Il avait 96 ans. Avec Mario Monicelli, disparu lui aussi au même âge mais il y a bientôt dix ans, il faisait parti de ces cinéastes italiens ayant embrassé plusieurs pans de l’histoire du cinéma et permis à l’Italie de régner sur le monde pendant plusieurs décennies, du néoréalisme (1945-1955) jusqu’aux années 70-80.

Ancien assistant et amant de Luchino Visconti au début des années 50, c’est par le biais de cette rupture artistique et amoureuse que sa carrière se lança. Passionné de théâtre, déjà metteur en scène de pièces dès son adolescence, l’homme introduira ce goût de la dramaturgie et de l’opératique dans la filmographie qu’il se construira.

L’une de ses œuvres les plus célèbres est sa version de Roméo et Juliette, en 1968 dont le lyrisme est transcendé par l’inoubliable thème composé par Nino Rota, fameux musicien qui écrira également la musique du Parrain quelques années plus tard. Romanesque car emmené par deux jeunes comédiens qui débutaient alors sur le grand écran, n’hésitant pas à se dénuder devant la caméra mais aussi particulièrement violente, Zeffirelli filmant de nombreuses joutes dont les armes blanches transperçaient les costumes criards et d’où giclaient des gerbes de sang trop colorées.

Moins connu mais probablement le morceau le plus important de sa carrière, son film fleuve sur la vie du Christ, Jésus de Nazareth sort en 1977, dans des versions cinéma déjà tronquées et par la suite découpé en plusieurs parties tel un téléfilm lorsqu’il sera diffusé à la télévision italienne. Une évocation scrupuleuse de la vie de Jésus, d’une durée totale dépassant les 6h, mais considérée aujourd’hui encore comme la plus fidèle et la plus respectueuse par de nombreux spectateurs. Elle est aussi dotée d’une puissance émotionnelle très forte.

Quand il ne filme pas une pièce d’opéra ou une biographie, il reste sur le flamboyant thème de la passion amoureuse entre deux êtres et s’offre une « pause » avec Le Champion en 1979 dans lequel il dirige Jon Voigt et Faye Dunaway dans le monde de la boxe.

Il réalise en 1990 ce qui est sans doute la version la plus sombre et la plus dépressive de Hamlet, joué par Mel Gibson et accompagné par le score musical déconcertant et difficile à appréhender d’Ennio Morricone. L’un des nombreux exemples illustrant que le célèbre compositeur Italien est avant tout un expérimentateur de la musique.

Franco Zeffirelli nous quitte ce 15 Juin 2019, dans un silence qui n’interpellera personne, le moteur de ses caméras s’étant éteint il y a plus de 17 ans.

Loris Colecchia