Uncharted
©Sony Pictures

UNCHARTED, Le meilleur des blockbusters médiocres ? – Critique

Une bague apparait à l’écran. Flottant dans les airs, portée par un brun casse-cou qui pend dans les airs et a l’air empêtré dans une sacrée situation. La caméra recule… Révélation: celui-ci est accroché à un avion volant à des kilomètres au-dessus du sol et qui commence à s’en rapprocher dangereusement…
Ils étaient assez beaux, les tous premiers instants d’UNCHARTED. Ils semblaient vouloir retrouver les exaltantes sensations transmises par la saga vidéoludique qu’il adapte, incontournable en matière de grands récits d’aventure. Mais bien sûr, Hollywood est passée par là et les craintes d’assister à un énième blockbuster fade se justifient assez vite, enterrant les (minces) espoirs des fans de vivre un moment digne de la grande saga d’origine. Car la séquence en question est pompée des jeux et sera un des seuls moments un peu marquants quand on se rend vite compte que tout ce programme va se révéler bien fade en fin de compte.

« CRAP, CRAP, CRAP! » EN EFFET.
C’est Simon Riaux, rédacteur de l’excellent site Écran Large, qui a mit le doigt sur un point très intéressant dans sa critique concernant le film. « Cinéphage » qui est pourtant d’habitude toujours prêt à dézinguer toute abomination hollywoodienne qui est depuis des années le résultat de toutes les paresses possibles d’écriture ou de mise en scène accompagnées d’un opportunisme marketing parfois tellement dingue que nos yeux de spectateurs innocents n’en reviennent pas — à savoir bien sûr le blockbuster sans saveur — il réalise que finalement, à notre plus grande surprise, ce nouveau produit hollywoodien réussit à laisser apparaître certaines vraies qualités. Révélation qui apparait encore plus à un second visionnage, une fois que toute attente est évaporée et que le cerveau est prêt à se laisser porter. Sauf qu’avant de passer dans cette dimension faite de concession et d’optimisme, il faut se fader une « aventure » bien plate, sans surprise, sans prise de risque, sans frisson… Alors que le postulat de départ – à savoir d’investir un pan jamais montré dans les jeux-vidéos où le héros est, à une exception près, toujours adulte, en le montrant ici à ses débuts- était intéressant et promettait de montrer quelque chose de nouveau. Mais au final il n’y aura pas grand chose à se mettre sous la dent.

Car pour survivre à tout ceci, il faut non seulement ranger tout espoir concernant un éventuel travail d’adaptation effectué, mais aussi en regard du spectacle que se doit de proposer un tel programme. Car comme tout le monde le sait, nous sommes en présence d’un des plus fameux exemples de development hell comme on dit dans le milieu, pour un film qui sort après de très longues années de changements incessants (votre serviteur aurait notamment aimé voir la version chapeauté par l’appliqué et inspiré Dan Trachtenberg, auteur des réussis 10 Cloverfield Lane et Prey) et qui a fini dans les mains d’un homme qui ne nous a en fin de compte pas pondu de film réussi depuis son tout premier, qui était Bienvenue à Zombieland (Zombieland, 2009), et n’était pas non plus un chef d’œuvre… et c’était déjà il y a déjà treize ans ! Car le bougre, après son premier long, n’a malheureusement cessé de repousser les limites de la médiocrité puisqu’il s’est rendu responsable du franchement fade Gangster Squad ou, « De dieu! » comme dirait Sully, de l’abominable Venom !
Bref, disons-le très, très clairement: UNCHARTED le film est plat et sans saveurs, ne représente en aucun cas un résultat d’adaptation ne serait qu’un minimum fidèle au matériau d’origine, et se montre tellement opportuniste et je-m’en-foutiste qu’il vaut mieux ne pas trop se poser de questions au risque de finir blotti sous une couverture à se demander ce qu’une des plus grandes sagas vidéoludiques contemporaines a bien pu faire pour mériter ça.

