Première partie de notre liste des années 2010, avec déjà du très lourd. Comme en témoigne le premier titre a être cité, qui n’est autre que le Drive de Nicolas Winding Refn, œuvre immanquable qui ne pouvait pas ne pas être là. Sans en dire trop, vous trouverez dans ce début de sélection déjà une très grande diversité, en passant du cinéma américain au français, avec des détours par la Pologne ou la Colombie.

Les 100 films à retenir des années 2010 – Partie 2 : De Inception à Foxcatcher
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DRIVE, réalisé par Nicolas Winding Refn (2011)
Prix de la mise en 2011 à Cannes, c’est avec Drive que le grand public découvre Nicolas Winding Refn. Immense succès populaire qui le classe presque instantanément dans la catégorie tant convoitée des films cultes. Ce long-métrage marque un tournant dans la filmographie du Danois qui pose les bases de son esthétique contemplative. Le scénario est minimaliste, porté par une mise en scène soignée et vaporeuse, toujours prête à laisser éclater une violence froide et tonitruante. L’interprétation mutique de Ryan Gosling iconise ce personnage de Driver qui servira de canevas à la galerie des héros Refniens. C’est également avec ce film que la hype des années 80 démarre réellement, marquée par une direction artistique inspirée dont le désormais mythique Nightcall de Kavinsky. Errance entre ombre et lumière d’une rêverie qui bascule vers le cauchemar. – Hadrien Salducci

LOGAN, réalisé par James Mangold (2017)
À l’heure où Disney et Marvel domine le genre du film de super-héros sans trop dériver d’une recette calibrée pour fonctionner, Logan a été une vraie bouffée d’oxygène avec des enjeux humains prenants et un refus de tomber dans l’édulcoration – le Rated R fait un bien fou ! Hugh Jackman dit adieu à son personnage de la plus belle des manière, dans un dernier tour de piste où l’émotion se mêle à la violence. Il quitte ce qui est le rôle de sa vie, pendant que James Mangold met son savoir-faire au service de son histoire, sans chercher à briller. La meilleure adaptation de comics qu’on ait eu cette décennie, c’est celle-là. – Maxime Bedini

HÉRÉDITÉ, réalisé par Ari Aster (2018)
Sans être spécialiste du genre, je me fais une idée assez précise de ce qui fait un bon film d’horreur. De l’efficacité et/ou une ambiance réussie, la capacité à revisiter ou à l’inverse exploiter les codes, clichés et archétypes, de la surprise, une mise en scène pleine de personnalité, l’habileté d’imprimer la rétine grâce à des images fortes, une certaine profondeur (psychologique, scénaristique, thématique), une bande son mémorable, la propension à parler au spectateur au delà du simple cadre de l’écran de cinéma… C’est ainsi que des films récents comme L’échine du diable, Grave, The Witch ou Under the Shadow font partie de ce que je considère comme de bons films d’horreur, excellents même. Puis Hérédité est arrivé, a coché toutes les cases et les a même transcendées pour certaines. Par l’addition de toutes ces qualités, Il m’a provoqué un malaise et un plaisir tel que je n’en avais plus ressenti depuis longtemps. Génial. – Emmanuel Soumet

L’ARNACOEUR, réalisé par Pascal Chaumeil (2010)
Quoi de plus jubilatoire à l’écran qu’un looser qui permet à ses clients de rendre une femme amoureuse afin de l’empêcher de finir sa vie avec un pauvre type imparfait qui lui ment ou la trompe ? Car il faut parfois détourner l’objet de l’amour aveugle pour lui faire comprendre que ce n’est pas le bon. La créativité dont le personnage interprété avec bonheur par Romain Duris fait preuve avec son équipe de choc est formidable (François Damiens qui foire ses expériences et Julie Perrier qui colmate les erreurs de son mari et de son frère). C’est encore plus réjouissant quand le héros tombe amoureux de Vanessa Paradis, celle qu’il devait séduire pour de faux ! L’Arnacœur, du regretté Pascal Chaumeil, est subtilement drôle et est un véritable feel good movie, dont on ne se lasse jamais. – Sylvie-Noëlle

