Premier long-métrage plein d’audace et d’ambition, Truly Naked porte sur grand écran l’ambition de la réalisatrice, Muriel d’Ansembourg, qui traversait déjà ses courts-métrages : parler de l’industrie pornographique et plus largement du regard sur la sexualité à l’époque contemporaine. Dans Truly Naked, elle fait appel à ces thématiques au prisme d’un récit initiatique.
Truly Naked, grandir dans le porno sans mode d’emploi
On suit Alec, petit nouveau qui a du mal à s’insérer dans son nouvel établissement. Son apparence douce et timide cache une expérience que ses camarades n’ont pas : quand il n’est pas au lycée, Alec filme les scènes de pornographie de son père, lequel gère avec difficulté sa mini-entreprise de films pornos. C’est la réalité qu’Alec connaît, et derrière sa caméra, son expression concentrée témoigne de son imperméabilité à l’érotisme qu’il filme. Tout change pourtant lorsqu’il se retrouve contraint de préparer un exposé sur l’addiction à la pornographie avec Nina, une fille de sa classe. Malgré la carapace qu’Alec s’est construit, Nina entre de plus en plus dans son intimité… Au risque de le mettre, pour la première fois, véritablement à nu.
Truly Naked traduit avant tout un intérêt clair de la réalisatrice pour son sujet, et une approche novatrice qui refuse de se restreindre en posant un jugement trop hâtif sur ses personnages. Du jeune garçon perdu dans sa sexualité au père inconscient de l’impact de son travail sur son fils, en passant par la jeune féministe et par des actrices porno plus ou moins à l’aise avec leur travail, tous les personnages liés d’une manière ou d’une autre à cette industrie bénéficient d’un regard nuancé, plein d’empathie, qui fouille au plus profond d’eux pour en extraire ce qu’il y a de plus humain.
Un regard nuancé sur l’industrie, plus fragile sur le quotidien
À l’opposé, la réalisatrice est moins indulgente avec le monde extérieur, et notamment avec le microcosme du lycée. Si l’intention est sans doute de montrer que la violence liée à la sexualité se retrouve souvent davantage dans le quotidien que dans le milieu professionnel du porno, il n’empêche que Muriel d’Ansembourg réduit l’espace extérieur à une série de clichés, souvent très maladroits.
Contrairement aux personnages centraux, les élèves et enseignants sont représentés de façon singulièrement réductrice, épousant un archétype (le harceleur sexiste) ou relégués au rang de silhouettes sans véritable personnalité. En résultent des situations et des dialogues vus et revus, qui traduisent à quel point la réalisatrice est mal à l’aise avec le traitement de ces situations triviales, et avec leur articulation avec son sujet.
Une mise à nu sincère, mais encore partielle
À titre d’exemple, on peut s’attarder sur l’exposition. La scène d’ouverture, qui introduit immédiatement Alec derrière sa caméra, s’attarde sur le corps doré de l’actrice à travers de beaux mouvements de caméra en très gros plan, avant de laisser paraître, derrière un morceau de corps, le visage du jeune homme. Cette scène est d’une efficacité remarquable : on passe du fantasme abstrait et désincarné, à la réalité abrupte et triviale du monde du porno. Directement, la réalisatrice affirme son regard assuré sur son sujet.
Seulement, peu après, celle-ci doit replacer ses personnages dans leur contexte, dans une logique d’exposition cafouillante : il faut bien une trentaine de minutes pour finalement comprendre que père et fils viennent d’emménager dans cette ville, avant que cela soit dit mot pour mot. Mais le cafouillage ne s’arrête pas là, et le rythme peine à se maintenir tout au long du film – peut-être à cause de l’habitude qu’a la réalisatrice des formats plus courts. Une fois que les enjeux du film sont posés, l’intrigue tourne en rond, et le scénario semble régulièrement avancer à tâtons pour tester le terrain.
On retiendra de Truly Naked la grande qualité de regard sur une industrie souvent refoulée et caricaturée, mais pourtant bien présente. Le personnage d’Alec, campé avec assurance par Caolan O’Gorman dans son premier rôle, est tout à fait marquant, en adolescent tiraillé entre son désir et la manière de l’exprimer. Muriel d’Ansembourg place au cœur du film la thématique du refoulement, qui se traduit notamment par l’idée qu’Alec a comme un monstre en lui, issu de la banalisation de la pornographie ; monstre qu’il contient mais qui menace de sortir au fur et à mesure que Nina perce sa carapace.
Ces qualités font de ce premier long-métrage une vision touchante de la jeunesse et de la découverte de soi, mais l’on regrette que cette histoire n’arrive pas à mieux s’ancrer dans la réalité triviale du quotidien, puisque cela aurait permis au film d’acquérir une dimension plus universelle dans l’articulation entre l’industrie du porno et le quotidien d’adolescents, touchés d’une manière ou d’une autre par les effets de cette industrie. La mise à nu n’est malheureusement que partielle.
— Marie ARRIGHI
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