Photo du film AVIGNON
Crédits : Nolita Cinema, Marine Danaux

AVIGNON, une tirade amoureuse imparfaite mais sincère – Critique

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Sur le pont d’Avignon, on y danse… mais on y joue aussi beaucoup. Plus grande manifestation de théâtre au monde, le Festival d’Avignon passionne, au point que Johann Dionnet a souhaité lui consacrer un film avec de fidèles habitués. AVIGNON déclame son amour pour cet événement, mais le fait-il en récitant un beau texte ? Ce n’est pas si sûr…

Le Festival d’Avignon, comme si on y était

AVIGNON a pour principal objectif de capter l’ambiance du festival, et c’est réussi. Nous ressentons l’ambiance de l’événement comme si nous y étions, et ce, bien que l’équipe du film n’y a tourné que deux jours, reconstituant le reste avec des figurants.

Le choix de la caméra épaule aide beaucoup à y croire, notamment pour mettre en valeur la ville. Elle s’avère également efficace pour représenter le stress des personnages, même si elle en fait parfois un peu trop lorsqu’il s’agit de souligner la misère de la troupe. Néanmoins, AVIGNON a remplit son objectif haut la main, et c’était le plus important.

La lutte des arts

Dans cette petite bulle avignonnaise se côtoient de nombreuses troupes disparates. De telles divergences ne peuvent mener qu’à une seule chose : le conflit. AVIGNON confronte théâtre classique et théâtre de boulevard, art élitiste et art populaire. Le métrage souhaite casser la barrière qui les sépare, notamment en les filmant de la même manière, soulignant ainsi leur unité.

Néanmoins, si ce conflit existe, c’est bien à cause des comédiens eux-mêmes. Nous le percevons clairement lorsque Stéphane boit un verre avec ceux qui ne sont pas de son monde, celui-ci étant totalement écarté des autres. Le souci, c’est que le film reste en surface sur ce sujet. Il effleure un débat pourtant central aujourd’hui, surtout au cinéma, sans parvenir à le traiter en profondeur.

AVIGNON tente de l’aborder à travers son récit, une sorte de Ruy Blas revisité en comédie française, mais cela ne donne au final qu’une comédie romantique banale et prévisible, malgré quelques tentatives de brouiller les pistes.

L’amour sur et pour les planches

AVIGNON est un premier film et possède, de facto, de nombreuses failles comme des faux raccords, mais il possède aussi quelque chose d’essentiel : du cœur. Johann Dionnet aime profondément le théâtre, et cela se ressent à chaque plan. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’amour possède une place centrale dans le film. Comme le dit Serge à un comédien au début : il faut aimer pour être vrai.

C’est exactement ce que raconte AVIGNON, car même si tout le monde joue un rôle, c’est l’amour qui permet d’atteindre une forme de vérité. Dans une œuvre aussi mouvementée, c’est la passion qui vient apaiser la caméra. L’amour devient alors une scène où les amoureux peuvent batifoler, comme lorsque Stéphane et Fanny récitent Le Cid dans un moment de grâce où toutes les passions se rejoignent.

Si AVIGNON était une pièce de théâtre, elle ressemblerait, dans l’esprit, à celle présentée par la troupe de protagonistes : pas forcément subtile, ni toujours bien jouée, mais portée par un metteur en scène et des comédiens qui y mettent tout leur cœur. D’une façon ou d’une autre, le film parvient lui aussi à toucher une forme de vérité, et ce, malgré ses défauts.

Flavien CARRÉ

Auteur·rice

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