En étant construit comme un road-movie dramatique, où l’action et l’émotion se mêlent à merveille, LOGAN offre enfin de l’originalité et de la personnalité dans le genre des super-héros.

De plus en plus, l’évocation d’un film de super-héros amène à penser à quelque chose d’assez impersonnel, ultra calibré pour correspondre avant tout aux attentes de fans, non pas de cinéma, mais surtout des comics d’où sont issues ces histoires. C’est le cas avec les production Marvel qui se construisent toutes sur le même format, donnant le sentiment, à chaque nouveau film, de revoir la même chose. Exception éventuelle avec, dernièrement, Civil War, qui au-delà de ses défauts scénaristiques avait une approche visuelle plus pertinente, car proche du cinéma d’action façon Jason Bourne. Côté Warner et DC, le sentiment peut être similaire car en dépit d’une certaine personnalité dans la réalisation (qu’on l’apprécie ou non, celle de Zack Snyder est bien présente), la part scénaristique est encore bien trop bâclée pour offrir avant tout une œuvre de cinéma cohérente et réussie.

Mais derrière ces deux géants que sont Marvel (Disney) et Warner, se trouve la Fox qui dispose des droits d’exploitation de l’univers des X-Men et qui le développe de manière plus classique : deux trilogies réunissant les personnages principaux des X-Men, et des spin-off uniquement autour de Wolverine (de son vrai nom James Howlett, mais qui se fait communément appeler Logan). Celui-ci, avec deux premiers films loin d’être mémorables, n’a jamais laissé imaginer qu’il pourrait amener un brin de nouveauté au milieu de ces blockbusters. Et pourtant, avec LOGAN, troisième et dernier opus, la Fox a enfin fait ce qu’on espérait revoir depuis la fin de la trilogie Batman. Offrir avant tout un film de cinéma maîtrisé dans lequel les personnages se trouvent avoir des capacités de super-héros. C’est-à-dire faire un film AVEC et non pas DE.

Logan

C’est sur la plage arrière d’une voiture qu’on découvre le visage de Logan (Hugh Jackman, toujours parfait pour ce rôle) vieilli, le visage ridé, les cheveux gris. Réveillé par une bande de mexicains en train de lui arracher les jantes de sa limousine, il titube, encore un peu ivre et loin d’être au sommet de sa forme. Habituellement (si on se réfère par exemple à la première trilogie X-Men), Wolverine aurait sorti les griffes et la bande aurait pris ses jambes à son cou. Mais Logan ne fait plus peur, incapable de tenir droit et de sortir entièrement toutes ses griffes (incapable de « la lever » pourrait-on même s’amuser à dire). Il ne sera pas loin de se faire passer à tabac. Finalement, il prendra le dessus, après avoir déchiqueté ses victimes, mais à quel prix. Au travers de cette scène d’introduction, le réalisateur James Mangold – qui avait repris au dernier moment le tournage de Wolverine : Le Combat de l’immortel, imparfait mais bien au-dessus du premier opus – annonce ce que sera ce troisième film.

Un film classé Rated R – qui nécessite aux Etats-Unis que les 17 ans et moins doivent être accompagnés d’un adulte – avec des fuck et beaucoup de sang, centré sur l’homme plus que sur le super-héros (utilisation pour le titre du nom Logan plutôt que Wolverine). Un homme au bout du rouleau, qui a perdu ses valeurs, ne croit plus en rien (en lui ou autre) et qui, en un sens, a cessé de vivre, n’attendant finalement que la mort. Poursuivi par de dangereux individus, Laura (Dafne Keen, surprenante et captivante par son regard), une mutante d’une dizaine d’année, avec des pouvoirs similaires à lui (régénération et squelette en adamantium), viendra changer la donne. D’abord réticent à l’idée de l’aider, faisant preuve d’un égoïsme et d’un manque d’humanisme profond, c’est par l’influence de son vieil ami Charles Xavier que Logan acceptera de prendre la route. De film de super-héros nous voilà finalement dans un drame d’action façon road-trip.