HOLY MOTORS, réalisé par Leos Carax (2012)
Après Pola X, il a fallu patienter treize ans avant de voir un nouveau long-métrage de Leos Carax dans les salles obscures. On se dit que ce cinéaste sans égal dans le cinéma hexagonal, a dû attendre impatiemment l’heure de son retour, à en croire la profusion d’idées et d’images fortes qu’il déploie en deux heures de métrage. De la comédie musicale au film noir, en passant par la science-fiction et la poésie surréaliste, Carax fait montre d’un appétit pour le septième art auquel il ne peut répondre que par une générosité de mise-en-scène comme on en voit que trop rarement. Cadavre exquis dans sa narration qui lui permet d’être tour à tour dispositif spectaculaire et divagation métaphysique, Holy Motors est une expérience de cinéma hors norme qui vous laisse exténué par sa rage, sa célérité, sa sensualité et son infinie beauté. – Arkham

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN, réalisé par Xavier Dolan (2019)
Longtemps attendu et espéré, le premier film anglophone de Xavier Dolan a connu maintes et maintes aventures qui l’auront privé d’un certain succès. Dévoilant les coulisses destructrices du show-business à travers un coming-out dramatique, l’histoire présente une relation épistolaire surprenante entre Rupert, 11 ans et son icône, l’acteur John F. Donovan. Fidèle à ses gros plans et ses montages désorientants, Dolan propose un voyage émotionnel laissant les images parler d’elles-mêmes. Le regard attendrissant et protecteur des mères présentées démontre à nouveau la sensibilité maternelle excessive et nécessaire du jeune cinéaste. Avec un casting de rêve : Kit Harington, Natalie Portman, Kathy Bates, Jacob Tremblay, etc., Ma Vie Avec John F. Donovan se révèle magnétique et offre au réalisateur un terrain de jeu incroyable pour s’adonner au sens du détail. Le réalisateur de Mommy n’a plus à rien prouver et confirme sa place plus que méritée dans ce monde de paillettes et d’illusions. Largement inspiré de son amour de jeunesse pour Leonardo DiCaprio, Xavier Dolan livre ici une de ses oeuvres les plus touchantes. – Robin Goffin

LA LA LAND, réalisé par Damien Chazelle (2017)
La La Land fait partie de ces films qui ont le don particulier de départager de façon catégorique le public : ceux qui ont détesté ce capharnaüm de couleurs affriolantes et les autres. Sans surprise, s’il apparaît sur cette liste, c’est que nous faisons partie de la deuxième catégorie. Avec ce troisième long-métrage, Damien Chazelle rend hommage aux comédies musicales qui ont bercé l’Histoire du cinéma : Les Parapluies de Cherbourg, Chantons sous la pluie, Les Demoiselles de Rochefort… Les références s’enchaînent sous les yeux des spectateurs, qui, éblouis, revivent les plus belles scènes de ces films musicaux qui constituent autant de clins d’œil que d’hommages. Alors que Ryan Gosling et Emma Stone se croisent, se trouvent et s’éloignent seulement pour mieux se retrouver, la frontière entre fiction et réalisé se fait de plus en plus fine pendant que leur idylle amoureuse prend l’aspect d’un conte onirique. Bercé par une bande sonore signée Justin Hurwitz, La La Land ne manquera pas de charmer ses spectateurs qui oublieront, ne serait-ce que le temps d’une séance, le ciel grisonnant d’une après-midi pluvieuse pour une odyssée colorée dans la cité des anges. – Sarah Cerange

