Photo du film BACKROOMS
Crédits : A24

Backrooms, cauchemar en anarchitecture

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PAS MAL

Phénomène viral débuté en 2022 sur YouTube, la web série Backrooms est adaptée au cinéma par son créateur, Kane Parsons. Si le jeune cinéaste témoigne d’un talent irréfutable, on déplore néanmoins une légère perte d’inspiration une fois son univers mystérieux et hypnotique déployé sur grand écran.

De YouTube aux salles obscures

A24 s’est battue pour obtenir les droits du projet Backrooms, instigué par le talentueux Kane Parsons – également connu sous le nom de Kane Pixels. Le vidéaste américain s’est effectivement emparé de la thématique dès 2022 avec son court-métrage The Backrooms (Found Footage), publié sur sa chaîne YouTube. En un peu moins de dix minutes, l’aspirant réalisateur a su poser une ambiance inquiétante, avec une caméra à l’épaule hoquetante, en pleine fuite dans un dédale d’espaces liminaux sans logique visible. Le début d’une web série qui va largement contribuer à populariser la légende urbaine des backrooms.

Créée en partie avec le logiciel 3D libre Blender, la web série tisse peu à peu une histoire, et l’on découvre l’institut ASync, engagé dans des recherches sur ces espaces énigmatiques. Disparitions mystérieuses, anomalies architecturales et faits inexpliqués se multiplient, dans une mise en scène expérimentale, parfois peu explicite, mais toujours hypnotisante. Phénomène viral, Backrooms va peu à peu exciter les producteurs. Et ce, bien que Kane Parsons envisage plutôt une déclinaison en comics. C’est finalement A24 qui décroche les droits en 2023 pour développer un long-métrage.

Un carton en salles

Le résultat est enfin sorti sur les écrans en ce mois de juin 2026… et galvanise déjà le box office. Avec près de 120 000 entrées en France dès son jour de sortie, Backrooms enregistre l’un des meilleurs démarrages de l’année après Michael d’Antoine Fuqua. Un succès qui n’étonne en rien les initiés. En effet, malgré quelques ratés au fil des années, comme Le Manoir de Tony T. Datis ou Follow_Dead de John McPhail, les producteurs ont fini par débaucher les créateurs d’Internet en tant qu’artistes à part entière, et non plus sur leurs noms ou récits seuls. En témoignent les réussites de Curry Barker avec Obsession, et des frères Philippou avec La Main et Substitution – Bring her back.

Kane Pixels méritait d’adapter lui-même sa création. Backrooms porte assurément sa patte, et le budget confortable de 10 millions de dollars permet au réalisateur de s’amuser comme jamais. Dissimulée derrière les murs du magasin de meubles Cap’n Clark’s Ottoman Empire, les backrooms nous sont dévoilées tantôt dans un format analogique 4:3, caméra à l’épaule, tantôt dans un cadre plus cinématographique, où les travellings suggèrent une menace invisible et latente. Le tout, dans un décor d’une anarchitecture folle, plus sublime encore que ne pouvaient l’imaginer les amateurs d’espaces liminaux.

Passer l’épreuve du grand public sans heurts

Malgré ses qualités esthétiques notables, le passage du web indépendant au grand écran a fait perdre à Backrooms son aura mystérieuse et sa mise en forme audacieuse. Passé à la moulinette du divertissement grand public, le scénario préfère nous donner toutes les clés de compréhension, sans grande insistance, là où la série déployait une intrigue sciemment décousue, dont il fallait assembler les pièces. S’il conserve l’ambiance abrupte et perturbante, Backrooms ne parvient jamais réellement à faire renaître la magie, et se laisse même aller aux clins d’œil appuyés aux fans.

Il n’empêche que, parmi la cohorte d’adaptations marketées pour passer l’épreuve du grand public sans heurts, Backrooms ressemble tout de même à un film d’auteur A24, avec un sens de l’esthétique et de la mise en scène marqué. Il répond au cahier des charges et parvient à séduire un public moins sensible à ces œuvres, qui n’intéressent habituellement que les cinéphiles. Loin d’une fête foraine à la Five Nights at Freddy’s, il s’engage dans un récit sombre et pessimiste, que le cinéma d’horreur récent tend de plus en plus à adopter. Pas la plus mauvaise adaptation, donc. Même si on aurait aimé moins de concessions.

— Lilyy NELSON

Auteur·rice

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