Critique du film I Melt With You de Mark Pellington

[critique] I Melt With You

Affiche du film I MELT WITH YOU

Une rencontre entre quatre anciens collègues de classe, aujourd’hui dans la quarantaine, évoque les frustrations présentes ainsi qu’un ancien pacte noué entre eux.

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : prochainement
Réalisé par Mark Pellington
Film Américain
Avec Thomas Jane, Jeremy Piven, Rob Lowe, Christian McKay, Carla Gugino, Sasha Grey
Durée : 2h09min
Titre original : I Melt With You
Bande-Annonce :

http://www.youtube.com/watch?v=CTGC5Ot23KU

I Melt With You est un film qui pue la lose. Je ne me souviens plus exactement la date à laquelle j’en ai entendu parler pour la première fois, mais je me souviens qu’entre le lancement du projet, les annonces de casting, les premières images, les premières annonces et l’annonce de la fin du tournage, il s’est écoulé un temps interminable, et qu’il s’écoula encore de longs mois entre sa projection au festival de Sundance et sa sortie effective aux Etats-Unis (dans… 2 salles). Lors de sa première projection presse, on dit qu’une cinquantaine de journalistes sont sortis de la salle, et à lire les critiques sur le web, presque tous ceux qui sont restés pour mater le film jusqu’au bout l’ont trouvé à chier et se sont empressés de le démolir. Dans un rare élan d’osmose, le public a suivi en l’ignorant royalement, achevant de faire de I Melt With You un foirage total, qui ne sera arrivé au bout d’une gestation difficile que pour agoniser dans l’indifférence. Bien entendu, il n’est pas sorti en France.

Au final, tout ce cirque est très exagéré. Lorsqu’on connaît l’historique du film, on s’attend à une incroyable merde sans nom, genre navet de seconde zone, ou à un film conceptuel qui radical qui ne peut être compris que par son auteur… dans un sens ou dans l’autre, on s’attend à en prendre plein la gueule. Nenni. I Melt With You est un film atypique mais pas expérimental, et seuls les critiques objectivistes et sans cœur peuvent se permettre de la qualifier de « mauvais » ; au pire, on le dira extrêmement maladroit. Au mieux, on le trouvera tout à fait charmant, car les indéniables défauts qui le lardent et le déséquilibre qui l’encombre ne font que le rendre plus touchant aux yeux de quiconque sent qu’il passera sa vie à se chercher. Car I Melt With You, dans le fond, c’est un vrai beau film adolescent, à la fois balourd et gracieux, idéaliste et (donc ?) dépressif, révolutionnaire et conformiste.

Photo du film I MELT WITH YOU

I Melt With You est un film qui pue la lose.

Littéralement, le titre de ce bel objet moche se traduit par « je me mélange avec toi/vous », ce qui est d’autant plus approprié qu’il s’agit d’un de ces fameux films où, vous savez, le fond et la forme ne font qu’un, comme le veut ce vieux lieu commun de critique péteux qui se révèle pourtant plus souvent vrai qu’on ne veut bien le croire. L’histoire est celle de 4 potes de fac qui, pour ne pas se perdre de vue, se retrouvent une semaine par an pour des vacances sauvages à base d’alcool et de drogues. On les découvre la quarantaine passée au cours de ce qui doit être leur vingt-cinquième virée, et il n’est pas nécessaire d’être psychologue pour comprendre que si ces types se retrouvent et s’adonnent à tous les excès, c’est aussi pour oublier, pour un court instant, que leur vie rangée, leur famille, leur job et leurs responsabilités les emmerdent 51 semaines par an. Ce qu’ils cherchent à noyer, c’est le fait que les adultes chiants qu’ils sont ont trahi les adolescents pleins de promesses qu’ils étaient. I Melt With You, c’est un film sur des adultes comme les autres qui souffrent de leur condition et tentent de la nier en se comportant de manière tout à fait artificielle comme des ados attardés.

Voilà déjà une des bonnes grosses cibles principales des tacles que s’est pris le film : il parle de la dépression chronique de l’homme d’âge mûr en train de réaliser qu’il a sûrement déjà fini la première moitié de sa vie, et que sa situation commence à faire des croûtes. Il considère qu’il n’a plus rien d’excitant à attendre de la vie, et se paye un bad trip permanent à cause de ça. Pour la plupart des gens, il semblerait que ça soit un sujet con, ridicule, indigne de notre intérêt. D’autant que Mark Pellington est dans la même tranche d’âge que ses personnages et que I Melt With You est probablement pour lui quelque chose de très personnel. Après tout, le bonhomme a réalisé des dizaines de clips dont personne n’a rien à foutre, des épisodes de série télé (job ingrat s’il en est), des films dont vous n’avez jamais entendu parler, et a filmé quelques concerts, sans jamais vraiment percer ici ou ailleurs. Lui aussi a de quoi déprimer, et il a bel et bien pas mal de matière pour questionner sa vie et sa situation. Quand on le regarde, on se dit que I melt With You doit être le pire moment de la vie de son réalisateur, car il s’agit d’un film en crise d’identité, qui ne sait pas s’il veut être un drame, un thriller, un film policier, un clip ou juste un bon vieux film de potes.

Le syndrome ultime de cette identité vacillante, en tâtonnements, c’est une de ses vieilles bandes-annonces, dans laquelle on voit Thomas Jane monologuer face caméra. La scène est géniale, l’acteur y donne probablement la meilleure prestation de toute sa carrière (je déconne pas), et pourtant elle n’est pas dans le film. A la place, on y trouve une version tronquée du monologue, terriblement mal jouée et qui tombe comme un cheveu sur la soupe au milieu d’une scène complètement nulle. Mark Pellington s’est méchamment ramassé la gueule, justement parce qu’il est le cinquième mousquetaire de la bande de paumés qu’il filme pendant deux heures. Lui aussi cherche plus que tout à être cool, à accomplir quelque chose de grand tout en donnant l’illusion de l’insouciance ; lui aussi s’acharne à tenter de retrouver une jeunesse et une fougue qui n’existent peut-être que dans son imagination, mais qu’en tout cas il regrette à en crever. A trop vouloir bien faire, à trop vouloir être ce qu’il n’est pas, il a cruellement manqué de recul et s’est chié dessus, nous laissant son film en témoignage de son naufrage existentiel.

Un poète contemporain a très justement résumé I Melt With You en ces quelques mots : « L’écume des rêves de la jeunesse est emporté par la crétinerie du présent : c’est l’histoire du film, mais aussi de son inévitable échec. » Il a bien raison, et il ne tient en fait qu’au spectateur de décider si cet échec est pathétique, magnifique, ou les deux à la fois.

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