IDA, réalisé par Pawel Pawlikowski (2014)
Quête initiatique d’une jeune fille prisonnière d’un couvent où elle a été élevée, ce film polonais enferme son héroïne dans des plans fixes et un noir et blanc sublime qui les sacralise. La plupart des règles de cadrage au cinéma se voient transgressées en même temps que la pureté du travail sonore nous emporte. Austère pour les uns, un éblouissement pour les autres, IDA nous achève lors de ce tout dernier plan, le seul et unique en mouvement qui suivra la jeune fille ayant pris sa décision. Elle quitte cet endroit et va commencer à vivre sa vie. Elle n’est plus soumise aux règles strictes du lieu, ni cernée par les limites que lui imposait la caméra. Cette fois-ci, la caméra va devoir s’adapter à elle, lors d’un travelling arrière qui semble lui-même totalement pris au dépourvu d’une situation qui lui échappe pour la toute première fois. Oscar du meilleur film étranger décerné à Pawel Pawlikowski pour l’audace formelle de sa mise en scène. – Loris Colecchia

L’ÉTREINTE DU SERPENT, réalisé par Ciro Guerra (2015)
Des révélations des années 2010 depuis devenus des immanquables du cinéma international, Ciro Guerra impressionne déjà par son sans faute initié le déjà incroyable Les Voyages du vent en 2009. L’étreinte du serpent, son film pivot à bien des manières, recueille bien des inspirations : dans la matière, celle d’Aguirre de Herzog, duquel il partage le même itinéraire fluvial et un rapport semblable à une sorte de folie sensorielle. Dans l’esthétique, un noir et blanc saisissant et hypnotique, quelque part entre Salgado et Jean Rouch, qui saisit avec un talent certain cette faible lumière qui semble trouver son chemin entre deux feuilles de l’épaisse forêt amazonienne. Le merveilleux voyage se transforme en choc quand les petites péripéties se transforment en une histoire sanglante de la colonisation des peuples indigènes : on passe de Sa Majesté des Mouches à Requiem pour un massacre, pour finalement se garer sur le parvis de 2001 : L’odyssée de l’espace, quand, dans un ultime carré, le film d’aventure d’une poésie brutale se transforme en un trip psyché aussi pertinent qu’il semblait incontournable : quand la réalité devient insoutenable, il faut bien s’échapper. Et le chemin du retour est bien trop long. En demeure l’un des quelques chefs d’œuvres de cette décennie si riche. – Vivien

LA VIE D’ADÈLE – CHAPITRE 1 & 2, réalisé par Abdellatif Kechiche (2013)
Le cinéma, c’est la vie qui essaye d’imiter le cinéma”. Quand le générique de La Vie d’Adèle apparaît à l’écran, on saisit toute la véracité des images. L’émotion qui irrigue le long métrage sur 3h tire sa force de ses deux actrices et parvient à faire chavirer définitivement les cœurs dans son dernier segment. Jamais, la fascination n’aura percé le cadre devant un plat de spaghetti et les larmes chaudes d’Adèle. On ne reviendra pas ici sur les nombreuses polémiques qui entourent les méthodes de travail de A. Kechiche. La Vie d’Adèle, comme les parcours sentimentaux qui façonnent l’existence est un apprentissage de la vie. En clair, un chef d’œuvre. – Sofiane

SPIDER-MAN : NEW GENERATION, réalisé par Bob Persichetti, Peter Ramsey (2018)
Ces dernières années le cinéma de super-héros a envahi nos salles. On en a vu sous toutes les formes et les couleurs mais l’animation semblait avoir été laissée de côté jusqu’à ce que Sony sorte Spider-Man : New Generation. Bien qu’appellant les fans du genre, le film ne se contente pas d’auto-références et de belles scènes d’action, il propose enfin le coup de frais qu’attendait le genre. Une animation respectueuse des comics d’origines tout en innovant de manière spectaculaire accompagne Miles Morales dans sa traversée de New York. Toujours bourré d’humour ce nouveau Spider-Man – ou devrait-on plutôt dire ces nouveaux Spiderwo.man – incarne de nouvelles valeurs parfaitement synthétisées dans la phrase “tout le monde peut être Spiderman”. En revenant aux origines de ce héros de quartier, qui ne cherche pas à sauver le monde, mais d’abord à sauver Brooklyn, New Generation se révèle plus touchant et plus juste que ses prédécesseurs. Déjà excellent, ce film devient important de par sa représentation sensible de super héros noirs ainsi que féminins. Malheureusement, il nous rappelle aussi les préjugés existants à l’encontre des films d’animation, n’ayant pas eu un aussi bon box office que les autres films “live action” de Spider-Man malgré sa victoire aux Oscars. – Nastassia