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A peu près la tête qu’on fait devant le film – Mark Wahlberg et Tom Holland – Crédits : CTMG, Inc.
Si les scénaristes les écoutaient un peu de temps en temps, ces deux-là…

DE L’ALCOOL, DE LA MUSIQUE NULLE ET PAS DE SCENARIO.
Ce qui est un des pires exemples récent de toute l’industrie sur comment développer un film commence donc par un court aperçu de LA scène d’action (séquence tirée d’Uncharted 3, donc) qui nous attend plus tard, avant de nous ramener plusieurs années en arrière. Séquence avec les deux frères, enjeux posés de manière plutôt simple mais efficace, dilemme dramatique installé pour plus tard, et retour de nos jours… Hop, ni une ni deux, le Nathan Drake version Tom Holland enfile son costume de serveur et va faire swinguer les shakers (oui) avec tellement d’aisance et d’application qu’on croirait que c’est comme ça qu’il se muscle. Heureusement non, car comme ça, quelques plans torse nu de notre ami Tom — pardon, de Nathan — chez lui en pleine séance peuvent débarquer pour venir satisfaire les adolescentes. Mais si notre ami est dans les jeux accro à l’aventure, ici, c’est surtout à la boisson qu’il semble s’intéresser. Tout ça n’a aucun sens (Nathan n’a JAMAIS été obsédé par l’alcool hein, son truc c’est l’exploration et les trésors) et si cela pouvait bien sûr être justifié par le fait que c’est une façon pour lui de noyer son chagrin par rapport à sa situation avec son frère, ça n’est jamais suffisamment développé pour être un minimum incarné. Mais comme le disent Seb et Fred dans leur chronique entre deux rires impossibles à retenir: « Pourquoi pas ? Allez, admettons ! ». Car la preuve de l’opportunisme de l’entreprise est probablement à chercher dans ces quelques éléments, notamment l’exhibition du torse bien musclé de notre ami de Tom et l’utilisation de ces musiques et chansons rap-électro-mon *** sur la commode qui n’ont jurent avec l’univers d’origine et n’ont AUCUNES raisons d’être là si ce n’est pour attirer le jeune public, encore trop innocent pour rester suffisamment imperméable à la platitude du « spectacle » qui leur est présenté. Il faut rappeler que Nathan Drake (qui est d’ailleurs une identité en partie inventée), est un orphelin dont le goût pour l’Histoire lui a été transmis indirectement par sa mère décédée qu’il n’a jamais connu et se montre toujours humain et attachant derrière son côté fourbe et provocateur qu’il utilise pour se protéger. Le personnage est d’ailleurs très intéressant, dans le sens où il est parfois critiqué pour son côté trop occidental et classique (un trentenaire blanc et beau gosse). C’est pourtant un formidable protagoniste qu’a créé Naughty Dog qui voulait en faire un homme « normal » (au-delà de sa capacité hors du commun à se fourrer dans des situations pas possibles, le garçon a quand même certaines capacités physiques extraordinaires) qui se casse la figure (c’est le moins qu’on puisse dire) et fait des erreurs. Nul doute que ND a réussi son pari: transformer les codes pour en tirer le meilleur et permettre à Nate de se forger une place de choix dans le cœur des amateurs d’aventures, aux côtés des Indiana Jones et Lara Croft auxquels il a inévitablement été comparé. Encore plus grâce au superbe Uncharted 4 et à son ton plus émouvant et à toute son approche un peu plus « réaliste » (la patte des réalisateurs de The Last of Us, Neil Druckmann et Bruce Straley), où Nathan, autrefois casse-cou increvable un peu aux allures de chewing-gum vidéoludiques (les technologies de l’époque), est devenu un magnifique personnage complètement crédible et toujours attachant, densifié par un gameplay ayant trouvé un parfait équilibre.
Et ici, puisque l’intelligence et la fidélité d’adaptation était un mirage, on pouvait craindre un Tom Holland qui ferait du Tom Holland (attention à ne pas se transformer en Ryan Reynolds ou Chris Pratt) et même du Peter Parker. Et c’est un peu le cas, son personnage souffrant d’une écriture peu subtile (à cheval entre le jeune inexpérimenté qu’il est, et le gars assez sûr de lui qu’il devient parfois sans raison) mais son vrai capital sympathie, ses grandes qualités athlétiques et même l’absence, finalement surprenante, de lourdeur quant à l’interprétation et à l’écriture du personnage (mais de toute profondeur aussi évidemment) nous permettent de ne pas avoir trop envie de leur coller des baffes sans arrêt.

