Dans son ascension à la légitimité artistique FAST AND FURIOUS 8 enfile les guest prestigieuses comme des autostoppeurs qui se seraient égarés en route…

Que peut-on réellement attendre d’un énième volet de la saga FAST AND FURIOUS ? Après quatre premiers épisodes en roue libre – réalisateurs et personnages principaux s’entrecroisant sans réelle cohérence – le cinquième du nom avait semble-t-il ouvert la voie à un nouveau filon, disons plus conforme aux standards hollywoodiens. Abandonné le tuning, les courses de voitures illégales et les bimbos en bikini – l’esthétique publicitaire et racoleuse s’inscrivant dorénavant davantage sous forme de clin d’œil – pour se recentrer autour de thèmes plus universels comme celui de la franche « camaraderie », et, bien sûr, de la « famille » avec toutes les valeurs qu’elles peuvent drainer dans leur sillage.

Photo du film Fast and Furious 8

Cet esprit de « film de bande » allait suffire à conférer à la saga un capital sympathie quasi exponentiel au fil des épisodes. Encore plus smart que les amis de Georges Clooney (Ocean’s Eleven), et surtout plus tendance que ceux de Sylvester Stallone (The Expendables), les recrues de Vin Diesel alliaient un cocktail explosif d’actioners « badass » mais sympathiques (qui ont des enfants, des frères et sœurs, des mamans), de filles sexys mais intelligentes (Gal Gadot, Nathalie Emmanuel, Elsa Pataky) et de sidekicks stylés (Ludacris, Tyrese Gibson). En gonflant son casting original avec l’arrivée de grosses pointures comme Dwayne Johnson, Jason Statham, Kurt Russell, des « seconds couteaux » de luxe (Luke Evans, Djimon Hounsou, Scott Eastwood), des pratiquants d’arts martiaux (Ronda Rousey, Tony Jaa, Joe Taslim), voire même jusqu’à recruter des comédiennes oscarisées (Charlize Theron, Helen Mirren), la saga a parfaitement su pérenniser, et surtout légitimer aux yeux du monde, son immense succès.

Cependant, les intérêts qu’offrent la saga en matière cinématographique restent minimes. Il s’agit davantage de promesses de vente : quelle star sera recrutée dans le prochain volet ? Qui jouera le bad-guy ? Contre qui Diesel et/ou Johnson vont-ils se battre ? Des interrogations rudimentaires, certes, mais propres à ce genre d’actioner movie qui se veut être LE divertissement à grand spectacle du moment (presque autant qu’un Marvel si on compare les budgets alloués à chaque film). Mais si toute cette ambition apparaît de plus en plus réelle sur le “papier”, il faut encore voir ce que cela donne sur l’écran. Car à Hollywood, peu de cinéastes se sont montrés assez talentueux pour filmer ce genre de délire boursouflé en testostérone. Sans remonter aux cinéastes d’un autre âge (Walter Hill, Ted Kotcheff, John Milius, John McTiernan), certains « faiseurs » hollywoodiens rendraient probablement cette mixture indigeste un “poil” plus jouissif (James Mangold, Dan Gilroy, Gareth Evans, Doug Liman, Matthew Vaughn, Christopher McQuarrie, Chad Stahelski) que les éternels tâcherons que recrutent la saga (Rob Cohen, John Singleton, Justin Lin, James Wan et pour ce huitième opus F. Gary Gray). Il existe en effet une énorme différence entre se croire « fun et décomplexé », multipliant les morceaux de bravoures à coup de pyrotechnie, de cascades absurdement spectaculaires et d’effets numériques plus ou moins soignés, et l’être réellement, sans complaisance mais avec “viscéralité” dans son approche des corps, des motifs et des thèmes chers au cinéma d’action.

[bctt tweet=”« Fast and Furious 8 reste en deçà des précédents opus »” username=”LeBlogDuCinema”]

Alors que dans les précédents épisodes, la succession frénétique des scènes d’action ne laissait que peu de place au drame en tant que tel, à ces moments de pause souvent hasardeux et censés développer les fameuses relations inter-personnages, sauf pour y satisfaire les plus bas instincts du mâle dominant (misogynie, humour régressif). Ce nouveau volet émet l’idée, presque saugrenue, d’explorer la personnalité de Dominic Toretto, le moins charismatique et le moins sympathique de tous les personnages de la saga. Prêchant la bonne parole comme le pape un jour de messe, l’inénarrable Diesel apparaît comme une sorte de dieu mégalo, littéralement prisonnier de son univers fictif (à l’image de la première séquence du film où il est capable de faire “changer” les gens dixit lui-même). Mais alors qu’on le pensait intouchable sur son havre de paix cubain, voilà que débarque Cipher (Theron, qui parle beaucoup), une cyber-terroriste qui veut « responsabiliser » les gouvernements en les menaçant de balancer des missiles nucléaires à travers le globe s’ils font des bêtises. Mais elle a visiblement besoin de « Dom » et de son équipe de choc pour assouvir son plan. Pour parvenir à ses fins et donc accessoirement le faire chanter, elle détient un argument de poids : son fils (qu’il a eu avec Elsa Pataky avant que les producteurs aient l’idée de faire revenir Michelle Rodriguez d’entre les morts). Voilà pour l’intrigue qui voit ainsi Dom se retourner contre sa « famille » pour sauver sa progéniture.