INTERSTELLAR, réalisé par Christopher Nolan (2014)
Il est des séances à marquer d’une pierre blanche ; celles qui changent notre manière de voir, de penser ou d’agir et nous laissent le cœur gros comme un cratère lunaire. On baisse les yeux, alors inquiets de notre place dans la poussière. Puis on s’étonne ensuite de la grandeur de l’univers ; de ces exoplanètes à ces trous de ver, de ces trous noirs à cet inconnu dans lequel on se perd. Interstellar, c’est beaucoup de choses et surtout beaucoup de nous. La mélodie, répétitive, entêtante et déchirante de Hans Zimmer sonne comme un battement de cœur au milieu d’un Tout qui nous échappe. Il y a quelque chose de grandiose dans cette manière de mettre en scène l’intime confronté à la béance de l’espace ; un espace à combler, à humaniser et à spectaculariser. Interstellar épouse ainsi parfaitement les formes d’une « science-fiction » dans la mesure où il se veut scientifiquement réaliste tout en invitant à un voyage au-delà du réel ; dans une bibliothèque de souvenirs où le temps est aussi malléable que nos émotions.
Nolan construit un univers graphique à la fois glaçant et monumental, d’eau, de glace et de vide où la déshumanisation est de mise. Mais dans cette œuvre de frontières, c’est pourtant bien l’humain qui est au centre du tableau : Interstellar se fait le relai de cette foi mystérieuse qui nous habite, nous permettant de conquérir l’impossible, de décrocher la lune ou de défier les étoiles ; qu’importe notre petitesse dans cette immensité. Odyssée fordienne où l’humain passe avant tout le reste, Interstellar apparaît néanmoins comme une œuvre tournée vers l’infini. Et pourtant, face à la grandiloquence visuelle de cet au-delà, l’extérieur se pénètre pour mieux révéler l’intériorité des êtres. Tout revient à la famille dans Interstellar ; au poids du sacrifice, à l’ombre du rêve et à ce temps qui se perd plus qu’il ne se rattrape. Dans cette singulière histoire d’espace-temps, Nolan conte la mort de l’humanité et sa résurrection. D’un lyrisme à faire trembler le cosmos, Interstellar est cette équation aux multiples inconnues si maîtrisée qu’elle en devient intelligible. L’élégie résonne encore au-dessus de nos têtes. L’entendez-vous ? C’est Nolan qui nous invite à lever les yeux au ciel. – Fabian Jestin

12 JOURS, réalisé par Raymond de pardon (2017)
Il y a longtemps que Raymond Depardon filme et comprend les gens, leur mode de vie, leurs liens ; des tribunaux à la campagne. Mais jamais encore n’avait-il à ce point capté l’intimité, en outre miraculeusement saisie puisqu’échappant aux propres protagonistes. Dans les locaux de l’internement forcé, ce qui était documentaire devient film d’horreur. Possédés par un mal indéfinissable, dépossédés d’eux-mêmes, les patients se voient contraints d’exorciser des démons avec lesquels ils entretiennent des relations complexes. Alors que l’humain est déjà hors de son contrôle, l’institution le prive d’une liberté dont il profite difficilement de toute façon. Et sous l’égide d’une apparente neutralité chirurgicale, le réalisateur laisse au spectateur le choix de désapprouver ou non les méthodes d’une société déphasée. Comment s’occuper de ceux qui ont en eux « la folie des hommes » ? Avec violence visiblement, puisque chaque nouveau cas est un électrochoc, délivré par ce qui est assurément l’une des meilleures réflexions sur la psychologie moderne – tous supports confondus. – Manon

