Consensuel et bienveillant, MARY est incapable de s’écarter des schémas dramatiques qui pourrissent le cinéma indépendant américain.
Après avoir tenté, hélas sans succès, de relancer la saga Spider Man au cinéma (les deux Amazing Spider Man avec Andrew Garfield), Marc Webb se devait presque de retourner à des projets moins coûteux en effets spéciaux et davantage centrés sur les personnages. C’est chose faite avec MARY, petit film à 7 millions de dollars tourné en Géorgie. Et s’il doit encore se coltiner un superhéros, en l’occurrence Chris « Captain America » Evans – mais quel acteur n’a pas joué dans l’un de ces « Super-films », il s’agit surtout d’offrir à sa star une bouffée d’air frais. Un film où Evans use plus de son charme que de ses muscles, et c’est tant mieux (ou pas).Avec son « scénario tire larmes » (écrit par l’inconnu Tom Flynn) qui multiplie les facilités scénaristiques en usant de scènes emphatiques aux dialogues empesés, MARYs’avère être une succession de motifs surannés et indigestes propre au cinéma indépendant américain. La vision bienpensante du film ne nous épargne rien en matière de stéréotypes. Côté caractérisation des personnages, on a le droit à une enfant de 7 ans condescendante de bout en bout phagocytant tous ses petits camarades de classe ; à une grand-mère acariâtre, castratrice et opportuniste (et donc très riche) ; à une sympathique maîtresse qui a tout de la girl next door (et donc pauvre) ; à une fidèle amie de couleur (de préférence pauvre aussi) et enfin à l’oncle, ex-bourgeois / intello – il était prof de philo – qui abandonne le milieu guindé de Boston pour aller réparer des bateaux, métier ô combien plus authentique.Côté « passage obligatoire » de la sphère indé US, on y trouve les plages musicales où l’oncle et sa nièce s’amusent au soleil couchant ; une scène à l’hôpital où l’oncle y emmène sa nièce pour lui remonter le moral afin qu’elle assiste à des réactions heureuses après des naissances ; quelques scènes interminables d’un procès gagné d’avance pour récupérer la garde de la surdouée ; une famille d’accueil aux méthodes douteuses et une séparation à chaude larme (violons, chanson…). Évidemment, le film ne parle que très peu des mathématiques – de la méthode Trachtenberg, des problèmes irrésolus à l’image du fameux Navier-Stokes, du don de la mère et de sa disparition tragique. Il délaisse très vite son sujet – le don des maths et tout l’aspect scientifique et extraordinaire de la chose – pour s’abandonner aux affres des relations humaines avec une facilité, presque déconcertante, à céder aux pires effets dramatiques tant sur la plan formel que narratif. Boursoufflé et superficiel, ce cliché de cinéma indépendant américain s’inscrit bien loin des œuvres qui ont fait le succès d’un « style » dont l’écriture des personnages reste la clef de voûte (Little Miss Sunshine, Juno, Captain Fantastic).
• Titre original : Gifted • Réalisation : Marc Webb • Scénario : Tom Flynn • Acteurs principaux : Chris Evans, Octavia Spencer, Jenny Slate • Date de sortie : 13 septembre 2017 • Durée : 1h41min
Le cinéma est pour moi autant une évasion vers l'extérieur, vers le monde d'hier et de demain, qu'un repli vers l'intérieur, vers ces rêveries intimes et profondes qui façonnent notre moi.
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