« Brutal et émouvant, Logan est d’abord un film cohérent et cinématographiquement réussi » Click To Tweet

S’il ne peut se voir attribuer le titre d’auteur, James Mangold s’avère être un excellent faiseur. Un cinéaste capable de réaliser tout et n’importe quoi, du film policier (Cop Land) au biopic (Walk the Line) en passant par le western (3h10 pour Yuma) ou le thriller (Identity). Des films qui, pris ensemble, ne révéleront pas d’obsessions particulières de la part de Mangold, mais qui disposent chacun d’une personnalité notable. Avec LOGAN, on retrouve une ambiance certainement influencée autant par Mad Max que le jeu vidéo Last of Us. A la limite du monde post apocalyptique, où les mutants n’ont plus leur place et ont été pour la plupart exterminés, Mangold se focalise sur quelque chose de brut. Autant dans la photographie épurée de John Mathieson (chef opérateur de la plupart des films de Ridley Scott) que dans les séquences d’actions qui s’avèrent d’une rare violence. Presque choquantes tant on n’avait jusque-là pu assister à un tel spectacle, à une telle puissance, dans un film de super-héros. Si la brutalité de Wolverine était bien connue, c’est celle de Laura qui vient le plus marquer les esprits. A la puissance de son aîné elle répond avec vitesse et agilité, à l’image de sa première séquence d’action durant laquelle elle sautera de cibles en cibles qu’elle découpera avec férocité. Ne serait-ce que pour ce spectacle barbare parfaitement maîtrisé et jouissif, il revient à James Mangold qu’on le félicite.

Logan

Mais au-delà, c’est sa part scénaristique, simplement construite avec cohérence et un but précis, qui vient changer la donne. S’éloignant des questionnements habituels de l’univers des X-Men (différences entre les hommes, racisme…), LOGAN pose cette fois un regard sur la société créatrice de ses propres monstruosités. Ici, des mutants fabriqués artificiellement par le gouvernement, qui finalement décide de s’en débarrasser. Du souvenir de l’Holocauste qui semblait souvent planer au-dessus des premiers films X-Men, James Mangold se montre bien plus actuel. Par ailleurs, le film réfléchit sur les personnages et leur évolution avec un profond humanisme. Les valeurs que Logan retrouvera au contact de Laura, un caractère héroïque (comme avec cette famille qui les accueille pour une nuit) auquel se mêle naturellement la paternité, seront les éléments nécessaires à l’empathie et à la proximité créée avec le spectateur.

C’est ce lien si sensible entre les deux protagonistes qui amène à repenser à la relation entre ceux de [wp_colorbox_media url=”https://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2017/02/Downloads1-001-e1488118803713.jpg” title=”A gauche Laura et Logan, à droite Ellie et Joel” type=”image” hyperlink=”Last of Us, Joel et Ellie”] (le physique même de Logan évoque celui de Joel). Mais également, toutes proportions gardées, ce thème peut rappeler celui de Gloria (1980) de John Cassavetes ou de Leon (1994) de Luc Besson, tandis Mangold cite ouvertement le western de 1953 de George StevensL’Homme des vallées perdues – dont Clint Eastwood fera un remake en 1985 : Pale Rider. Ainsi, en plus du grand spectacle cinématographique – qu’on pourrait considérer comme intimiste en comparaison à la destruction massives offerte par les blockbusters du moment –, LOGAN a quelque chose de réellement émouvant. Un sentiment qui atteint son paroxysme dans les derniers instants (mais pas que), capable de tirer des larmes. C’est alors le cœur lourd qu’on accompagnera ce héros retrouvé, lui dira merci pour ce qu’il est, avant de le pleurer et lui faire nos adieux. Une réussite, tout simplement.

Pierre Siclier

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[CRITIQUE] LOGAN
Titre original : Logan
Réalisation : James Mangold
Scénario : James Mangold, Michael Green, Scott Frank
Acteurs principaux : Hugh Jackman, Patrick Stewart, Boyd Holbrook
Date de sortie : 1 mars 2017
Durée : 2h18min
4.0Note finale
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