TOY STORY 3, réalisé par Lee Unkrich (2010)
Woody et Buzz l’Eclair tiennent une place particulière chez Pixar et pour l’histoire du cinéma. Peut-être encore plus pour ceux qui ont grandi avec. D’ailleurs, ce Toy Story 3, sorti 10 ans après les précédentes aventures, parlera surtout aux enfants du premier épisode. Enfants qui ont très vite compris, malgré les craintes de voir le studio toucher à leurs intouchables héros, que cette suite prouvait ce dont le studio savait faire de mieux à l’époque : toujours faire mieux, justement. Aventure drôle et rythmée bien sûr, long-métrage aux prouesses techniques folles évidemment, ce Toy Story 3 est le meilleur épisode de la saga.
Avec toute l’intelligence d’un Pixar, le numéro 3 fait avancer l’histoire, débutée en 1995, en se concentrant sur le devenir des jouets, sur le thème de la transmission et des différents passages de la vie à affronter. Empreint de nostalgie et d’émotions à tout-va, Toy Story 3 est surtout plein d’humanité. Il renvoie chacun de nous à notre propre entrée dans le monde des adultes, celui où l’on délaisse, dès les premiers pas effectués à l’intérieur, de vieux amis en plastique qui comptaient tant auparavant. Et, si les enfants de 2010 adorent cette histoire de crèche et de nounours impitoyable (le méchant de cet épisode !), ceux de 1995 sont plus attentifs au devenir de leurs héros dans la dernière partie de film. Le final est bouleversant de tendresse. En ce sens, Toy Story 3 reste la conclusion parfaite d’une histoire qu’on a tant aimé. – Yohann

VALLEY OF LOVE, réalisé par Guillaume Nicloux (2015)
Isabelle Huppert et Gérard Depardieu qui embarquant pour un voyage intime dans la Vallée de la Mort. En voilà une belle promesse de cinéma. Ces deux monstres de cinéma incarnent des parents qui suivent les mystérieuses recommandations de leur fils après son décès. Avec une économie de moyens, Guillaume Nicloux signe une oeuvre bouleversante sur le deuil, qui fait apparaitre de manière imperceptible un quelque chose de fantastique, d’insaisissable. On avance avec ces personnages, leurs doutes et leurs convictions, sous un chaleur étouffante. Et quand le soleil n’a que trop taper sur nos nuques, c’est dans un état de sidération qu’on touche l’impensable. – Maxime Bedini

IT FOLLOWS, réalisé par David Robert Mitchell (2015)
À travers une allégorie minimaliste d’une Amérique pavillonnaire zombifiée. Une malédiction aux accents vengeurs de puritanisme s’abat sur une bande d’amis traversés de désirs sexuels. David Robert Mitchell parvient à installer une ambiance anxiogène qui hante le film de bout en bout. L’horreur convoquée se déploie au moyen d’une sensation d’étrangeté particulièrement bien construite. Le réalisateur puise dans l’univers atmosphérique d’un Lynch autant que dans l’esthétique traumatique de Shining le tout digéré dans du slasher movie à la sauce nineties. It Follows compose des visions cauchemardesques qui s’enracinent durablement dans l’imaginaire. Quand pulsions des corps et angoisse de mort s’entremêlent dans la plus flippante, mais tout autant fascinante, expérience de cinéma de 2014. – Hadrien Salducci

TONI ERDMANN, réalisé par Maren Ade (2016)
Si comme moi vous avez un proche frappé par la dépression mais que vous n’avez jamais réussi à le/la comprendre ni à l’aider, un film comme Toni Erdmann risque de vous parler. La réalisatrice Maren Ade y raconte par le détail le quotidien et l’état d’esprit d’une femme qui semble avoir définitivement perdu le goût des plaisirs et relations simples et agréables, qui s’emmure dans son cynisme et ses préconceptions jusqu’à en faire une règle de vie, vie qui sombre ainsi dans le mal-être et la dépression. En parallèle Toni Erdmann est une preuve d’amour refusant toute forme d’abandon de la part d’un père qui même s’il ne comprend pas toujours sa fille, cherchera toujours son bonheur. En somme, par la logique des parcours et évolutions des personnages d’Ines et Winfried, l’un des films les plus beaux et profonds de 2016. – Emmanuel Soumet

