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Crédits : Gebekah Films

MARS EXPRESS, une planète rouge terre à terre – Critique

MARS EXPRESS est la dernière étoile filante du cinéma d’animation dans une année en ayant comporté énormément. Est loué principalement le fait que ce soit une production française – l’animation française étant pourtant reconnue – alors que d’autres éléments sont à valoriser.

Un monde pas si lointain

Le film de Jérémie Périn embarque dans son sillage son lot d’influences, en pensant bien évidemment à Blade Runner. Sont principalement repris du chef d’œuvre de Ridley Scott les divergences idéologiques entourant la cohabitation entre humains et non-humains. Ces références sont totalement assumées et servent à la compréhension de l’univers mis en place. En effet, le monde cyberpunk de MARS EXPRESS se découvre par l’image, sans que des panneaux lumineux ou qu’une voix robotique ne nous l’explique. Si nous nous habituons aisément à cette atmosphère, c’est parce qu’il est proche du notre. Les communications mentales rappellent celles sur Discord, les débats télévisés sur les violences policières semblent tout droit tirés des chaînes d’informations, et enfin l’IA prend une place conséquente dans cette société au point qu’il y a des manifestations contre son utilisation. Néanmoins, bien que le métrage réussisse à nous acclimater dans cet univers, il le fait certainement trop en ce qui s’agit de la construction de son intrigue. MARS EXPRESS est rempli de fusils de Tchekhov. Chaque élément, chaque mot et chaque photogramme sont utiles à l’intrigue. À l’exception de la séquence finale, le film suit un modèle bien trop connu et ne s’en éloigne quasiment jamais. Le métrage ne s’égare que peu de temps dans l’espace, celui-ci étant pendant très longtemps accroché à une terre rassurante.

Le reflet de l’âme

En participant à ce voyage vers le connu, nous plongeons naturellement dans des formes et dans des couleurs familières. MARS EXPRESS est le premier long-métrage de Jérémie Périn, toutefois ce n’est pas son premier projet. Auparavant, il a été le réalisateur de Lastman et cette influence se ressent dans la simplicité de la direction artistique de son film. Dans cet univers plutôt épuré, jonglant intelligemment entre 2D et 3D, l’unique exception subsiste dans les yeux. La réalisation appuie sur ces derniers via de fréquents très gros plans ce qui dénote avec le monde présenté. Bien qu’ils dégagent une certaine humanité, ils sont pourtant eux aussi des outils. La vision que possède Carlos Rivera (Daniel Njo Lobé) est différente de la nôtre, toutefois c’est majoritairement par les yeux d’Aline Ruby (Léa Drucker) que nous nous en rendons compte. En tant que reflet de l’âme, nous comprenons que la détective a perdu son humanité. En revanche, son collègue en gagne, en témoigne la séquence où il pleure, un moment d’autant plus touchant qu’il ne peut essuyer ses larmes.

Relations à distance

Dans une société moderne où il est reproché de ne plus nous parler, voir le futur proposé par MARS EXPRESS n’est pas des plus rassurants. Beaucoup plus qu’aujourd’hui, les êtres ne communiquent plus et sont éloignés les uns des autres. Le passage chez le docteur, un moment pourtant où la communication est essentielle, devient dans les mains de Jérémie Périn d’une grande froideur, la machine séparant le médecin du patient. Idem lorsqu’Aline voit pour la première fois dans le métrage son patron Chris Roy Jacker (Mathieu Amalric). Dans ce cas de figure, notre perception est faussée aussi bien par le fait qu’ils communiquent par vidéoconférence, que par le fait que Chris Roy Jacker n’est pas l’être souriant que pense Aline. C’est par ailleurs lors de leur deuxième rencontre qu’ils vont se voir en face-à-face et qu’il va révéler sa véritable nature par un jeu de reflet brillant. Le symbole de ce manque de communication globale est la ville elle-même. Les métropoles sont vides, à l’exception de deux moments particuliers : sur Terre lors de la manifestation anti-robots, et sur Mars à la toute fin. Dans les deux cas, il n’y a qu’une espèce à chaque fois comme si le vivre-ensemble était utopique, et ce sur n’importe quelle planète.

Un espace restreint

Entre humains et non-humains subsistent des êtres faisant le pont entre eux. Carlos est un homme devenu robot suite à son décès à la guerre. De par son statut unique, il représente aussi bien les deux types d’existence même s’il ne s’intègre dans aucune des deux. Homme violent, en devenant un être « sauvegardé » il a perdu ce mauvais trait de caractère. Bien que bénéfique, cela va à l’encontre de son libre-arbitre. Sa quête est alors de le récupérer et c’est ce qu’il fera en s’améliorant par la même occasion par lui-même. Sa collègue optera pour un parcours inverse. Elle qui avait battu son alcoolisme va replonger dans son vice, ce qui la mènera indirectement, ou non, à un destin tragique. Carlos est l’être le plus libre du métrage car il a le choix, un pouvoir vital dans un monde prônant l’enfermement.

2200, l’Odyssée de Mars

Le monolithe, objet mystérieux parcourant le 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Dans MARS EXPRESS, il n’est question de bloc noir, mais d’une forme encore plus simple : un rectangle. Cette forme géométrique est présente tout le long du film comme symbole de l’enfermement. C’est celui qui enferme aussi bien les humains, à l’instar de la cellule où se trouve Aline qui arbore ce symbole, que les non-humains, ceux-ci le portant sur eux. C’en est d’autant plus terrible pour les remplaçants des robots. Ce sont des êtres organiques, donc vivants, enfermés dans des bocaux sans aucun moyen de s’échapper. Dans la quête de Carlos, l’ouverture de ce rectangle est fondamental pour fuir cette boîte métallique et sociétal dans laquelle il se trouve.

En tant qu’étoile filante, MARS EXPRESS apparaît puis disparaît comme les autres. Le film ne promet pas un voyage inédit venant chambouler nos sens, et cela nous va très bien comme ça. Une étoile reste une étoile dans toute la beauté qu’elle peut nous apporter, bien qu’elle soit éphémère. Nous pouvons en revanche être heureux que sa lueur ne faiblisse pas face aux autres durant les Perséides du cinéma français de 2023.

Flavien CARRÉ

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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