Photo du film Christy de David Michôd avec Sydney Sweeney
Crédits : Black Bear Pictures

Christy, un biopic convenu qui gagne aux points

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Après Le Roi, David Michôd revient au cinéma pour mettre en image la reine du ring Christy Martin, dans Christy. Pour incarner cette grande figure de la boxe féminine des années 1990, c’est Sydney Sweeney qui a décidé d’enfiler les gants. Le réalisateur et l’actrice, tels un coach et une combattante, sont sous les feux des projecteurs afin de mettre K.O., grâce à la force de l’histoire de Christy Martin, la malédiction des biopics oubliables.

Le combat de Sydney Sweeney

Depuis la publicité American Eagle ayant fait grand bruit, Sydney Sweeney est devenue, aux États-Unis, l’égérie des républicains, ou la « Barbie MAGA » comme ses détracteurs l’appellent. Sur cette filiation, l’actrice n’est sortie du silence que récemment. Toutefois, elle cultive l’ambiguïté, un phénomène incarnant parfaitement l’état de la société américaine actuelle.

C’est dans ce flou médiatique qu’est sorti Christy, en novembre dernier aux États-Unis. Ce récit d’une femme instrumentalisée par des hommes, se plaçant par procuration de leur côté en dénigrant les femmes avant de faire front avec elles, rappelle presque l’histoire de l’actrice et aurait pu constituer un moyen de redorer son image.

Néanmoins, le film a été très peu vu. Sydney Sweeney a pourtant accepté ce rôle avec l’intention de s’effacer et de « sauver des vies », comme elle l’a déclaré dans une interview pour Deadline. Ce choix de carrière, à l’instar de celui qu’elle avait fait pour Reality, prouve que l’actrice est capable de se positionner contre le gouvernement et la société patriarcale.

La fiction finira-t-elle un jour par coller à la réalité ? Seule Sydney Sweeney peut nous le dire.

Se libérer de ses chaînes masculines

Christy est un biopic sur une femme sous emprise dans tous les aspects de sa vie, qu’ils soient professionnels, sportifs ou relationnels. La séquence de l’appel de son premier manager signe la fin de sa liberté grâce à un surcadrage qui reviendra régulièrement par le biais de ses différents logements.

Christy parvient malgré tout à s’échapper de cette prison en remplaçant les barreaux imposés par son mari par les cordes du ring. La boxe est ici le seul endroit sur Terre où elle est enfin libre.

À cet égard, il est bien dommage que les combats soient filmés de manière académique, avec des effets parfois malvenus. En revanche, et c’est là l’essentiel, on ressent parfaitement la joie de cette femme.

La véritable libération n’adviendra que bien plus tard, à travers des motifs encore une fois classiques tels que la plage. Mais elle atteint l’objectif qu’elle s’était fixé dans un final profondément percutant.

Deux gants pour plusieurs mains

Si Christy échappe à cette prison, c’est parce qu’elle change de camp. L’environnement masculin dans lequel évolue la boxeuse n’est pas entièrement pourri, mais c’est au contact des femmes qu’elle réussit à fuir sa toxicité.

Ses anges gardiens sont évidemment Rosie et Lisa, mais en réalité on pourrait citer toutes les femmes qui l’entourent tout au long du métrage, à l’exception de sa mère.

Lisa demeure cependant la meilleure représentante de ce soutien féminin. Ex-adversaire, elle sort Christy de sa solitude en entrant dans le cadre avec elle, en particulier lors des entraînements.

Ces derniers ne sont pas faits pour la préparer au combat sur le ring, mais à celui qui se déroule en dehors. C’est d’ailleurs le meilleur affrontement, puisqu’il est lourd de sens, Christy faisant preuve de résilience pour défendre la cause féministe.

La boxe, en tant que sport, n’est alors qu’un symbole, bien utilisé certes, mais finalement accessoire. David Michôd est davantage intéressé par le combat extérieur, et c’est effectivement le plus passionnant.

Seule la victoire est à retenir

Christy porte un message fort qu’il doit délivrer. On le comprend très vite. Toutefois, il ne le fait réellement qu’à la fin, ce qui donne l’impression que le film ne fait que combler durant la grande majorité du temps.

La conclusion est poignante, mais le chemin pour y arriver est bien trop classique. La narration « montagnes russes » propre au biopic est respectée, mais elle pâtit d’une trop grande linéarité.

L’environnement et les objectifs de Christy évoluent peu, tout comme le physique des personnages qui, malgré le temps qui passe, ne semble pas changer.

Il existe bien une idée de montage qui tente d’échapper à ce « déjà-vu » : les ellipses abruptes. On pourrait y voir une métaphore des hommes contrôlant le film lui-même, mais en réalité l’effet devient vite assez redondant.

Ne restent alors, comme dit précédemment, que la fin et son message. Christy Martin est une personnalité singulière dans le ring cinématographique. C’est donc dommage de ne lui avoir donné qu’un combat simpliste, même si le K.O. final est spectaculaire.

Les films de boxe reposent souvent sur des poncifs vus et revus. Christy pose un regard féminin et anti-patriarcal sur le noble art, une vision bienvenue, particulièrement dans une discipline encore perçue comme masculine.

Néanmoins, c’est la femme derrière les gants qui restera du film de David Michôd. Lui qui souhaitait nous faire découvrir son histoire y est parvenu, même s’il l’a fait avec une œuvre conventionnelle.

— Flavien CARRÉ

Auteur·rice

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