POLISSE, réalisé par Maïwenn (2011)
C’est par l’objectif d’une photographe (interprétée par la réalisatrice Maïwenn elle-même) que l’on découvre le quotidien glauque des policiers de la Brigade de Protection des Mineurs. C’est par son regard non initié qu’on se prend à aimer ces femmes et ces hommes confrontés à la lie de l’humanité, qui fait subit les pires horreurs à des enfants. Il faut être sacrément blindé niveau émotionnel pour supporter ce genre d’affaires, les pédophiles qui nient, les enfants qui crient et pleurent. Et leur force et leur courage, c’est dans leur équipe de ces gens formidables qu’ils les puisent. L’amitié, l’amour mais aussi la haine sont les principales émotions qui circulent entre les membres de l’équipe soudée mais dont les failles peuvent se creuser et les obliger à faire des choix. On ne se remet jamais totalement de la scène finale, véritable drame humain imprévisible. – Sylvie-Noëlle

LES GARÇONS SAUVAGES, réalisé par Bertrand Mandico (2018)
Vidéaste d’art contemporain autant que cinéaste, Mandico triture depuis vingt ans une texture audiovisuelle pour en extraire une expérience sensorielle fascinante. Il en résulte un premier long métrage tellement troublant qu’on croirait que les psychés de Jess Franco, Jean Rollin et Walerian Borowczyk s’interpénètrent à l’intérieur d’un même rêve. Tout en gardant l’attirance vers l’inconnu qui porte les récits d’aventure, Mandico insuffle dans le genre une sensualité nouvelle, en disposant à des endroits stratégiques, seins, poils, verges et exultations de formes diverses.Traversé par des fluides qui provoquent tantôt un noir et blanc soyeux, tantôt des couleurs hallucinées, l’image porte en elle son propre ensorcellement, mordant, griffant, fouettant ceux et celles qu’elle abrite, pour mieux en caresser et lécher les plaies par la suite. Un savoureux et déconcertant mélange du sel rugueux de la mer agitée, et du sucre suintant des douceurs de l’île des métamorphoses. – Arkham

DOGMAN, réalisé par Matteo Garrone (2018)
Matteo Garrone abandonne le fantastique pour dévoiler un film dramatique saisissant et visuellement époustouflant. Dans une banlieue italienne délabrée, Marcello, un toiletteur canin, veut offrir un monde meilleur à sa fille en arrondissant ses fins de moi en intégrant les trafics de drogues. Dogman, pur chef d’oeuvre de vengeance jongle subtilement entre violence intense et larmes. Porté par la fabuleuse interprétation de Marcello Fonte, le film est une véritable fable politique qui, au travers des chiens, présente la nature animale de l’homme. Digne d’un Tarantino des années 90, Dogman est traumatisant et insoutenable. L’absence presque totale de musique extra-diégétique est l’une de ses composantes techniques les plus marquantes. – Robin Goffin

MINUIT À PARIS, réalisé par Woody Allen (2011)
Le mythe de l’âge d’or célébrait le temps de l’innocence et du bonheur : un paradis perdu. Gil Pender, incarné par Owen Wilson, scénariste en manque d’inspiration et délaissé par sa femme, rêve de cette époque universelle et pourtant spécifique à tout un chacun alors qu’il se promène dans les rues romantiques de Paris. Enfermé dans une routine stérile, il réussit à s’évader par magie en montant dans une voiture inconnue alors que les douze coups de minuit sonnent le glas de sa triste journée. Devant la caméra de Woody Allen, Gil retrouve alors le paradis fragile qu’incarnait Paris à la fin de la Première Guerre mondiale, pendant cette glorieuse période surnommée « les Années folles ». Avec une esthétique aussi colorée que poétique, le réalisateur retranscrit à la perfection le ressenti d’une génération d’artistes qui croit en un avenir extatique et pourtant si éphémère. Avers et revers d’une même médaille, ces individus font la fête autant pour se souvenir que pour oublier la Grande guerre; et ce, au risque de relasser inlassablement leur propre âge d’or. Woody Allen signe ainsi un film qui réussit à capter l’éternelle insatisfaction de l’homme à travers cette ode dans laquelle le bonheur devient une récompense pour ceux qui ne l’ont pas cherchée. – Sarah Cerange

