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rte ne prend aucun risque en diffusant la première saison de PEAKY BLINDERS et pour cause : la série est, techniquement et dramatiquement, sincère. BBC a vu juste en produisant ce Boardwalk Empire à l’anglaise, pondue par le scénariste des Promesses de l’Ombre et portée par les yeux glaçants d’un tout ce qu’il y a de plus Gipsy.
PEAKY BLINDERS nous propose de suivre l’ascension fulgurante et douloureuse d’une famille de bookmakers clandestins – les Shelby – dans l’ambiance laborieuse de la cité ouvrière de Birmingham au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Le cadre historique, sans être trop indigeste, sert d’armature solide à la caractérisation des personnages, à commencer par les trois frères Shelby, héros de la Grande Guerre, qui utilisent à merveille et a posteriori les liens sacrés entre soldats pour bâtir les fondations de leur empire. Nous sommes en 1919, aussi n’oublie ni la présence ni la fougue du communisme naissant parmi les classes populaires et encore moins la sanglante bataille qui oppose la Couronne aux irlandais. C’est d’ailleurs au dompteur inflexible de la rébellion en Eire qu’est confiée la tâche de combattre les Shelby. Coaché par Liam Neeson en matière d’accent irlandais – true story –, endosse ici un Chester Campbell implacable au service d’un Winston Churchill ambigu. La pétillante et la maternelle achèvent de servir ce single malt de la télévision britannique qu’est PEAKY BLINDERS.

Peaky Blinders

– Cillian Murphy – © Tiger Aspect Productions

 

Arthur, Thomas et John, qui dissimulent, pour se défendre, des lames de rasoir dans leur casquettes, forment un triumvirat émotif hétérogène fortement marqué par les combats en France. Si Arthur – brillant Paul Anderson – subit toute la violence du Syndrome Post-Traumatique, Thomas sidère par son flegme dépourvu de peur, faisant de lui l’artisan du succès des PEAKY BLINDERS, quant à John, il incarne le frère docile, personnifié justement par la belle gueule hooliganesque de Joe Cole.
Avec un format de série courte – 6 épisodes par saison – PEAKY BLINDERS a l’étoffe d’un long métrage. L’intelligence du sujet est d’avoir puisé dans une histoire vraie – les PEAKY BLINDERS ont réellement existé – mais mal documentée. Elle laisse le scénariste intégralement libre de placer ses pantins où bon lui semble et dans un contexte fort. La saison 2 s’autorise d’ailleurs la présence parcimonieuse mais remarquée d’un Tom Hardy chef de la diaspora juive londonienne et offre au boucher de Jaime Lannister Noah Taylor l’occasion de faire à nouveau le bad guy.

”Les « visières aveuglantes » sont ainsi un Scarface d’entre-deux guerres efficace et moins vulgaire”

La réflexion de Knight sur la gestion de l’ennemi intérieur, parfois distillée par d’opaques flashback, caractérise en outre tous ses protagonistes. Ceux-ci tirent jusqu’au bout les fils de leurs destins et s’entrechoquent brutalement sur la musique ésotérique de Nick Cave et Warren Ellis, à qui l’on doit déjà les envoûtantes mélodies de l’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford.
Les « visières aveuglantes » sont ainsi un Scarface d’entre-deux guerres efficace et moins vulgaire dont l’intérêt est sans cesse attisé par l’alternance de cadres babyloniens sur les gigantesques fonderies, ziggourats de la puissance économique anglaise, de plans serrés sur des personnages à vif, de scènes de fusillades, bagarres et règlements de compte intelligemment désamorcées par l’apaisante et verdoyante présence hippique.

INFORMATIONS

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Titre original :
Réalisation :
Scénario : Steven Knight
Acteurs principaux : Cillian Murphy, Sam Neill, Helen McCrory, Paul Anderson, Joe Cole, Annabelle Wallis
Pays d’origine : Grande-Bretagne
Sortie : 2013
Durée : 52min
Distributeur : Espérons qu’un distributeur ait un jour l’audace de sortir ce petit chef d’oeuvre du film de genre.
Synopsis : En 1919, à Birmingham, soldats, révolutionnaires politiques et criminels combattent pour se faire une place dans le paysage industriel de l’après-Guerre. Le Parlement s’attend à une violente révolte, et Winston Churchill mobilise des forces spéciales pour contenir les menaces. La famille Shelby compte parmi les membres les plus redoutables. Surnommés les « Peaky Blinders » par rapport à leur utilisation de lames de rasoir cachées dans leurs casquettes, ils tirent principalement leur argent de paris et de vol. Tommy Shelby, le plus dangereux de tous, va devoir faire face à l’arrivée de Campbell, un impitoyable chef de la police qui a pour mission de nettoyer la ville. Ne doit-il pas se méfier tout autant la ravissante Grace Burgess ? Fraîchement installée dans le voisinage, celle-ci semble cacher un mystérieux passé et un dangereux secret.

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