Photo du film DÉVIATION MORTELLE
Crédits : D.R.

DÉVIATION MORTELLE, roadtrip à l’australienne – Critique

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Parmi les premiers rôles de Jamie Lee Curtis au cinéma, on trouve DÉVIATION MORTELLE. Une petite production australienne surprenante, qui emprunte autant au Fenêtre sur Cour d’Hitchcock qu’au Duel de Spielberg.

Après le succès retentissant d’Halloween en 1978, la carrière de Jamie Lee Curtis ne décolle étonnement pas. Elle peine, en effet, à trouver des rôles et court le cachet là où l’on veut bien d’elle – notamment à la télévision, où on l’aperçoit aux côtés de sa mère, Janet Leigh, dans un épisode de La Croisière s’amuse. Toujours très liée au réalisateur John Carpenter, il lui ouvre une carrière dans le genre, grâce au rôle d’Elizabeth Solley dans Fog, moins de deux ans après la sortie d’Halloween. Elle enchaîne ensuite avec deux slashers, Le Bal de l’horreur et Le Monstre du train, puis décolle pour un tournage en Australie à la fin des années 70.

Fenêtre sur route

Ainsi est-elle débarquée sur le projet ROAD GAMES, titré DÉVIATION MORTELLE en français. Pur produit de l’ozploitation – cinéma d’exploitation caractéristique de l’Australie -, le film deviendra par la suite une référence du genre. Il contribua, en partie, à en instaurer les codes visuels. DÉVIATION MORTELLE témoigne, de plus, de toute la folie créative qui traverse le cinéma australien au début des années 80. Il faut dire que le réalisateur, Richard Franklin, et le scénariste, Everett de Roche, n’en étaient pas à leur premier coup d’essai… Puisqu’ils avaient déjà travaillé ensemble en 1978 sur Patrick, un film où un patient plongé dans le coma se réveille de temps à autres pour assassiner son prochain, en toute impunité.

Photo du film DÉVIATION MORTELLE
Crédits : D.R.

C’est d’ailleurs sur le tournage de Patrick, que Richard Franklin apporta à Everett de Roche une copie du célèbre Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock. Ceci, avec une idée en tête : lui confier la rédaction d’un scénario « dans ce style ». Alors dépêché sur le film Le Lagon bleu – avec Brooke Shields, Everett de Roche a l’idée du siècle… Transposer l’intrigue de Fenêtre sur cour à l’intérieur d’un véhicule en mouvement. Il prend alors 8 jours de congés pour écrire le scénario de DÉVIATION MORTELLE. Et il en ressort avec une adaptation remarquable du classique d’Hitchcock… à bord d’un camion. Spécificité, somme toute, très australienne.

Englishman in Australia

Ainsi donc, DÉVIATION MORTELLE prend pour décor relais routiers, asphalte et bordures de route. Jack Quid, un camionneur d’origine britannique, accepte de livrer une cargaison de viande jusqu’à Perth, au sud-ouest du pays. Sur sa route, il va croiser et re-croiser un homme étrange, au comportement suspect. Et, à la manière de Jeff dans Fenêtre sur cour, il s’imagine progressivement être le témoin d’un meurtre. D’autant que, d’après la radio, il semblerait qu’un tueur court… De par ses origines britanniques, le personnage nous est décrit en opposition avec la peuplade australienne. Il témoigne notamment d’un phrasé et de manières autrement plus délicates.

Photo du film DÉVIATION MORTELLE
Crédits : D.R.

Il s’agit là d’une thématique récurrente à l’ozploitation. Placer un étranger dans les plaines sauvages de l’Australie et le laisser se faire bousculer quelque peu par les autochtones – bourrus, fréquemment alcoolisés et relativement méfiants. Or, Quid se distingue par son intelligence, son goût de l’aventure et surtout, son caractère de marginal un brin doux-rêveur. Pamela, dite « hitch », qu’il prend en stop, se lit comme son pendant féminin. Embarquée dans son histoire de meurtres, elle le pousse à mener l’enquête. Stacy Keach et Jamie Lee Curtis forment un duo sidérant de justesse et de poésie. Et, bien que Curtis n’est point à rougir de son début de carrière, il est certain que le réalisateur Richard Franklin lui offre là son premier rôle consistant.

Carrefour créatif

Par ailleurs, DÉVIATION MORTELLE jouit d’une esthétique on ne peut plus soignée pour son budget relativement limité. Il s’ouvre notamment sur un travelling subjectif où le tueur semble tourner autour de sa future victime. Franklin laisse également le décor, entre falaises, forêts du bush et désert de l’outback, s’étendre infiniment autour des personnages. Lesquels paraissent sensiblement vulnérables en dehors du camion. Et ce, malgré la splendeur du décor naturel. Le réalisateur filme également la route comme un champ de bataille : l’influence de Duel est palpable et Mad Max, autre produit de l’ozploitation, n’est effectivement pas loin.

Photo du film DÉVIATION MORTELLE
Crédits : D.R.

DÉVIATION MORTELLE se trouve ainsi au carrefour de plusieurs talents. Il rassemble la plume inventive du scénariste Everett de Roche, la mise en scène habile de Richard Franklin et le jeu indéniablement charmant de Stacy Keach et Jamie Lee Curtis. Si l’on conviendra qu’il s’agit là du lot de bien des films, DÉVIATION MORTELLE détient cette étincelle, ce fourmillement créatif, caractéristique du cinéma de genre australien de cette époque. D’autant qu’il expérimente sur d’autres versants que le sang et la violence – motifs récurrents au sein de l’ozploitation. Il se révèle alors comme un témoignage de son temps à (re)découvrir sans plus attendre…

Lily Nelson

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Titre original : Road Games
Réalisation : Richard Franklin
Scénario : Everett de Roche, Richard Franklin
Acteurs principaux : Stacy Keach, Jamie Lee Curtis
Date de sortie : 26 juin 1981
Durée : 1h41min
3.5
Surprenant

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