Photo du film LES FILLES DU CIEL
Crédits : Memento Distribution

Les filles du ciel, un premier long-métrage au service de ses actrices

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3.5

Les filles du ciel est un premier long-métrage qui a toutes les qualités, et certains des défauts, des premiers jets. La réalisatrice y articule étude sociologique et artistique de jeunes femmes à la marge de la société.

Après trois premiers courts-métrages salués par la critique, Bérangère McNeese poursuit son exploration cinématographique du récit initiatique au féminin, et fait de nouveau appel à l’actrice Héloïse Volle pour incarner le personnage principal, à qui elle donne son nom – ou du moins avec qui elle le partage.

Elle incarne une jeune fille qui n’a pas encore 16 ans, mais dont les conditions de vie en foyer la poussent à fuguer. Lors d’une altercation avec un agent de sécurité, elle est sauvée par Mallorie, jeune femme à la fois sanguine et maternelle, qui prend la jeune fugueuse sous son aile. Elle la présente à ses colocataires, Jenna, Mona, et son bébé, qui vivent au « ciel », le huitième étage d’un HLM de banlieue. Héloïse intègre cette coloc’ marginale et évolue au contact de ces jeunes femmes qui se battent chaque jour pour joindre les deux bouts. Les filles du ciel est avant tout l’histoire d’une sororité qui tente de maintenir sa liberté à tout prix, en se serrant les coudes… au risque de s’étouffer.

Il y a une sincérité pure dans la démarche de McNeese, qui filme ses personnages avec un regard remarquablement empathique et pudique. Les quatre jeunes femmes au cœur du film bénéficient d’une étude de caractère très fine qui confère à chacune une personnalité dense, distinctive et nuancée. Il est d’autant plus impressionnant de voir des personnages si étoffés, alors même que la réalisatrice refuse de les inscrire dans le contexte de leur histoire personnelle. L’utilisation abondante de gros plans, voire de très gros plans, suffit à indiquer que les quatre colocataires sont toutes chargées d’un passé difficile. Le tragique qu’elles affichent au coin de l’œil est accentué par sa dimension indicible.

Au centre de l’image, c’est Héloïse qui absorbe toute la lumière. On voit bien à quel point la réalisatrice connaît son actrice : en plus des gros plans déjà mentionnés, le visage de la jeune femme est magnifié par la photographie d’Olivier Boonjing, avec des jeux de clair-obscur et de couleurs qui participent pleinement à son magnétisme. Le film entier est organisé autour de ce visage adolescent, ni vraiment enfant, ni encore adulte, qui incarne à lui seul l’enjeu du film : montrer le passage de l’innocence enfantine à l’âge adulte, entre désillusion et responsabilisation.

En tant qu’actrice devenue réalisatrice, Bérangère McNeese donne une grande place à la direction de ses comédiennes. Celles-ci portent littéralement tout le film, au point que l’intrigue ne semble être qu’un accessoire pour mettre en scène la subtilité du jeu des jeunes femmes. On pourrait en cela reprocher au scénario sa faiblesse, en particulier à cause de l’accent mis sur des situations vues et revues. McNeese, obnubilée par ses comédiennes, ne semble pas prendre conscience de cette faiblesse, ce qui accentue le manque d’originalité des scènes en question. D’autre part, la réalisation de McNeese tend à être involontairement elliptique, et lie avec difficulté intention et mise en scène. On restera ainsi interloqué par des scènes un peu trop allusives, dont on ne cerne pas bien l’apport narratif.

Il n’empêche que McNeese signe là un début prometteur, qui montre entre autres une aptitude remarquable à capturer les subtilités du comportement humain – et plus précisément féminin. C’est aussi et surtout un magnifique portrait de son personnage principal (et de son actrice) que la réalisatrice dépeint ici, avec la précision d’un artiste baroque face à sa muse, qui n’est pas sans rappeler un Vermeer et la façon dont il capture la lumière sur le visage poupon de La jeune fille à la perle. Beaucoup de qualités donc, dans ce premier long-métrage, dont on retiendra surtout la fascination contagieuse de la réalisatrice pour le visage de son actrice.

— Marie ARRIGHI

Auteur·rice

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