THE THING (1982), référence du genre

Noter4 Notes
4

THE THING, comme de nombreux films de John Carpenter, est une référence du genre. Rien d’étonnant, donc, à ce que ce nom fasse partie de la programmation de La Nuit de la peur durant le Festival Lumière.

Remake d’un (excellent) film de Howard Hawks intitulé La Chose d’Un Autre Monde, et ayant lui-même accouché d’un remake honnête mais inutile en 2011, THE THING est entré dans la culture populaire et est souvent cité parmi les plus grands films d’horreur jamais réalisés. Et on comprend aisément pourquoi, lorsque dès la scène d’introduction, Carpenter nous immerge dans un désert gelé terrifiant et donne une nouvelle définition au mot « paranoïa ».

S’il est une chose à mettre au premier plan lorsque l’on parle de THE THING, c’est son ambiance. En plaçant son action en Antarctique, dans un quasi huis clos, le cinéaste se donne les moyens de son ambition et donne d’emblée une atmosphère anxiogène à son œuvre, pourtant tournée dans les studios d’Universal. Par une mise en scène très sobre, bien loin de la folie chaotique de In The Mouth of Madness, et aidé par un Ennio Morricone en pleine forme, le réalisateur impose au spectateur un immobilisme pesant, partagé par les personnages du récit. Découpant à la perfection son film, le réalisateur pose un rythme assez lent, tout à fait adapté au contexte, et le suspense n’en est que décuplé. Chaque personnage devient suspect et très rapidement l’expérience devient cauchemardesque alors que se succèdent les modifications de point de vue et les séquences horrifiques hallucinantes.

Les effets spéciaux et le design de « La Chose » ont également une part importante dans le succès du film. Plus de trente ans après la sortie, ils n’ont tout simplement pas pris une ride. Pourtant, John Carpenter filme frontalement sa créature, ne s’embarrasse pas de hors-champ si cela n’apporte rien ; sa réalisation est au service de l’atmosphère et celle-ci est l’indéniable réussite du film. L’idée de destruction, chère au réalisateur, prend ici son sens d’un point de vue social ; du groupe solidaire, qui se bat pour survivre contre un ennemi commun, on passe à une mise en image du proverbe « l’homme est un loup pour l’Homme », et la survie individuelle devient l’objectif premier. Une vision très obscure du genre humain inapte à cohabiter et à se comprendre face à un ennemi, que John Carpenter détaille dans toute sa filmographie et qui ici est poussé à son paroxysme.

L’immense succès du réalisateur, qui ne fait aucune fausse note dans sa réalisation ou dans ses intentions, risque fort de jeter un froid (pardon) sur la Halle Tony Garnier, et THE THING est un tel passage obligé dans l’histoire du cinéma d’horreur que ne pas le voir figurer parmi les sélectionnés aurait été surprenant. Je ne peux que vous conseiller de sauter sur l’occasion de visionner ce chef-d’œuvre en salle, pour profiter autant du sound-design exceptionnel que de la mise en scène on ne peut plus classieuse du maître de l’horreur.

Louis

Auteur·rice

Nos dernières bandes-annonces