Entre temps, Mark Wahlberg — pardon, désolé, Victor Sullivan — s’est présenté lui aussi pour faire démarrer l’intrigue. Et là, les deux hommes se rencontrent, s’envoient des vannes, se la pètent pas mal quand même aussi puis finalement s’associent et s’appellent même déjà par leurs surnoms (la légendaire efficacité hollywoodienne) ! Inutile de dire que contrairement à l’attachement que le joueur a pour ces personnages, ça ne découle ici d’aucune construction scénaristique et aucun développement de personnage et le fan ne peut que se désoler d’entendre des « Nate » et des « Sully » sans aucun sens prononcés par des acteurs qui n’ont pas grand chose à défendre. Mais heureusement, le film, et c’est là que se joue une grande partie de sa « réussite », ne perd jamais de temps. D’un côté, il ne le prend jamais pour approfondir réellement ne serait-ce quoi que ce soit (mais vraiment rien du tout), mais par extension, de l’autre, il ne l’a pas non plus pour venir avec le genre de gros sabots qui en parasitent tant d’autres. Et toute l’ADN du projet se dessine donc finalement dans ce mélange qui se révèle, c’est terrible à dire, plutôt pas désagréable.

Uncharted
Antoine Delassus, du Mag du Ciné, en a aussi écrit une bien bonne critique. © Sony Pictures.

LE GROS TRESOR DE CIRCONSTANCE
L' »intrigue » se lance donc sans tarder — Nathan et Sullivan poursuivant le traditionnel gros trésor perdu — et même les stéréotypes attendus se révèlent peu encombrants (même si c’est aussi parce qu’ils n’en ont de toute façon jamais le temps). Le rôle d’Antonio Banderas menace d’être celui du grand méchant pas beau qui tue ses sbires à tour de bras (sauf pour un personnage quand même, il faut pas déconner), mais non, celui-ci se révélant finalement un peu loser et aurait pu – dans une autre dimension – devenir touchant. Pareil pour celui de Tati Gabrielle. Elle n’a pas grand chose à faire d’autre mais le fait bien. Quant à celui de Sophia Ali, à savoir la Chloé Frazer du jeu, il fera bien son job aussi et nous offrira même la surprise presque incroyable de ne pas être là pour tomber dans les bras musclés du héros alors que les personnages féminins atroces sont pourtant une tradition dans les mauvaises adaptations de jeu vidéo. On aurait même presque une certaine affection pour ce pauvre sbire baraqué dont on ne saisit que la moitié de ce qu’il raconte à cause de son accent pas possible lors d’un running gag court mais sympathique…
Enfin, inutile de mentionner Ruben Fleischer, tant, et bien… il n’y a tout simplement rien à dire. C’est le problème de ces « films » dans lesquels plus rien n’a de poids, de physicalité, de textures ou d’aspérités, à l’image des brillants exemples de non mise en scène que représentent des moments tels que Nathan qui pique les clés d’un agent de sécurité aussi facilement que s’il lui disait bonjour (un cliché vraiment insupportable qui nous sort d’un film instantanément) où Chloé qui vole la croix à Nate alors que lui et Sully étaient là tout le temps (à ce niveau là, c’est la magie hollywoodienne). Comment s’investir après de telles facilités ? Il y a bien, comme tout le monde l’a soulevé, la scène finale avec ses hélicos mémorables ou celle de poursuite de Barcelone qui bénéficie d’une énergie agréable et d’un montage qui – miracle – laisse les plans durer un peu plus de trois secondes. Mais c’est quand même très peu tout ça.

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Tom Holland, Sophia Ali et Mark Wahlberg qui s’engueulent à propos du scénario (inexistant) – Crédits : CTMG, Inc.

