Après le grand écran et le petit écran, place au « très petit écran » ; les smartphones et les tablettes, nouveau lieu de création audiovisuelle pour Studio +.

Il y a dans le monde plus de trois milliards d’utilisateurs de téléphone portable. Partant de ce constat, Vivendi a lancé à l’automne dernier son application Studio + qui regroupe des au format court (en moyenne dix minutes par épisode). Une volonté de s’adapter au quotidien des utilisateurs – le temps d’un trajet en transport en commun par exemple – et d’offrir un divertissement à faible coût ; 4,99€/mois via App Store et Google Play, 3,99€/mois pour les clients et en option gratuite pour les clients Bouygues (avec un forfait Sensation). L’idée est bonne et économiquement pertinente. Mais sur le fond, que propose vraiment Studio + ?

En faisant le tour de l’application on y trouve, en plus de séries au genre varié (comédie, thriller, drame, fantastique…), des courts-métrages. Et il devrait arriver prochainement des documentaires et des programmes en réalité virtuelle. Le tout avec une ouverture à l’internationale puisque les 28 séries actuelles (créations originales ou acquisitions) sont proposées en plusieurs langues (français, anglais, espagnol, italien, portugais, audio et/ou sous-titres). Un réel investissement donc, notamment avec des fictions qui coûtent en moyenne 1 millions d’euros. Moins qu’une série télé donc, mais tout de même suffisamment conséquent pour avoir un produit maîtrisé. D’ailleurs, en plus de disposer de qualités d’écriture, ces productions tendent généralement vers l’extérieur, vers un certain spectacle visuel en filmant dans de grands espaces. Ce n’est pas parce qu’on regarde sur un écran de la taille d’une main qu’il faut se limiter à des espaces confinés. Et ça, Studio + l’a bien compris. La preuve, avec nos cinq coups de cœur :

 

1 – (France) : un bon, une brute et des truands

TANK - Studio +

Après s’être une nouvelle fois évadé de prison, Alexandre Braun pensait avoir fait le plus dur. Mais en volant une voiture remplie de cocaïne, les problèmes n’ont fait que commencer. Walter, le propriétaire de la voiture et trafiquant sociopathe n’a pas l’intention de le laisser filer. Il se lance donc à sa poursuite, avec un muet en homme de main, et la jeune Zoé qui continue d’apprendre le métier. Entre les galères qui se succèdent pour Alexandre et ces truands qui ne manque pas une occasion de se trahir les uns les autres, TANK a quelque chose du fameux Le Bon, la brute et le truand de Sergio Leone – on retrouve un certain style western spaghetti. De la même manière, chaque protagoniste se voit conféré un caractère précis. Une forme de simplicité dans l’écriture des personnages, totalement assumée. En héros malgré lui, un peu benêt et dans les mauvais coups, le toujours génial Alban Lenoir (Alexandre Braun) excelle. A ses côté Zita Hanrot (Zoé), César du meilleur espoir féminin avec Fatima, ou encore Renaud Rutten (Walter) lui rendent bien. En évitant de se poser trop de question, mais en fonçant à cent à l’heure, Samuel Bodin (créateur de la série) parvient donc à garder sa série sur le bon rail. On trouve alors autant de drôlerie dans les situations – cette tentative d’Alexandre de régler ses achats dans un magasin de bricolage avec de la drogue, avant de se faire braquer par l’unique caissier présent – que dans les dialogues.

 

2 – (Brésil) : le Night Call encore plus sombre

Crime Time - Studio +

Déjà évoquée lors de notre compte-rendu du dernier Showeb Séries (notre article ici), Crime Time est peut-être la série la plus captivante dans ce que propose Studio +. La série a d’ailleurs été récompensée en début d’année (le 28 janvier 2017) du FIPA d’or du scénario original lors du Festival international des programmes audiovisuels à Biarritz. On y suit Tony, présentateur de l’émission « Hora de perigo » (Heure de danger). Tous les soirs il va, avant l’arrivée de la police, filmer les scènes de crimes, et en fait un show de télé-réalité. La télé-réalité, la vraie, qui se veut sensationnelle et ose montrer l’horreur sans aucune retenue. Aussi amorale que fascinante en somme. Au fil des épisodes, Crime Time dévoilera le passé de Tony, ou comment de modeste policier il devenue une véritable célébrité. Mais surtout la série s’attarde à montrer la misère des favelas, marquée par autant de violence que de pauvreté. Crime Time trouve dans les quartiers de Sao Paulo (où elle a été tournée) un décor réaliste pour une histoire qui n’est peut-être pas loin de l’être autant. Écrite avec précision par Aurélien Molas, Valentine Milville et José Caltagirone, qui parviennent à respecter une écriture sérielle, et réalisée par Julien Trousselier, Crime Time fonctionne à merveille dans ce format court (sept épisodes d’environ dix minutes) qui nous garde constamment dans le vif de l’action.

