Photo du film UN PRINCE À NEW-YORK 2

UN PRINCE À NEW-YORK 2, triste surenchère dégoulinante – Critique

Dans l’offre VoD de cette ère sans salle, UN PRINCE À NEW-YORK 2 apparaît sur Amazon Prime Video comme une bouffée d’air frais. Enfin… La pépite nostalgique des années 80, dont nous avions éperdument besoin ! Malheureusement, la suite du film culte de John Landis ne fait que décevoir dans un bruyant et sidérant fracas.

Culte. Le mot colle fièrement à la peau du premier volet sorti en 1988. Et pourtant, pourtant… Il ne s’agit objectivement pas du meilleur des John Landis. Sympathique réinterprétation du mythe de Candide, Un Prince à New-York premier du nom se distingue comme une comédie pop-corn, pur produit des années 80. Avec toutefois, de l’idée, de l’écriture et du talent à l’écran. Loin du haut du panier, on le range néanmoins dans la moyenne haute du genre, entre Les Blues brothers sur le dessus de la pile, Comment claquer un million de dollars par jour un peu plus bas et Splash loin derrière, au fond des abysses. Beaucoup préfèrent à raison Un fauteuil pour deux, du même réalisateur, avec déjà Eddie Murphy tout en haut de l’affiche. Tant et si bien qu’une éventuelle suite paraîtrait un outrage plus grand que de s’attaquer à Un Prince à New-York. Allons donc, pourquoi pas ?

Photo du film UN PRINCE À NEW-YORK 2
Amazon Studios

Too much

Pourquoi pas ? Car le premier volet, s’il n’était pas mauvais, demeurait néanmoins léger avec un fond, certes critique sur la société américaine, mais peu poussif – le film se concentrant essentiellement sur la bluette amoureuse. Et bien que la boucle soit bouclée sans détour à la fin du métrage, on aurait pu espérer en voir plus. Rire plus. Oser plus. UN PRINCE À NEW-YORK 2 recelait donc un certain potentiel. Malheureusement, du « plus », le film a fini par basculer dans le « trop ». De son sujet, pourtant simple – retrouver le fils bâtard resté en Amérique, afin de placer un héritier légitime sur le trône -, le métrage s’encombre. En effet, UN PRINCE À NEW-YORK 2 se perd dans un imbroglio de sous-intrigues, sans grands enjeux, toutes expédiées dans une résolution peu satisfaisante. La surenchère de caméos et la flopée de personnages secondaires viennent parasiter l’arc narratif principal à en donner la nausée. Le tout, sur fond vert, dans une Afrique fantasmée, plus proche d’un décor de parc d’attractions que de la charmante fable voltairienne du premier volet.

Princesse oubliée

Car oui. Le titre est trompeur. Le prince ne réside à New-York que dans le premier quart du film. Son père, un Eddie Murphy devenu roi, qui peine à exister dans cette cacophonie incessante, l’embarque au Zamunda sans trop de résistance, dès l’annonce de son prestigieux héritage. Et Jermaine Fowler se révèle comme un prince lisse et ennuyeux, s’émerveillant de ce qu’il est convenu de s’émerveiller, malgré une rébellion timide et peu convaincante. On ne sourit jamais du décalage entre son quotidien maussade dans le Queens et sa nouvelle vie princière au palais zamundien. Les traits d’humour s’avèrent, au contraire, datés, figés dans l’éphéméride de 1988. Pour se renouveler, le film espère y accoler un brin de cosmétique féministe en tentant vainement de valoriser la fille aînée du roi, laissée pour compte par l’arrivée de l’héritier mâle. Or, il n’y parvient d’aucune sorte. Perdue dans la surabondance de clins d’œil appuyés au premier volet, la princesse n’occupe jamais suffisamment l’écran pour susciter un quelconque attachement – aussi factice soit-il.

Photo du film UN PRINCE À NEW-YORK 2
Amazon Studios

Casting infini

Pourtant, on aurait aimé s’attendrir des retrouvailles avec l’ensemble des personnages secondaires. Ils sont tous là. Semmi, Morris, le révérend Brown, Lisa, le roi Jaffe Joffer… Dès les premières minutes, les références s’enchaînent. On s’en amuse d’abord, mais on s’en lasse ensuite. La scène chez le barbier paraît d’un autre temps, presque inaudible dans sa logorrhée de répliques sans fond. On rit lorsque l’ancienne prétendante d’Eddie Murphy apparaît en aboyant, telle que nous l’avions laissée trente ans auparavant. On soupire lorsque le gag se répète en boucle à la fin du pénible ouvrage. Oh, mais il y a aussi EnVogue, Salt-N-Peppa, Gladys Knight, John Legend, Morgan Freeman, Tobbe Hooper… Et Wesley Snipes en antagoniste principal, qu’on oublierait presque, coincé au milieu de cette surenchère délirante. Il faut dire que Blade ne brille pas non plus par sa prestance, cabotin éternel des actioners en direct-to-video. Ainsi donc, UN PRINCE À NEW-YORK 2 ne fait que dérouler son luxuriant casting sur un long tapis rouge, qui paraît ne jamais finir.

Afrique adieu

On pouvait légitimement rêver mieux. Ou, a contrario, rêver moins. Car Un Prince à New-York n’était finalement qu’une petite comédie légère, qui avait su donner beaucoup, avec un humour léché et une mise en scène sobre, comptant sur un amusant effet de décalage. À vouloir trop en faire, sa suite en oublie l’essentiel. On avait aimé le choc des cultures, le charme des personnages typiquement new-yorkais, le génie comique d’Eddie Murphy et d’Arsenio Hall – qui désormais, nous paraissent, hélas, bien trop vieux et fatigués pour l’exercice. À la place, nous observons une galerie de caricatures d’antan, images d’Épinal d’un temps passé, que l’on contemple par le prisme d’un 2021 qui leur semble insaisissable. Ils auraient pu rejouer la fable avec la même intelligence. Or, il s’en révèlent vraisemblablement incapables. Alors, on masque la misère. On donne à voir du spectacle et de la nostalgie sans trop savoir quoi en faire. La magie des années 80 s’est éteinte. Et c’est bien dommage.

Lily Nelson

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Titre original : Coming 2 America
Réalisation : Craig Brewer
Scénario : Kenya Barris, Barry W. Blaustein et David Sheffield, d'après l'histoire de Barry W. Blaustein, Justin Kanew et David Sheffield, basée sur les personnages créés par Eddie Murphy
Acteurs principaux : Eddie Murphy, Arsenio Hall, Jermaine Fowler
Date de sortie : 5 mars 2021
Durée : 1h50min
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Déception
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Juan Cruz Bernabo
Juan Cruz Bernabo
Invité.e
26 mars 2021 2 h 15 min

Tout à fait d’accord!
Juan Cruz Bernabo

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