24 personnalités pour un acteur. Voilà la promesse de SPLIT, le nouveau long-métrage de M.Night Shyamalan qui ambitionne de revenir au premier plan. Et avec la manière, s’il vous plaît !

Miraculeusement ressuscité avec le grinçant The Visit, M. Night Shyamalan se doit aujourd’hui de confirmer un renouveau que l’on attendait avec impatience après une traversée du désert artistique particulièrement gênante. Son dernière projet, en 2015, a réussi à combiner à la fois succès critique et commercial, de quoi le ramener sur le devant de la scène et amorcer une nouvelle phase dans sa carrière. Autrefois présenté comme le petit prodige d’Hollywood (certains ont osé dégainer l’étiquette “nouveau Spielberg”, c’est dire l’ampleur des espoirs placés en lui autrefois), M. Night Shyamalan doit désormais tout reconstruire pour prouver qu’on peut lui redonner notre confiance de spectateur. Les budgets pharaoniques de After Earth ou du Dernier Maître de l’Air sont loin derrière. Le réalisateur d’origine indienne revient à une forme de cinéma plus modeste, moins portée par la pression de la rentabilité économique et donc, par extension, à un cinéma plus libre.Dès l’inaugurale scène de l’enlèvement, on retrouve le Shyamalan qu’on aime : gestion parfaite de la tension couplée à une utilisation ingénieuse du champ et du hors-champ. Les plus belles heures de son cinéma se rappellent à notre mémoire (Le Village et son oppressante course-poursuite finale). La suite s’inscrit dans la même veine. Pas besoin de chipoter des heures, en terme de montage, mise en scène, rythme et écriture, le film est d’une efficacité redoutable faisant la nique au 3/4 des séries B sortant chaque année. On dénombre une bonne poignée de belles idées de cadre qui prouvent que le savoir-faire n’a jamais disparu (jeu sur les miroirs, angles inventifs, suspense redoutable), pour peu que l’écrin laisse assez de place pour le déployer. Si on accueille le film comme un divertissement, SPLIT remplit diablement bien son contrat. Rien d’étonnant, le cinéma de Shyamalan comporte dans ses gênes les ingrédients adéquats pour stimuler le spectateur. Les rebondissements et autres éléments cachés sont des outils majeurs avec lesquels le réalisateur s’amuse depuis toujours, produisant un effet jubilatoire pour ceux qui les subissent et, forcément, celui qui les exécute. Regarder l’un de ses films c’est être consentant, accepter la manipulation, d’être floué.

“SPLIT signe le retour, le torse bombé, d’un Shyamalan incisif et inventif. “

Visiblement conscient de ce pour quoi il est réputé, M. Night Shyamalan a décidé de jouer avec nos nerfs en nous confrontant face à nos attentes mais aussi en modulant l’utilisation du twist, jusqu’alors le piment de chacun de ses films réussis. En ce sens, l’apparition du réalisateur dans une courte scène au milieu du scénario est d’une importance capitale : il interprète un homme qui manipule des images de surveillance sur un ordinateur. En s’attribuant une apparition avec cette tâche le procédé dépasse le banal caméo égocentrique, il vient exposer aux yeux de tous qu’il est le maître des images, ordonnant les informations. Pur film de réalisateur donc mais aussi pur film d’acteurs, SPLIT capitalise sur la performance de ses deux têtes d’affiche. James McAvoy livre une prestation démente dont on se souviendra au moment de faire le bilan de sa carrière, oscillant entre générateur d’inquiétude, de rire et d’une pointe d’émotion. Face à lui, Anya Taylor-Joy (la révélation de The Witch) est d’une intensité folle, détenant au plus profond de ses yeux une attraction magnétique happant quiconque les croise.photo de SplitMaintenant, attention pour ce qui va suivre, les spoilers sont de sortie !

De la même manière dont il avait procédé avec THE VISIT, M. Night Shyamalan esquisse des pistes fantastiques puis les tempère via des explications rationnelles – la maladie mentale. Toute l’histoire sur la Bête fait naître en nous des attentes de l’ordre du pur surnaturel et en petit malin, Shyamalan édulcore la révélation liée à cette 24ème personnalité – qui n’a pas fantasmé de voir le méchant se transformer pour de bon en créature poilue ? Pas forcément pour se faire un plaisir de nous décevoir. Au contraire, la grande révélation du projet n’était pas à cet étage. La dernière bobine apporte un tout autre twist qui permet au film de prendre une ampleur supplémentaire. On trouvait jusque-là SPLIT excellent, grâce à ses dernières minutes il devient brillant. Encore et toujours rien n’est gratuit et l’ensemble témoigne d’une vision globale particulièrement affinée puisque le film rejoint directement Incassable, de multiples façons. A la manière de ce qu’a fait Marvel avec son univers étendu, Shyamalan tisse des connexions avec son film de super-héros initial en ressassant des questionnements communs (preuve que la démarche n’a rien d’opportuniste), jusqu’à l’apothéose jouissive : l’apparition de Bruce Willis rendossant son rôle de David Dunn. La manœuvre est réjouissante parce que rien en terme de marketing n’a été en ce sens, préservant le secret intact.

Vendu comme un film sur la schizophrénie, SPLIT est autre chose. Nouvelle variation sur le thème des super-héros, le long-métrage désamorce son postulat de base (on ne voit pas la moitié des 24 personnalités) pour continuer d’explorer un sujet cher à Shyamalan : la différence et l’acceptation de soi. L’ultime apparition de Kévin dialoguant avec ses autres personnalité est un très belle conclusion, tout en lui ouvrant magistralement la voie à un rôle de bad-guy dans Incassable 2. La Bête prend le dessus sur tout le monde, elle “prend la lumière” et l’homme accepte enfin d’être pleinement quelqu’un, avec pour but de se venger d’un monde qui a osé se moquer de lui. Ne serait-ce pas là, vaguement dissimulée, une plus mordante attaque à l’encontre de la critique que ce qu’il a maladroitement fait avec La Jeune Fille de L’Eau ? Mesdames et messieurs, nous avons bien fait de douter de lui. La bête M. Night Shyamalan est de retour, les griffes acérées. Incisif et fougueux, SPLIT démontre toute la maestria d’un metteur en scène revenu le torse bombé, décidé à se réapproprier une place de choix dans le cœur des cinéphiles.

Maxime Bedini

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[CRITIQUE] SPLIT
Titre original : Split
Réalisation : M. Night Shyamalan
Scénario : M. Night Shyamalan
Acteurs principaux : James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley
Date de sortie : 22 février 2017
Durée : 1h57min
4.0MALIN
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