Photo du film V/H/S
Crédit : Splendid Film GmbH

V/H/S, une anthologie d’horreur mal comprise ? – Critique

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V/H/S n’est pas un grand film. Cependant, son postulat, un hommage au marché de la vidéo des années 70 à 90, ne manque pas d’intérêt.

Sorti en 2012, le film d’horreur à sketches V/H/S a depuis donné naissance à trois suites, dont la popularité croît peu à peu, au fur et à mesure que la tendance rétro-nostalgique progresse. Pourtant, dès son premier volet, V/H/S rendait déjà hommage à tout un pan de la culture vidéo des années 70 à 90. Des années marquées par l’introduction du magnétoscope dans les foyers et, avec lui, l’avènement du caméscope et du vidéo-club. Un nouveau marché où des producteurs avisés s’engouffrèrent. On découvrait alors des produits conçus spécialement pour le marché vidéo, au coût de production faible et ultra rentable. Jane Fonda fut, par exemple, l’une des premières à exploiter le filon avec ses cours d’aérobic sur cassette.

À ce jeu, les plus grands gagnants furent les producteurs de films d’horreur. Pour se démarquer dans les vidéo-clubs, rien de tel, en effet, que la violence et le gore. Sur les jaquettes, les films promettaient toujours plus de sang, de tripes et de morts. Bien plus réglementée, l’exploitation en salles n’avait pas permis jusqu’alors de voir des réalisations aussi extrêmes. De la surenchère naquit ainsi le genre du « mondo » ou « shockumentary ». Sous couvert d’une approche prétendument documentaire, ces productions exploitaient des images violentes et macabres supposément vraies, en réalité pour la plupart mises en scène. La série des Faces of death et Mondo Cane en furent les plus fiers représentants. Et la France eut d’ailleurs son propre shockumentary douteux avec Saint-Tropez interdit.

Photo du film V/H/S
Crédit : Splendid Film GmbH

Vidéo hommage

Ces années virent aussi un plus large public accéder à la caméra, avec l’arrivée des premiers caméscopes familiaux. Lesquels générèrent un grand nombre de fantasmes. Dont des questionnement sur l’existence de snuff movies. Là intervient V/H/S, qui s’inscrit logiquement dans ce vaste héritage. Il n’exploite effectivement pas à la légère le support de la bande magnétique, pourtant déjà bel et bien obsolète à sa sortie. Il fait sciemment appel au gore racoleur et pseudo véridique du mondo, tout en s’appuyant sur le found footage pour nous faire croire à un marché noir du snuff amateur. En effet, les personnages, une bande de voyous à la petite semaine, se filment eux-mêmes au caméscope.

Employés par un inconnu pour voler une VHS chez un particulier, ils doivent visionner les cassettes présentes jusqu’à identifier la bonne. Or, ces vidéos dévoilent des meurtres sanglants et des faits étranges bel et bien réels. Cet arc narratif permet ainsi l’enchaînement des différents courts-métrages qui composent le film. D’une qualité et d’un intérêt variables cependant. L’un d’entre eux peine particulièrement à se raccorder à l’esthétique de la vidéocassette déployée tout au long du métrage principal. Puisqu’il tente une incursion dans un chat vidéo… Deux ans avant Unfriended, l’expérimentation était intéressante. Or, elle peine à trouver sa place au sein du concept de V/H/S.

Photo du film V/H/S
Crédit : Splendid Film GmbH

À réhabiliter

Du reste, il se dégage de V/H/S un charme étrange et une certaine inventivité. On apprécie les effets de glitch, habilement employés par l’un des courts présentés. Également les incursions d’images subliminales et les fugaces instants rescapés, semble-t-il, de précédents enregistrements. L’ensemble souffre cependant d’un manque de budget manifeste, notamment dans les effets visuels, quelque peu répétitifs. De plus, à le redécouvrir dix ans après sa sortie, on s’aperçoit que V/H/S accuse le poids des années. Les procédés narratifs datés tirent souvent en longueur des intrigues pourtant expéditives. Toutefois, cela ne lui retire en rien ses qualités. Car V/H/S fut, par certains aspects, précurseur en son temps.

Certes, sa catégorisation en found-footage ne plaide pas en faveur de son originalité. Pourtant, par son rapport au métrage amateur et son lien équivoque avec le mondo, il brasse tout un imaginaire nostalgique, des années avant la vague vintage que nous traversons encore aujourd’hui. Le récent V/H/S 94 paraît ainsi une itération logique dans l’époque actuelle. V/H/S premier du nom vaut donc le coup d’œil. Moins pour sa mise en scène que pour sa démarche en elle-même. Néanmoins, le film conserve une mise en abîme pour le moins intrigante qu’il cultive dans ses suites. Pas un chef-d’œuvre du genre, donc. Mais un concept intéressant, pas si mal exploité et trop souvent méprisé.

Lily Nelson

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Titre original : V/H/S
Réalisation : David Bruckner, Glenn McQuaid, Joe Swanberg...
Scénario : Simon Barrett, Nicholas Tecosky
Acteurs principaux : Calvin Reeder, Lane Hughes, Adam Wingard
Date de sortie : 15 septembre 2012
Durée : 1h56min
2.5
Pas mal

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