THE HAUNTING OF BLY MANOR, réminiscences d’un passé lointain – Critique

Netflix nous propose depuis le 9 Octobre dernier une nouvelle histoire ancrée dans la collection « Haunting of », tout juste créée pour l’occasion. Après la famille éclatée de Hill House, place aux orphelins de Bly Manor.

À l’instar de Hill House qui s’inspirait librement du roman fantastique de Shirley Jackson La Maison Hantée, THE HAUNTING OF BLY MANOR s’appuie sur le texte d’un autre grand nom de la littérature horrifique à savoir Henry James et son texte Le Tour d’Ecrou dont il reprend les grandes lignes ainsi que les personnages principaux ; les deux orphelins, ainsi que Miss Jessel et Peter Quint. Bien qu’elle soit à ranger dans la catégorie des séries dites anthologiques (nouvelle histoire, nouveaux personnages), THE HAUNTING OF BLY MANOR reprend néanmoins en grande partie le casting original de Hill House, les mêmes motifs esthétiques (la musique et la photo) et est toujours artistiquement chapeauté par Mike Flanagan, d’où un gage évident de qualité. Toutefois, là où ce dernier était au cœur de la mise en scène dans Hill House, réalisant tous les épisodes, le processus change pour Bly Manor, Flanagan n’en réalise qu’un et occupe cette fois-ci un poste tout aussi important mais dans l’écriture, étant par ailleurs le seul crédité au générique. Pour un résultat éminemment différent mais tout aussi intéressant à découvrir.

Lorsque Miss Clayton (Victoria Pedretti) décroche le job de nouvelle gouvernante au Bly Manor auprès du taciturne Henry Wingrave (Henry Thomas), elle tombe immédiatement sous le charme des enfants, Flora et Miles, deux jeunes orphelins qui font preuve d’une surprenante maturité pour leurs âges. Elle va se rendre vite compte que quelque chose cloche au milieu de cette campagne anglaise baignant dans une lumière blafarde et au centre de laquelle trône un imposant manoir figé dans une brume aux relents mystiques. Et nous spectateurs, nous rendre à l’évidence une fois le deuxième épisode terminé ; la terreur est délaissée au profit de la psychologie des personnages, plus poussée. Nous allons prendre le temps d’ausculter les démons de la plupart des protagonistes afin de lever le voile sur leur passé et le cœur du mystère qui habite les murs de la résidence. Une proposition moins terrifiante mais plus envoûtante en somme, pour qui acceptera de se laisser happer dès les premières minutes. Et en dépit de quelques longueurs présentes à mi-chemin, permettons-nous d’affirmer que le jeu en vaudra la chandelle.

Moins terrifiant que son prédécesseur, mais plus envoûtant, The Haunting of Bly Manor impressionne par la densité et la rigueur de son récit, à la puissance émotionnelle décuplée.

À condition de ne pas s’attendre à retrouver la mise en scène infernale et souvent flamboyante de Hill House dont les plans-séquences virtuoses préparés par Flanagan et ses équipes faisaient office de cerise sur un gâteau qui alternait avec bonheur drame familial et épouvante à l’ancienne. Au manoir de Bly, les apparitions monstrueuses se font plus rares tandis que le mal-être de ses occupants se déploie lentement pour finir par nous atteindre avec sa portée universelle. Rarement les thèmes du deuil, de la perte d’un amour, de l’oubli et de la mort n’avaient été traités avec autant de subtilité et de justesse, le tour de force scénaristique étant ici de les faire apparaître tour à tour résolument déprimants mais aussi vecteurs d’un certain espoir sur l’après-vie.

Mike Flanagan délaissant la caméra pour la machine à écrire se révèle une nouvelle fois très inspiré, bien entouré par ses acteurs fétiches dont les performances sont encore à saluer. Les deux jeunes nouveaux venus (Benjamin Evan Ainsworth et Amelia Bea Smith) font preuve d’un aplomb impressionnant et il est amusant de comparer l’importance des rôles qu’occupait un tel ou une telle dans Hill House avec ceux de cette version (Carla Gugino reléguée à un tout petit rôle par exemple, alors que son personnage bénéficiait d’une place centrale il y a deux ans).

THE HAUNTING OF BLY MANOR est moins évident à classer dans la catégorie horrifique que son illustre modèle mais rassurez-vous, certaines images marquantes sont toujours au rendez-vous. C’est surtout le soin apporté à son récit qui nous impressionne et achève de nous emporter, à l’image d’une véritable conclusion s’étalant sur un épisode entier, qui risque d’en bouleverser plus d’un.e.

Loris Colecchia

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Titre original : The Haunting of Bly Manor
Créateur : Mike Flanagan
Scénario : Mike Flanagan, d'après l'oeuvre de Henry James
Acteurs principaux : Victoria Pedretti, Tahirah Sharif, Henry Thomas, Oliver Jackson-Cohen, T'Nia Miller, Benjamin Evan Ainsworth, Amelia Bea Smith, Kate Siegel, Carla Gugino
Date de sortie : 9 Octobre 2020 sur Netflix
Format : 9x60min
4
Envoûtant

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