S’il fallait trouver une preuve que a tout le potentiel pour devenir la nouvelle référence de création de série face à HBO pourrait bien faire figure de favorite. Lancé à l’été 2013, saison après saison, la série continue de convaincre (ce qui est plus flagrant face à l’essouflement d’House Of Cards), et les personnages principaux toujours plus nombreux n’ont de cesse de nous amuser. La série est inspirée de l’expérience d’incarcération de Piper Kerman, admirablement interprétée par Taylor Schilling. Tout commence avec une brève introduction sur la situation de Piper Chapman et sur les événements qui vont la mener directement à Litchfield, une prison pour femme qui deviendra dès lors le principal décor de la série lors des trois saisons. L’excellent générique (« You’ve got time » ) où défilent regards et sourires des différentes détenues, entremêlés de lieux emblématiques du pénitentiaire, résume à lui seule l’ambiance et l’ambition de la série: être une série de personnages, dépassant les préjugés et les apparences. Et c’est une véritable réussite ! Chaque protagoniste de la prison possède son importance, et Piper que l’ont suit presque exclusivement au départ finit par perdre ce statut de pivot principal. Les scénaristes réussissent incroyablement bien à raconter l’histoire de ces filles parfois dangereuses, souvent attachantes que l’on découvre toutes une à une par le biais d’épisodes dédiés nous plongeant au cœur de leurs histoires personnelles grâce à des flashback parfaitement dosés.

Durant la première saison, Taylor Chilling interprète parfaitement une Piper naïve et loin de sa zone de confort et on ne peut que s’attacher à son personnage. Issue d’un milieu aisé, canon, naïve et intelligente, Piper est loin d’avoir le profil type des femmes finissant derrières les barreaux. Mais une histoire d’amour vécu avec une dealeuse 10 ans auparavant la rattrape et cette dernière est condamnée suite à la trahison de son ex-amantes: Alex Vause (la charmante Laura Prepon). Les deux jeunes femmes se retrouvent donc côte à côte en détention et leur relation fusionnelle jonglant entre amour et haine sera l’un des fils rouges principaux de la série. Jenji Kohan parvient admirablement à mêler des intrigues dramatiques passionnantes avec des scènes (ou même des épisodes, comme celui de la poule) de comédie hilarante. Plus la série avance, plus on hésite à classer ORANGE IS THE NEW BLACK dans l’une de ces deux catégories, sans jamais parvenir à un choix définitif.

Lors des 13 premiers épisodes, on découvre donc une partie des membres de la prison chacune leur tour. Dans ces groupements de personnages, certaines filles se démarquent tout de même que ce soit grâce à la prestation des actrices ou simplement du à leur proximité avec Piper. On peut notamment citer les déjantés « Crazy Eyes » (Uzo Aduba) et « Pennsatucky » (), la terrifiante et dur à cuire « Red » (Kate Mulgrew). Le personnel de la maison d’arrêt propose également de très bon rôle comme le troublant Healy (Michael Harney), le maniaque « Pornstache » (Pablo Schreiber) ou le séduisant John Bennett (Matth McGorry).

« Une dramédie hilarante, où tous les personnages ont leur importance, avec un scénario et une réalisation impeccable. »

Après un season final des plus haletant nous laissant avec une Piper effondrée et métamorphosée [spoiler mode= »inline »] après son acharnement violent sur Pennsatucky[/spoiler], on retrouve cette dernière après quelques semaines passées à l’isolement. Lors de cette deuxième saison à Litchfield, la jeune femme quitte son rôle de parfaite naïve pour devenir, si ce n’est sarcastique, méchante. L’arrivée de Lauraine Toussain, terrifiante et brillante en parfaite sociopathe que tout le monde aime haïr, permet un renouveau dans les « intrigues » et instaure un rythme plus rapide et encore plus accrocheur ! Si on ajoute à cela un dernier acte ingénieux et haletant, les 13 épisodes se regardent très rapidement et toujours avec le même enthousiasme. Mais cette seconde saison a également été l’occasion pour les scénariste de nous introduire toujours plus de l’ancienne vie des détenues, chacune nous réservant encore et toujours son lot de surprises.

En Juin 2015, ORANGE IS THE NEW BLACK revient à nouveau sur nos écrans avec une troisième saison très attendue, notamment grâce aux nombreux teasers de Netflix. C’est donc avec joie que l’on retrouve Piper Chapman et ses co-détenues au sein d’une prison ruinée et des gardiens au bord de la crise de nerf suite au événements de la saison 2. Rapidement, on remarque que le rythme (très) rapide de la seconde saison laisse place à une atmosphère plus posée qui permet le retour des critiques de la société comme lors de la première saison. La génie des scénaristes est de savoir afficher clairement leurs critiques en alternant entre scènes dramatiques et lourdes de sens et scènes de comédies hilarantes (qui nous avaient manqué à la saison 2).

Et même si cette dernière saison a reçu beaucoup moins d’éloges (certains parlant même d’essoufflement similaire à celui d’House Of Cards) elle a le mérite de revenir à des sujets de fond (racisme, religion, spiritualité,…) qui sont à mon avis très intéressants, voire plus intéressants que les rivalités entre détenues ou la drogue en milieu carcéral. Cette saison relaye cette fois Piper au même rang que les autres détenus, même si cette dernière a radicalement changé et se comporte en vrai dure à cuire, de manière très similaire à la transformation de Walter White dans Breaking Bad. Le retour d’Alex Vause et l’arrivé d’une nouvelle détenue (la ravissante et excellente Ruby Rose) va permettre de renouveler les aventures amoureuses de Piper. Pour le reste, la légèreté est toujours présente, et certaines détenues (surtout Boue et Pennsatucky) deviennent vraiment attachantes grâce à la nouvelle vision jour que nous offrent les scénaristes à leur propos.

Le seul hic, c’est qu’à mon avis ORANGE IS THE NEW BLACK montre pour la première fois les limites de la construction des séries Netflix, où une trame de fond est développée plus lentement en installant mieux les protagonistes et l’intrigue grâce à la diffusion simultanée de tous les épisodes. En effet, ce modèle est très agréable lors des premières saisons pour installer un univers complet et riche, mais s’essouffle et a plus de mal à convaincre lorsque le spectateur est déjà imprégné de cet univers rendant les premiers épisodes (et l’installation de la nouvelle intrigue) trop long et surtout beaucoup trop lent. Il faut donc espérer que Netflix, ayant reçu des critiques similaires pour ses autres séries qui arrivent à maturité, réagisse et adapte son système de sortie tout au long de la vie de ces séries phares.

Loïc Vds

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