ISLANDS est un film qui brille davantage par sa répétition que par ses personnages ou son intrigue. Dès les premières minutes et pendant toute la première partie, le réalisateur insiste sur l’errance d’un homme enfermé dans des lieux qui n’évoluent jamais. Le court de tennis ouvre et ferme le film de la même manière, dans un coin ensablé où les balles rebondissent inlassablement. Les plans sont réutilisés, les cadres dupliqués, les ellipses inhérentes au récit. On assiste à un défilement de journées semblables parfois difficiles à dissocier.
Pourtant cette redondance s’exprime au sein d’un paysage aux apparences merveilleuses. Un glow jaune qui enlace les visages, des décors de sables et de plages comme dans les publicités de parfums. Une dichotomie qui met mal à l’aise. On sent que quelque chose ne va pas dans cet univers de vacances qui tourne en rond.
Islands, une île dont on a vite fait le tour
Et enfin, une rencontre vient bouleverser la tension monotone du tennisman. Celle d’un couple et de leur fils, qu’il accepte d’entraîner. Très vite, il gagne leur sympathie et intègre le quotidien de la petite famille. Dîner à quatre, visite de l’île et soirée au Waïkiki (le seul bar de l’île) avec le père. Des deux côtés, la relation est malsaine, jouant sur la rapidité exacerbée de leur rencontre. Tom s’immisce dans chaque aspect de leur intimité, des conflits internes, des responsabilités. Tandis que, Anne et Dave l’utilisent comme un moyen de se divertir et de tester leur couple.
Une ligne floue de conventions tacites, accentuée par des moments de flottements, des hésitations et des personnalités qui cherchent à s’évader constamment, sans oser se l’avouer. La malédiction du quotidien ne cesse pourtant qu’en façade. Car s’ il est maintenant accompagné, ces activités, elles, restent les mêmes. Il annule ces cours de tennis pour leur faire visiter l’île, mais ne visite que des endroits déjà vus, du désert, des plages et encore du désert (Arizona Dream, Rubber).
Malheureusement, dans son film, Jan-Ole Gerster n’appuie pas assez là où ça fait mal et tombe dans un raccourci facile. Il relègue les problèmes psychologiques des personnages au second plan, embourbant le tout dans un thriller policier peu inspiré. Le père disparaît après une soirée arrosée, une enquête s’ouvre. Le tension du couple est mise de côté. On perd la poésie que le film apporte dans sa première partie, pour sombrer dans un sensationnalisme qui ne débouche sur rien.
Au revoir et merci pour tout
C’est d’ailleurs ce que s’efforcera de faire la conclusion de ISLANDS, ne déboucher sur rien, ne répondre à aucune question. Elle plonge le spectateur dans un fatalisme concret. Tom se retrouve devant l’hôtel avec pour seule récompense un généreux chèque d’adieu. La famille part comme si de rien n’était, sans même un regard derrière l’épaule. Un plaisir en suspens, un divertissement passager, telle est la réalité des vacances à l’étranger.
Pour Tom, ces vacances, c’est son quotidien. Un manque constant, des histoires sans fin. Le film est cruel, avec son île et ceux qui y habitent. Tout le monde disparaît autour de Tom, le renvoyant à cette question que chaque personnage sur l’île finit par se poser : qui aurait envie de vivre éternellement là où les gens ne font que passer ?
Etienne SCHNEIDER
Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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