Photo du film CREEPSHOW
Crédit : AM Films

CREEPSHOW, aux fondamentaux de King et Romero – Critique

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Un peu oublié, pas forcément culte… Le film réalisé par George Romero et scénarisé par Stephen King se distingue pourtant comme une œuvre-clé dans la carrière des deux hommes.

Les Contes de la Cryptes furent longtemps un vivier inépuisable de l’épouvante. La bande dessinée publiée par EC Comics entre 1950 et 1955 a donné naissance à bon nombre d’adaptations. Parmi elles : cinq long-métrages tournés entre 1972 et 2001, une série télévisée culte des grandes heures de HBO et un dessin animé ayant bercé la prime jeunesse des enfants des années 90. Cependant, CREEPSHOW s’en distingue. Car le film de 1982 n’adapte aucune histoire du célèbre comic book. Réalisé par George A. Romero et scénarisé par Stephen King himself, il se définit plutôt comme un hommage. Voire même comme une grande déclaration d’amour au matériau d’origine.

Photo du film CREEPSHOW
Crédit : AM Films

Divisé en cinq segments, le film se veut en tous points hystérique. Surjeu, œil exorbité et cabotinage font le sel du jeu d’acteur, qui nous entraîne dans un vaste train fantôme absolument jouissif. Ça hurle, ça court, ça gesticule, ça ne s’arrête pas une seule seconde. Les clins d’œil répétés aux cases de BD achèvent d’établir l’ambiance cartoonesque et participent au découpage du film, qui se lit comme un numéro des Tales from the Crypt. Car, on a beau appeler l’ensemble « CREEPSHOW« , l’œillade se révèle bien plus qu’évidente. Notamment dans cette scène d’ouverture, où un enfant se voit confisquée une bande dessinée similaire, jugée grossière par son père. Or, on le sait, les éditions EC Comics ont souffert en leur temps du harcèlement des associations de parents.

D’autant que, ne l’oublions pas, CREEPSHOW se définit comme l’œuvre conjointe de Stephen King et George A. Romero. Ce détail n’est en aucun cas anodin, puisque les deux hommes ont grandi dans les années 50 et se sont pareillement nourris des Tales, Crypt of terror, Vault of horror, Haunt of fear et autres Weird Science – pour ne citer que les œuvres des écuries EC. Tout un imaginaire horrifique qu’ils ont, de toute évidence, su retransmettre eux-mêmes à travers leur art : le cinéma pour l’un, l’écriture pour l’autre. Et CREEPSHOW témoigne d’une véritable tendresse pour ces histoires à la fois grotesques et étranges. Le long-métrage exprime la passion de deux grands enfants, qui prennent un plaisir fou à la transposer à l’écran.

Photo du film CREEPSHOW
Crédit : AM Films

Ce constat se ressent d’abord dans l’écriture. King au scénario raconte avec délectation ces récits macabres de femme décapitée en décoration pâtissière, de bête légendaire sortie d’une boîte cadenassée, d’amants noyés revenus à la vie pour se venger. C’est du Stephen King pur jus, celui de Christine ou du Singe, qui s’en donne à cœur joie et nous ressert généreusement de son plat. La mise en scène de Romero ajoute au tableau une surenchère d’effets visuels volontairement dégoulinants. Avec, au maquillage, un Tom Savini débordant de créativité. Le bougre se targue d’ailleurs d’une petite apparition en éboueur pour boucler le métrage. Il récupère ainsi le comic book confisqué qui donnait son impulsion à l’histoire.

Bizarrement, CREEPSHOW ne jouit que d’un faible capital sympathie. Peut-être parce qu’à sa sortie, les bandes dessinées d’EC ne nous étaient que trop lointaines et le phénomène HBO, encore bien insaisissable. Peut-être. Cependant, à bien la reconsidérer, il s’agit d’une œuvre singulière dans la carrière de ses auteurs. Elle est, à bien des égards, un aboutissement dans leurs vies respectives. « J’ai grandi dans les EC Comics », aimait à répéter Romero. De même que King s’est toujours amusé du tranchant moraliste de ces récits, ancré dans leur traditionalisme à l’américaine. Ainsi, CREEPSHOW apparaît comme un retour aux fondamentaux. Une parodie, un hommage. Mais aussi et surtout : comme un moment de plaisir absolu.

Lily Nelson

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Titre original : Creepshow
Réalisation : George A. Romero
Scénario : Stephen King
Acteurs principaux : Ted Danson, Ed Harris, Leslie Nielsen, Adrienne Barbeau
Date de sortie : 22 juin 1983
Durée : 1h40min
4
À reconsidérer

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