Heureusement, cet argument donnera lieu à une ou deux scènes décalées où l’on voit Dom lâcher deux petites larmes, qui ont visiblement bien du mal à couler, en rencontrant pour la première fois son fils ou encore l’improbable séquence de son sauvetage par Statham himself. Mais en termes de « plaisir coupable » – cet argument cynique derrière lequel le cinéphile masculin se cache pour dissimuler son désir de régression et d’abrutissement – le film reste en deçà des précédents opus. Parmi les scènes d’actions, dont la logique reste de faire toujours plus impressionnante que la précédente, seule la séquence de l’évasion de la prison tire son épingle du jeu car elle est construite autour de la rivalité entre Johnson et Statham – la plus rutilante du film – et sur les caractéristiques physiques de chacun, l’agilité de l’un contre la puissance de l’autre.

Photo du film Fast and Furious 8

Mais une fois n’est pas coutume dans la saga, l’affrontement est esquivé, du moins sous sa forme physique, car au niveau verbal, les deux “comiques” enchaînent les blagues à bâtons rompus. Pourquoi faire compliqué (chorégraphier et faire le découpage d’un combat) quand deux vannes biens viriles suffissent à combler son homme. À l’image des séquences dans les rues de New York et sur la banquise, la réalisation est flemmarde et facile, se contentant de beaucoup de CGI et de bruit pour peu de participation émotionnelle et sensorielle. Il y a de toute manière peu de choses que l’on retient de cette série Z friquée, sinon le fait que c’est un excellent produit manufacturé – très vite normalisé par les standards établis par des modes fluctuantes (après le gars de The Raid, on a le droit au barbu roux de Game of Thrones) – dans le sens qu’Hollywood peut réitérer ce type de formule lucrative pendant encore plusieurs décennies. Le problème n’est pas que de tels films existent, car tous les goûts sont dans la nature, mais qu’ils ne soient qu’un ersatz de plus dans le système proscrit par Disney (et son modèle « sérialesque » marvelien et/ou celui des remakes et autres reboots à outrance), et que les anomalies, réussies ou non (John Carter, Jupiter’s Ascending, The Edge of Tomorrow, Mad Max Fury Road, Gravity), soient progressivement éradiquées du cinéma à grand spectacle.

Antoine Gaudé

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[CRITIQUE] FAST AND FURIOUS 8
Titre original : Fast & Furious 8
Réalisation : F. Gary Gray
Scénario : Chris Morgan
Acteurs principaux : Vin Diesel, Dwayne Johnson, Jason Statham
Date de sortie : 12 avril 2017
Durée : 2h16min
2.0CYNIQUE
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Eragne
Invité
Eragne

Pour moi, je pense que ce huitième volets de la saga fast and furious est une déception: les principales actions son dans la bande annonce ! Il en manque juste une ou deux qui sont juste surprenante et qui ne donne pas d’adrénaline comme dans les précédant film ! De plus, les moments d’action ne s’enchaînent pas et quelque fois, ce huitième volets est trop lent !
Pour ma part, je pense donc que ce film est un grosse déception et que la bande annonce en dit trop sur le film ce qui gâche le film !

eminence
Invité
eminence

C’est tout simplement impossible l’existence du fils de Dom dans la saga (à moins que Dom est trompé Letty). Explication grace au fils de Brian et Mia.
Pourquoi?
Parce qu’il quitte héléna au début du 6.
Jack (fils de Brian et Mia) n’a alors que quelques petit mois (il ne marche pas encore).
à la fin du 6 Dom s’est donc remis avec Letty, on voit Héléna s’en aller sans le moindre ventre… et Jack toujours aussi petit…
Dans le début du 7 Jack a grandit. il marche, parle et va à l’école maintenant…ce qui lui donne au moins 3 ans d’age… Tandis qu’on voit Héléna au QG FBI collègue de HOBBS, toujours sans le moindre ventre…
Et dan le 8 on nous présente le fils de Dom qui n’à que quelques mois…

Voila la conclusion… A moins qu’héléna est une gestation de plus de 2 années voir 3 ou 4 (plus long qu’un éléphant)… L’existance donc de Brian Marcus Toretto est bien impossible…

Si le scénario avait été un peu mieux ficeler on aurai pu y croire, mais là…

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