Netflix continue d’enrichir son catalogue de créations françaises en s’offrant ici la dernière collaboration entre Julien Leclercq et Sami Bouajila.

Dès la première scène, le ton est donné. Une pluie battante rince les vitres d’une voiture qui habrite des hommes masqués s’apprêtant à braquer une gendarmerie. L’air est froid et la tension augmente alors que la caméra délaisse ces hommes à leur opération… Après Braqueurs et Lukas, le réalisateur Julien Leclercq offre ici un nouveau rôle d’action à Sami Bouajila. Ce dernier n’incarne non pas un des délinquants mais Saïd, un gérant de scierie fatigué par le travail et dont le quotidien bascule quand un de ses employés (Samy Seghir) cache dans son usine la drogue volée aux gendarmes. Sans surprise, la cocaïne est rapidement réclamée par un gang de dealers prêts à tout pour la récupérer. Cette situation imprévue donne ainsi naissance à un huis clos forestier alternant entre film noir et thriller.

Comme tout thriller ou film à suspense, LA TERRE ET LE SANG se divise en deux temps : tout d’abord la première partie qui présente les personnages et la seconde qui contient la majeure partie de l’action. Malheureusement, le principal défaut du long-métrage se trouve dans la première division qui prend très rapidement le dessus sur la seconde. L’introduction psychologique des différents protagonistes se caractérise par un aspect mélodramatique alors que des dialogues simplistes s’enchaînent sur fond de piano. Or, si ces quelques notes de musique semble au premier abord négligeable, le son acquiert une nouvelle dimension lorsque le spectateur comprend que Saïd n’a d’autre choix que de se battre afin de protéger sa fille (Sofia Lesaffre), sourde et muette. Tout cela pour une présentation psychologique superflue qui prend donc le pas sur le cœur de l’action au désespoir du spectateur.

Photo du film LA TERRE ET LE SANG

© Netflix

Avec un sujet comme celui-ci, le public s’attendait en effet à une confrontation relativement rapide entre les dealers et Saïd dans une forêt de pins. Une fois dépassée cette première partie chronophage, Julien Leclercq réussit à mettre en scène un Sami Bouajila aussi brutal qu’impressionnant. Fidèle à son habitude, l’acteur conforte sa position de maître dans ce registre. Ainsi, dès que le superflu et la psychologie sont mis de côté, LA TERRE ET LE SANG se transforme en un agréable thriller français. Dans un lieu angoissant par son immense forêt de pins et son usine terne, le long-métrage dévoile progressivement au public sa brutalité et sa tension.

Enfin, le film offre à Samy Seghir son premier rôle « adulte ». L’acteur, découvert dans Neuilly sa mère ! pour lequel il avait eu une pré-nomination au César du meilleur espoir masculin, s’impose grâce à son rôle de jeune en réinsertion. Malgré le rythme assez lent de l’action, l’interprète réussit à percer dans un genre inédit dans sa filmographie. Il ne reste plus qu’à espérer que cela lui ouvre des portes pour ses rôles à venir. À ses côtés, Sofia Lesaffre vole ponctuellement la vedette à son père (Samy Seghir) en interprétant avec justesse Sarah, une adolescente sourde et muette.

Photo du film LA TERRE ET LE SANG

© Netflix

En dépit d’un scénario prometteur, LA TERRE ET LE SANG s’enlise dès le départ dans une présentation psychologique sommaire et accessoire… voire évitable. Malgré une chasse à l’homme réussie dans la scierie, le principal atout du long-métrage est sa durée : 1h20. Une longueur idéale pour ce film à la première partie lente mais qui permet aux spectateurs de ne pas se laisser décourager afin de pouvoir profiter de l’explosion finale.

Sarah Cerange

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LA TERRE ET LE SANG, cauchemar à la scierie - Critique
Titre original : La Terre et le Sang
Réalisation : Julien Leclercq
Acteurs : Sami Bouajila, Eriq Ebouaney, Carole Weyers, Samy Seghir
Date de sortie : 17 avril 2020 2020
Durée : 80 min
2.0Long
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LA TERRE ET LE SANG, cauchemar à la scierie – Critique

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