GLASS, conclusion d’une singulière trilogie – Critique

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Tel le phénix, M. Night Shyamalan poursuit la troisième partie de sa carrière sous le signe de la renaissance. Il nous revient avec GLASS, suite de l’étonnant Split, pour boucler une singulière trilogie entamée avec Incassable, il y a de cela 19 ans.

Au début des années 2000, un jeune prodige américano-indien effectue des débuts fracassants derrière une caméra en signant à la suite Sixième Sens, Incassable, Signes et Le Village. Quatre œuvres importantes où percent tout le talent d’un jeune auteur, allant de la qualité de son écriture pour développer des histoires fertiles en fausses pistes et rebondissements de dernière minute, ainsi qu’une sorte de facilité insolente pour découper les séquences.

M. Night Shyamalan sort de nulle part et s’impose, à moins de 30 ans, en nouveau maître moderne du fantastique et du thriller. Propulsé au sommet, il entame une seconde partie de carrière déclinante, enchainant des productions moyennes, voir catastrophiques, qui semblent même hors-sujets avec le reste de sa filmographie dans leurs thématiques. Des intrus comme La Jeune Fille de l’eau, Le Dernier Maître de l’air et After Earth, alors que le pourtant prometteur Phénomènes, s’est avéré un échec.

Alors que tout le monde pensait que l’homme s’était définitivement perdu, sa collaboration avec Jason Blum, l’un des magiciens du système hollywoodien, spécialiste des petits budgets se transformant souvent en gros succès financiers, donne naissance à The Visit. Le cinéaste renoue enfin avec son genre de prédilection et signe une production aux effets minimalistes, emmené par des acteurs inconnus. À cet instant, la magie Blum opère une nouvelle fois, le bouche-à-oreille fait des ravages et il se murmure que le réalisateur serait enfin de retour aux affaires.Photo du film GLASSPari réussi avec The Visit, M. Night Shyamalan enchaîne rapidement avec le tournage de Split, malin petit thriller qui donne l’occasion à James McAvoy d’exprimer toutes sa palette de jeu d’acteur en incarnant un psychopathe habité par 23 personnalités différentes. Si il n’est pas exempt de défauts, le film fonctionne, grâce à un acteur en transe et un twist-ending le connectant à Incassable, lorsque Bruce Willis réapparait sous les traits de David Dunn. Trois films pour trois personnages, la conclusion s’intitulera donc GLASS et réunira tout ce beau monde.

GLASS s’ouvre sur David Dunn traquant La Bête (James McAvoy). Passé une première confrontation musclée, les deux se retrouvent dans une sorte d’hôpital spécialisé où végète également Elijah Price dit Monsieur Glass (Samuel L. Jackson). Un peu lente à démarrer de prime abord, l’histoire de GLASS se la joue énigmatique voir brouillonne, avant de se resserrer sur ses protagonistes, les ausculter via le prisme de l’intime, tandis qu’une inévitable montée en tension et en puissance avance, doucement mais sûrement.

Des trois personnages, McAvoy tire une fois encore la couverture à lui tout seul, apparaissant bien plus souvent et longuement à l’écran que Bruce Willis (il est agréable de le retrouver dans un bon rôle après des errances), mais surtout Samuel L. Jackson, dont le paradoxe est de le voir et l’entendre le moins alors que le nom de son personnage est aussi celui du film. Mais c’était sans doute oublier un peu trop facilement la virtuosité d’un cinéaste qui orchestre avec un tempo parfaitement dosé une conclusion qui lui tenait visiblement à cœur depuis bien trop longtemps. M. Night Shyamalan prend son temps et il aura finalement eu raison. Les masques tombent, les murs également et il n’y a alors plus de doutes possibles : ce troisième film porte bien son titre.

M. Night Shyamalan conclut avec Glass une singulière trilogie, aux morceaux de bravoure fulgurants.

À bien des égards, GLASS se révèle être un spectacle cinématographique singulier, d’une cohérence dingue lorsque l’on accepte de l’ancrer dans une trilogie. Les acteurs ont vieilli où ont grandi, mais ils sont à nouveau là, 19 ans plus tard et il y a une manière virtuose de le lier aux deux autres films, plus particulièrement à Incassable. Au-delà de l’aspect technique, c’est l’écriture qui nous surprend vraiment.

Sans grosses ficelles, comme si tout avait été déjà parfaitement imaginé et conçu il y a presque 20 ans, tout semble s’imbriquer le plus naturellement du monde. Un tour de passe-passe qui va servir à merveille un grand final réjouissant et électrisant, qui cite même le western. On saluera aussi les joutes opposant Willis à McAvoy, étonnantes de retenue, ce qui est particulièrement appréciable à l’heure où pullulent des productions Marvel/DC Comics dopées aux effets visuels se vautrant toujours plus dans la surenchère.

En trois films, c’est un véritable regard d’auteur qu’aura posé M. Night Shyamalan sur les super-héros, mature, sombre, voir désenchanté et solidement ancré dans un effet de réel qui nous est très proche. Encore perfectible mais bien mieux maîtrisé que Split, GLASS vient conclure une trilogie somme toute détonante, nantie de fulgurants morceaux de bravoure, qui ne ressemble à aucune autre au cinéma.

Loris Colecchia

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Titre original : Glass
Réalisation : M. Night Shyamalan
Scénario : M. Night Shyamalan
Acteurs principaux : Bruce Willis, James McAvoy, Samuel L. Jackson, Sarah Paulson, Anya Taylor-Joy
Date de sortie : 16 Janvier 2019
Durée : 2h10min
3.5
Belle Vitrine

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