L’OPTIMISME NOUS SAUVERA TOUS
Bref, on va faire comme le film et ne pas s’attarder. Mais avant de terminer, soyons fous et pénétrons dans cette fameuse dimension où règne l’ouverture d’esprit et la tolérance et permettons-nous quand même une ou deux suppositions, qui appartiendront à ce qu’est l’analyse filmique en partie, à savoir l’interprétation. Si il est admit que les personnages n’ont presque rien à défendre, quelques répliques plutôt surprenantes permettent le doute. Car à plusieurs reprises, Nathan ou Sully, entre deux dialogues pas toujours très inspirés, laissent échapper une ou deux phrases différentes. Le second, traité comme le type complètement égoïste, donnera au final des indices pour imaginer un traitement plus profond et révéler notamment une solitude tout simplement mal vécue. Nathan, lui, parfois, lâchera quelques éléments plus sobres laissant s’esquisser quelques éléments intéressants qui auraient pu être exploités. Car si le « vrai » Nathan Drake, à savoir celui-ci des jeux-vidéos, trouvait une identité dans l’Histoire en empruntant directement à de grands explorateurs pour dépasser sa condition d’orphelin, son pendant cinématographique ne sera qu’un énième pantin manipulé par des exécutifs en costards dont la seule ambition semble de pomper toute propriété intellectuelle pour en tirer le maximum d’argent possible et laisser tous ces univers merveilleux dans le même état que si Nathan et son équipe était passé par là (c’est-à-dire en bordel, pour ceux qui n’ont pas joué aux jeux). Vestiges des nombreuses versions antérieures du scénario qui promettaient peut-être une écriture plus aboutie et profonde ? Difficile à dire évidemment, tant les « personnages » n’en sont finalement pas tellement tout fait artificiel. Mais ce n’est pas inintéressant…

La grande aventure ne sera donc pas au rendez-vous ici, UNCHARTED le film condensant avec une efficacité forçant presque l’admiration tout l’attirail du blockbuster plat mais passe partout comme Hollywood nous en pond par dizaines depuis environ la naissance de la saga Uncharted justement (voire avant). Ce qui est d’autant plus navrant pour un film qui se fait étaler par son matériau d’origine qui le bat sur son propre terrain, la saga ayant toujours forcée l’admiration pour ses qualités de mise en scène (regarder l’intégralité des cinématiques d’un Uncharted revenant à voir un excellent film d’aventure). Il y a étrangement malgré tout une sensation bizarrement lumineuse d’un blockbuster insignifiant mais qui conviendra à certains, cet UNCHARTED se révélant un exemple finalement médiocre mais également suffisamment efficace pour satisfaire les moins exigeants (et sûrement les décisionnaires). Ce qui révèle quand même un constat angoissant et qui semble être fait de plus en plus : reconsidérer un blockbuster à la hausse parce qu’il est moins mauvais que les tonnes d’autres donne évidemment de quoi se coller quelques sueurs froides quant à l’état de l’industrie aujourd’hui, Hollywood ayant réussi à atteindre un standard pas trop dégueulasse capable d’attirer un large public et de remplir au maximum les caisses. Mais bon, voyons le bon côté, sinon on ne s’en sortira pas ! Peut-être qu’UNCHARTED version cinéma nous proposera du divertissement plus décontracté et un peu plus inspiré que la moyenne à l’avenir dans la suite à redouter, même si c’est la moyenne basse… Ou, peut-être que la saga sera reprise par des gens talentueux et passionnés pour, pourquoi pas, aller chercher un peu plus ? Uncharted a toujours été une ode à l’exploration, à la découverte. Soyons fous, et rêvons un peu comme Nathan nous l’a apprit à le faire.

Simon Beauchamps

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Uncharted affiche
Titre original : Uncharted
Réalisation : Ruben Fleischer
Scénario : Rafe Judkins, Art Marcum
Acteurs principaux : Tom Holland, Mark Wahlberg, Sophia Ali, Antonio Banderas
Date de sortie : 16 Février 2022
Durée : 1h48min
2.5
"Oh Crap !", en effet

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