant la moue et avec cette tendance « girlpower c’est moi la plus forte » complètement hors-sujet. Diane Lester/Caitriona Balfe, est elle l’archétype de ce que nous craignions, un personnage résolument fonctionnel qui mène l’enquête. Son manque d’épaisseur et donc de motivations, mettent le film en pilote automatique à chacune de ses interventions. Puis il y a Dominic West, bien loin en termes de charisme et d’ambiguïté, de McNulty (The Wire) ou de Noah (The Affair).  quant à lui… Bah c’est George Clooney quoi. Le cinquantenaire BG et hâbleur, plus ou moins mis à mal par la situation dans laquelle il s’est mis (soit le même personnage que dans 95% de ses films). C’est de toutes façons la même pour tout le monde : personnages satellites ou principaux, sont caractérisés à l’extrême par le script, comme vecteurs d’humour, d’humanité, de pragmatisme, d’information, de « bonhommie », de cupidité… On croirait évoluer dans une version « Wall Street » de Vice-Versa. Au final, cette catégorisation supprime toute sensation d’imprévisibilité de la part des personnages, toute nuance, toute psychologie, toute empathie. Ne reste que le suspens du script lui-même, pas suffisamment intelligent, subtil ou rebondissant pour maintenir notre attention.

« MONEY MONSTER ou la déception de voir un tel potentiel si fantastiquement gâché »

Et oui, vous l’aurez peut-être remarqué, on n’a pas mentionné Jack O Connell. Le JACK O’CONNELL. Nous l’avions découvert dans Eden Lake en ado psychopathe, mais c’est surtout le méconnu film carcéral Les Poings contre les Murs, qui nous permit d’évaluer son talent. À l’instar d’un De Niro dirigé par Scorsese, l’acteur incarne la psychologie cinématographique. Par ce terme, nous entendons que son charisme et son jeu d’acteur parviennent à donner une direction psychologique (et même bien plus) à l’ensemble des personnages avec lequel il interagit, lui y compris. En l’occurrence, dans le film de David Mackenzie, son personnage de jeune détenu violent était le repère social, psychologique, physique et moral de tous les autres. Un certain degré de stimulation était atteint car Jack O’Connell, de plus, laissait une part d’ombre phénoménale sur son personnage. Voilà : ce film était devenu grâce à l’acteur, imprévisible, difficile mais stimulant à déchiffrer. Et pourtant, il reposait sur des clichés du monde carcéral, sur des passages attendus (les réunions de groupes, la hiérarchie entre prisonniers, les douches, la notion de culpabilité, etc.)

On savait donc de quoi il est capable, et l’on imaginait Jodie Foster, grande actrice également capable de ce genre d’interprétation complexe, tirer parti de ses spécificités…. Bah non. Jack O’Connell n’est donc malheureusement utilisé que fonctionnellement. Il n’impose aucun rapport de force à qui que ce soit, en dehors de celui dicté par le script (son rôle : celui d’un laissé pour compte avec un flingue). Pire, n’ayant rien de plus à dire que « c’est parce que je suis désespéré« , bien vite ses gesticulations et ses « fucks » deviennent ridicules, d’autant plus que le script, lui, avance et développe un axe « globalisation et corruption du monde » le reléguant bien vite au second plan. C’est peut-être alors là le cœur de la déception occasionnée par MONEY MONSTER, voir un tel potentiel si fantastiquement gâché.

Georgeslechameau

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