Peu souvent central mais jamais absent des scénarios, le personnage du geek-hacker-révolutionnaire intrigue et fascine, que ce soit sur grand ou petit écran. Présenté comme intello-asocial, névrosé et magicien de l’informatique, les représentations fidèles à l’univers de la cyber-sécurité sont pour ainsi dire inexistantes malgré des tentatives assez maladroites.

Début 2015, le film Hacker de Michael Mann mettait en scène Chris Hemsworth dans un film d’action réussi mais passant complètement au travers de l’univers qu’il souhaitait représenter, tout en ayant pour lui l’abandon de la plupart des clichés physique liés aux geeks (les lunettes, l’absence total de goûts vestimentaires, etc.) Sam Esmail s’efforce avec MR ROBOT de contourner ces clichés du mieux qu’il peut, introduisant un réalisme fascinant et une mise en scène Fincher-ienne majestueuse. Et dès le pilote de cette première saison, Eliot Alderson (Rami Malek) atteint le spectateur en plein cœur par sa voix captivante, et même si le scénario et l’univers de la série n’ont rien de révolutionnaire, cela reste probablement un des meilleurs lancements (si ce n’est LE meilleur) de 2015. Eliot est donc un jeune ingénieur en sécurité informatique le jour et hacker justicier la nuit. Très vite, on comprend qu’il souffre de schizophrénie, et que sa perception de la réalité est bien souvent trompé par l’irruption de ses « amis imaginaires » au désir révolutionnaire. Eliot ne nous en met pas plein la vue, vêtu d’un sweat shirt noir, capuche sur la tête, yeux globuleux, il est au contraire une de ces personnes qui tente tant bien que mal de fondre dans la masse et qui ne se sent pas à sa place dans la société qui l’entoure. La narration est immersive pour le spectateur qui se retrouve projeté dans les pensées d’Eliot avec sa volonté de sauver le monde.

© USA Network

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La première minute du pilote est un véritable bijou d’introduction: une voix nous interpelle, nous désigne instantanément comme un ami imaginaire. Et les instants qui suivent nous attirent brutalement dans l’univers d’Eliot, avec ses termes techniques, ses angoisses sociales, et sa volonté de justice. Tor, Fibre à vitesse Gigabits, interception du traffic d’un réseau, serveurs anonymes, le spectateurs reçoit ces termes informatiques au visage sans avoir le temps de les comprendre, comme une sorte d’avertissement : la série parle de Hacking, avec les termes du hacking. On oublie donc les claviers magiques permettant de pénétrer dans les serveurs du FBI en combinant 2-3 touches. Fini les hackers tapant les lignes de code que l’on ne voit jamais à la vitesse de la lumière. La série instaure un réalisme qui restera au fil des épisodes et dont la cohérence tant dans la mise en scène des techniques de hack que dans les termes et actions présentées clairement et distinctement à l’écran parle aux initiés sans perdre les néophytes. Tout cela mis ensemble formeront tout au long de cette première saison le véritable point fort du show.

« Une mise en scène Fincher-ienne majestueuse, des acteurs très justes et une représentation fidèle du Hacking font de MR ROBOT le meilleur lancement de 2015 »

La mise en scène et le scénario complexe de Sam Esmail sont fantastiques tant la construction narrative ne tourne pas autour de cliffhanger gardant le spectateur en alerte mais repose sur les nombreux changements de cap dans la perception de la réalité. Ainsi, l’épisode 9 est indéniablement le meilleur de cette première saison, tant dans sa construction que dans ce revirement de situation brutale qui oblige le spectateur à une nouvelle fois reconsidérer toutes les informations qu’on lui a fourni lors des huits première heures de diffusions lors de la découverte [spoiler mode= »inline »]de ses liens de parenté avec Darlene.[/spoiler]

L’autre force de MR ROBOT, c’est les cohérences de toutes les ramifications secondaires réunissant les personnages entre eux, toujours loin du regard d’Eliot. Ce-dernier, clairement en marge de tout ce qui l’entoure, semble naviguer de réalité en réalité, perdant par la même occasion le spectateur prisonnier dans son rôle d’ami imaginaire. Un bon exemple est l’utilisation de « Evil Corp » pour désigner la société E-corp, même lorsqu’Eliot n’est pas présent. La référence à Fight Club de Fincher est clairement assumée dans la manière de créer l’univers, dans la mise en scène, ainsi qu’une photographie très proche également. On pourrait aussi y ajouter un peu de Matrix ou de V for Vendetta, dont certains personnages sont très proche (Mr Robot est très proche d’un V ou d’un Morpheus). Le message délivré avec pessimisme par la série sur la vision d’un société dirigé par les 1%, est que toute révolution, aussi destructive soit elle, est vaine. Le personnage de White Rose, leader de la Dark Army, que l’on pourrait penser comme très secondaire (il n’apparaît que lors de 2 scènes à l’épisode 8 et post-générique de l’épisode 10) se retrouve finalement comme étant le principal acteur de ce message.

Mr-Robot-Alone

Enfin, les prestations des acteurs sont très justes, Rami Malek mériterais amplement un Golden Globe, et on retient également les géniales Carly Chaikin, Portia Doubleday dont les personnages ne demandent qu’à gagner en profondeur et en dimensions. Mais surtout, c’est Martin Wallström qui incarne Tyrell, un informaticien avide de pouvoir et très obscur qui retient notre attention au coté de Rami Malek. Sa prestation est parfaite dans la peau d’un personnage très intelligemment écrit dont on ne saisit ni ses actions ni ses motivations. Christian Slater quant à lui, n’a pas forcément l’occasion de briller et livre une prestation en demi teinte (Le potentiel du personnage n’est pour moi révélé que lors du final).

En conclusion, la narration complexe et la construction basée sur la perception de la réalité par le personnage principal mais également sur celle du spectateur font de MR ROBOT une série incontournable de cette première partie d’année. La dernière images d’Eliot, ouvrant la porte à un inconnu que le générique nous empêche de découvrir rouvre en grand les possibilités pour une saison 2 déjà sur les rails, que l’on attend avec grande impatience

INFORMATIONS

Saisons : 1
Showrunners: Sam Esmail
Nombre d’épisode: 10
Format : 45 minutes
Avec :  Rami Malek, Carly Chaikin, Portia Doubleday
Distributeur: USA Network
Première diffusion : 24 Juin 2015
Synopsis : Elliot est un jeune programmeur anti-social qui souffre d’un trouble du comportement qui le pousse à croire qu’il ne peut rencontrer des gens qu’en les hackant. 

BANDE-ANNONCE

[CRITIQUE SÉRIE] MR ROBOT – SAISON 1

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