Renaissance est un parti d’extrême droite. Son leader historique, Philippe Legrand, va laisser les rênes à sa petite fille Clémence (Adèle Simphal). FACE AU DIABLE débute alors par la phrase de rigueur : « toute ressemblance avec des personnes existantes ne saurait être que fortuite ». Mais devant cet ancien soldat de la guerre d’Algérie, aux opinions tranchées sur les étrangers, les homosexuels et bien d’autres, et cette jeune femme blonde supposée amener un vent de jeunesse au sein du parti, il ne faut pas longtemps pour voir en Philippe un certain Jean-Marie, et en Clémence une certaine Marion Maréchal… Le contexte est donc osé pour cette web-série produite par Studio 4 (Hero Corp, Le Visiteur du futur…) et Morgane Production, à découvrir ici. D’autant plus qu’elle consiste à suivre Hugo, un militant de gauche qui, après avoir passé une nuit torride avec Clémence, se rend compte de qui elle est et de ce qu’elle représente. Malgré leurs idéologies qui les opposent, Hugo rentre au fur et à mesure dans la vie des Legrand. D’abord porté par une affection pour Clémence, puis étrangement fasciné par l’aura de son grand-père.

photo de la série FACE AU DIABLE

La première qualité de FACE AU DIABLE réside dans son écriture. Avec dix épisodes de sept à huit minutes, le format n’est pas évident. D’autant plus pour une série dramatique. Même si elle peut être regardée d’une traite comme un long-métrage, Gilles Daniel, le créateur, a su respecter parfaitement les codes d’écriture sériel. Ce qui avait justement échappé à Bruno Dumont avec P’tit Quinquin qui se contentait de couper de manière presque aléatoire un film beaucoup trop long, pour lui en donner la dénomination de série. Ici, il y a dans le développe de chaque épisode l’introduction, le développement et la conclusion sous forme de climax, permettant d’ouvrir sur l’épisode suivant. Le tout en gardant un fil conducteur très précis puisque chaque épisode reprend dans la continuité du précédent. On pourrait ainsi rapprocher ce type de traitement à la première saison d’House of Card (comparaison évidemment très flatteuse). Comme elle, on ressent d’ailleurs une certaine baisse de régime en milieu de saison. Mais dans la logique du rythme que peut imposer un film. On regrettera tout de même que l’intrigue générale tienne finalement à peu de choses et que la série manque de véritables rebondissements – la trahison d’un membre du parti ou la présence d’une policière infiltrée resteront finalement sans grande conséquence, du moins pour le moment.

“Même si FACE AU DIABLE peut être regardée d’une traite comme un long-métrage, Gilles Daniel, le créateur, a su respecter parfaitement les codes d’écriture sériel”

Cette première saison de FACE AU DIABLE pose donc surtout les bases de la série. Elle se montre forcément dérangeant dans son regard sur cet univers infâme. Sans chercher à rendre les Legrand et leur entourage sympathiques, la série ne va pas pour autant dans l’attaque de l’extrême droite. Elle ne les juge pas directement, nous laissant seul juge. Il y a donc davantage d’ambivalence qui entoure ce groupe, même par rapport à leurs discours sans retenus. Il y a d’ailleurs presque quelque chose de drôle à voir le directeur de la communication, un kebab dans les mains, songer en toute légèreté à envoyer un mail « marrant sur le naufrage des migrants » pour maintenir le lien avec les adhérents du parti. On croirait rêver. Malheureusement la réalité n’est peut-être pas si éloignée.

On notera d’ailleurs toute l’ironie d’avoir offert à Henri Guybet, le fameux « Salomon » de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973), le rôle de Philippe Legrand. L’acteur parvient néanmoins à l’incarner avec brio sans en faire une caricature. Une justesse d’acteur évocable pour l’ensemble de la distribution ; Olivier Chantreau (Baden Baden) par qui l’empathie passe en premier lieu, ainsi que la jeune Adèle Simphal, entre froideur et désinvolture. Enfin Amélie Daure et Guillaume Clérice, plus en retrait, forment dans leur contraste un duo à la limite du comique. Glaçante par son réalisme certains – visuellement on y retrouve quelque chose des productions scandinaves -, FACE AU DIABLE dispose d’un réel potentiel, qu’on espère voir se confirmer dans une éventuelle saison 2.

Pierre Siclier
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[CRITIQUE] FACE AU DIABLE – SAISON 1

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