ONCLE BOONMEE, réalisé par Apichatpong Weerasethakul (2010)
Avant sa Palme d’or, le thaïlandais Apichatpong Weerasethakul était déjà un original bien connu des festivals. Il aura suffit d’une sélection un peu faiblarde et d’un Tim Burton fou amoureux pour le voir repartir avec le prix le plus prestigieux du monde – ouvrant au passage son cinéma à un public qui n’y était pas forcément prêt… Est-ce que l’œuvre de Joe (son surnom), c’est du cinéma ? L’état méditatif qu’il revendique (on l’a déjà entendu exhorter son public à dormir devant ses films) fait passer l’objet filmique à une expérience sensorielle totale, où chaque bruissement de feuille, chaque tentative physique et onirique devient tangible, envahissante, réconfortante. Qu’il soit ou non son meilleur film (les deux le précédant pourraient aussi prétendre au titre), Oncle Boonmee a peut-être plutôt en lui les caractéristiques d’un film-somme, qu’il soit question de thématiques, et surtout organique : grâce à Oncle Boonmee, Joe se transforme en orfèvre chamanique, dont l’outil d’hypnose serait une succession d’images lénifiantes dont lui seul pourrait avoir la clé – si seulement il y en existe une. – Vivien

TAKE SHELTER, réalisé par Jeff Nichols (2012)
La peur paranoïaque devant la possibilité d’une Apocalypse inévitable, Take Shelter est un véritable coup de maitre. Jef Nichols, puise dans le genre pour faire entrer le monde dans ce voyage de la peur : catastrophes naturelles, crise économique, satire d’un mode de vie consumériste, le tout fait planer au-dessus d’un peuple marginalisé le spectre d’un abandon insupportable. Quant au récit fantastique, il permet à ces motifs de cheviller au corps le long métrage avec brio. Take Shelter est assurément l’un des plus grands films sur les conséquences de la crise financière de 2008. – Sofiane

AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉ, réalisé par Franck Ekinci et Christian Desmares (2015)
Créé par Tardi, Avril et le Monde Truqué est un long-métrage d’animation qui traite avec humour et émotion d’un futur industriel et de la crise écologique. Chat qui parle, varans mégalomanes et autres personnages hauts en couleurs, on ne s’ennuie pas une minute dans cette aventure pleine de rebondissements. Le monde truqué qui nous est promis regorge d’idées plus drôles et surprenantes les unes que les autres et c’est un plaisir de voir Avril l’explorer. Probablement, un des films français qui m’a le plus marqué récemment, le cinéma d’animation français semble ne cesser de se réinventer. – Nastassia

GONE GIRL, réalisé par David Fincher (2014)
Adapté d’un roman de Gillian Flynn, Gone Girl marquait le grand retour de David Fincher au cinéma en 2014. Sous des allures de petit thriller roublard, son film explorait avec cynisme et noirceur les relations conjugales et plus particulièrement celle composée de la machiavélique Rosamund Pike et de son pataud de mari interprété par Ben Affleck, dans l’un de ses meilleurs rôles. Il nous impressionne par l’aisance avec laquelle il se glisse dans la peau de l’américain moyen, dépassé par une situation qu’il ne comprend pas et qui va rapidement se retourner contre lui. Entre Hitchcock et De Palma, Gone Girl est surtout un très grand film de David Fincher, qui nous assène une leçon de cinéma d’une rigueur et d’une précision formelle dont lui seul a le secret. « Un film, c’est comme un ballet » qu’il disait. Dans le cas de Gone Girl, c’est encore plus étourdissant. – Loris

Les 100 films à retenir des années 2010 – Partie 1

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