 

3 – Farmed and Dangerous (USA) : écolo ET rigolo

Farmed and Dangerous - Studio +

Bien qu’il s’agisse d’un sujet majeur de notre société, il faut admettre que l’écologie n’a, a priori, rien de très fendard. Et pourtant, la série américaine Farmed and Dangerous nous prouve le contraire avec Animoil, une importante société américaine, qui tente de réduire les coûts de l’agriculture en nourrissant les vaches avec des pépites de pétrole. Léger souci, l’un des effets secondaires est de faire exploser lesdites vaches. Il n’en fallait pas davantage pour que Farmed and Dangerous attire notre attention. Arrive alors Chip Randell, un agriculteur de bétail en plein air et chef de l’Association pour l’agriculture familiale durable. Après avoir publié une vidéo montrant une vache qui explose dans les locaux d’Animoil, Chip devient la cible de Buck Marshall, à la tête de l’agence de communication d’Animoil. Bien sûr la série américaine n’en reste pas à ce gag hilarant et tente bel et bien d’amener à une prise de conscience sur le pouvoir de l’image, la capacité des gros lobbies à faire avaler n’importe quoi. Ce qui n’empêche pas pour autant de proposer un réel divertissement, avec une forme d’autodérision de la fiction elle-même – sans pour autant tomber dans la parodie gratuite. Farmed and Dangerous joue alors avec des stéréotypes et s’en amuse. Avec douze épisodes qui varient entre cinq et dix minutes, cette acquisition de Studio + (diffusée en exclusivité sur l’application) se dévore avec plaisir.

 

4 –  (Argentine) : la force d’un récit qui ose

Out There - Studio +

Il y a quelque chose de vraiment fascinant avec Out There (Ahi Aduera en espagnol, création originale de Studio +). Relativement simple dans son genre et son histoire, elle trouve sa personnalité dans la déconstruction de son récit. C’est par le biais de nombreux allers/retours temporels qu’on découvrira les raisons de la fuite de trois jeunes hommes, et pourquoi l’un d’eux est blessé. On comprendra qu’ils ont braqué une boîte de nuit, et sont pourchassés jusque dans les montagnes arides d’Argentine. Plusieurs épisodes sont nécessaires pour révéler qui sont tous les personnages et leurs liens ; ces trois-là donc, mais également la petite amie de l’un d’entre eux, le père d’un autre, la police corrompue, et les hommes de mains à leur poursuite. Out There ose ainsi prendre son temps, en dépit de son format (très) court. Le temps d’observer les différents protagonistes, et de nous laisser deviner par de petits éléments qui ils sont. Nicolas Perez-Veiga, le réalisateur et scénariste de la série, n’allant jamais nous mâcher le travail. Il évite d’ailleurs le trop plein de dialogues et se concentre sur sa mise en scène. Avec sa caméra toujours en mouvement pour nous plonger dans l’action (du braquage notamment), avant de se calmer pour laisser l’imagerie l’emporter (celle des décors naturels notamment), le réalisateur fait preuve d’une certaine audace. Il est évident qu’il sait quand se montrer abrupte et quand rester dans la contemplation, voir dans la mise en valeur de ses interprètes ; envoûtante Belén Chavanne, l’inquiétant Alejandro Awada ou l’attachant Matias Mayer. Un ensemble qui rend cette aventure à la fois classique et passionnante.

 

5 – (France) : vis ma vie de tueur à gage

Doom Doom - Studio +

Qui ne s’est jamais demandé à quoi pouvait bien ressembler le quotidien d’un tueur à gage ? C’est ce que tâche de nous révéler Doom Doom. A l’origine la série avait été créée et diffusée en 2008 sur Canal+, dans un format de trois épisodes de 26 minutes. Studio + la propose cette fois en la divisant en dix épisodes. Un changement qui ne se remarque (presque) pas. On y suit V, un tueur professionnel, officiellement peintre. Un faux emploi qui lui permet d’être rémunéré en toute légalité. Car même les tueurs ont droit à la sécurité sociale et de payer leurs impôts ! C’est ce qu’il expliquera à M, nouveau dans le métier et que V a décidé de former. Mais en plus d’être pour lui un jeune Padawan, M devient surtout un confident. La seule personne avec qui V peut être lui-même et n’a pas besoin de cacher son activité (contrairement à sa femme). On s’attache assez vite à ces deux tueurs à la vie banale, avec des problèmes de couple et des questionnements sur le métier. A mille lieux de John Wick et consorts, Doom Doom se révèle particulièrement drôle et bien senti, emmenée par le duo d’acteurs Virgile Bramly / Michaël Abiteboul. A noter que dans un genre similaire mais plus sombre et violent, Studio + propose la série Kill Skills, qui aura prochainement droit à une saison 2.

Pierre Siclier

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