Photo du film RAZORBACK
Crédit : D.R.

RAZORBACK, sexe, violence et kangourous – Critique

Lily Rédactrice

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RAZORBACK retrace le difficile pèlerinage d’un New-Yorkais dans le désert australien. À la recherche du sanglier responsable de la mort de sa femme, il se heurte à la sauvagerie primaire de certains autochtones. Sorti en 1984, le film de Russell Mulcahy présente un parti-pris artistique remarquable, de même qu’un sous-texte sociétal propre à l’exploitation australienne.

Une histoire de sanglier géant qui court et tue des gens dans l’outback australien. RAZORBACK pourrait, de prime abord, passer pour une énième série Z à bestiole sans grand intérêt. Or, il s’agit certainement de l’un des meilleurs films de l’Ozploitation. Désignant le cinéma d’exploitation australien, l’Ozploitation situe son âge d’or au début des années 70 jusqu’à la fin des années 80. Née des subventions du Gouvernement australien, désireux d’offrir un cinéma plus ambitieux à son pays, elle fut avant tout permise par l’introduction d’une nouvelle classification des films en 1971.

La catégorie R, pour un public majeur averti, donne enfin l’autorisation aux cinéastes australiens de montrer du sang, du sexe et de la violence à l’image. Et ils vont s’en donner à cœur joie. De ce fourmillement créatif naîtront des œuvres singulières, comme Long Weekend, évidemment Mad Max et, plus récemment, Revenge. Toutefois, le porte-étendard du genre demeure Wake in Fright. Sorti en 1971, le film choquera tant son public qu’il demeurera quelque peu oublié jusqu’en 2002, où l’on redécouvrit par hasard des négatifs au fond d’un container à Pittsburg.

Photo du film RAZORBACK
Crédit : D.R.

Arty eighties

RAZORBACK, quant à lui, a longtemps pris la poussière sur les étagères des vidéoclubs, avant de connaître enfin un remastering en 2017. Et, à n’en point douter, il méritait cette seconde jeunesse. En effet, les copies disponibles jusqu’alors accusaient le poids des années et l’on perdait presque de vue la beauté des cadres orchestrés par Russell Mulcahy. Tout le film déborde de plans à la fois esthétiques et significatifs, que l’on raccorde volontiers à la culture clip des eighties. Car non, RAZORBACK n’est pas qu’un simple film à grosse bestiole. Loin s’en faut.

Sous couvert d’adapter le roman éponyme de de Peter Brennan, le futur réalisateur d’Highlander, encore jeune et prometteur, en profite pour expérimenter. Ce qui donne à RAZORBACK un cachet arty bien particulier. Mulcahy, alors connu pour un seul long-métrage et de nombreux clips vidéos, filme l’étendue désertique de l’outback australien comme un infiniment grand où l’horizon semble à jamais s’éloigner et le danger, venir de partout. Le décor écrase le personnage principal. Et même davantage lors des scènes de cauchemar, montées surréalistes que l’on pourrait presque attribuer à un David Lynch.

Photo du film RAZORBACK
Crédit : D.R.

Lien de parenté

Le sanglier, quant à lui, n’apparaît que peu dans le métrage. Le faible budget a dû faire pencher la balance en faveur d’un less is more Spielbergien – compte-tenu de l’apparence peu engageante de l’animal. Toutefois, sa chasse n’est que prétexte à développer une réflexion sociétale. En héritier direct de Wake in fright, RAZORBACK confronte citadins et habitants des terres reculées. Comme son aïeul, il témoigne de la violence et de l’alcoolisme qui sévissent par-delà le bush et l’outback. Même si moins sanglant et radical, le film se lit comme une œuvre de jeunesse éprise d’une certaine influence.

Wake in fright et RAZORBACK ont effectivement en commun ce parti-pris sociétal, une représentation étouffante significative de la chaleur, mais aussi un point de bascule orchestré autour d’une partie de chasse au kangourou. Si Wake in fright entraîne son héros dans la folie à cet instant bien précis, celui de RAZORBACK s’effondre. Car il s’avère fondamentalement inadapté – tant physiquement qu’idéologiquement – à la sauvagerie de l’outback. Cependant, bien que ce sanglier lui ait tout pris, il va, étrangement, également tout lui rendre. Et ce, lorsqu’au-delà même de la vengeance, le protagoniste se pliera, lui aussi, à la loi de la jungle.

Photo du film RAZORBACK
Crédit : D.R.

Mulcahy, l’oublié

On pardonne volontiers à RAZORBACK ses quelques champs contre-champs hasardeux, son montage parfois aléatoire et ses transitions d’un autre âge, tant le métrage se révèle parmi les plus inspirés de la première période de l’Ozploitation. Bien qu’il souffre par instance de la candeur des œuvres de jeunesse, il retransmet néanmoins tout le potentiel de son réalisateur. On l’a un peu oublié, mais Russell Mulcahy avait du talent. Or, il s’est effectivement perdu en chemin, si bien que nous l’avons perdu de vue. Sûrement en raison d’une patte trop typée eighties qu’il n’a jamais su renouveler. Nonobstant, son début de carrière vaut, encore et toujours, le coup d’œil.

Lily Nelson

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Titre original : Razorback
Réalisation : Russell Mulcahy
Scénario : Everett De Roche, Peter Brennan
Acteurs principaux : Bill Kerr, Chris Haywood, David Argue
Date de sortie : 30 janvier 1985
Durée : 1h35min
3.5
À revoir
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