Voilà un moment qu’on observe du coin de l’œil les créations originales d’OCS. D’autant plus intéressantes à analyser que la chaîne d’où elles sont issues, diffuse en même temps des productions étrangères. Pour rappel, OCS dispose des droits de diffusion, entre autres, des séries HBO. Cela a forcément une influence, comme nous l’expliquait Marine Jouven, responsable des fictions françaises de la chaîne : « Lorsqu’on diffuse une série comme Girls, on évite de se lancer dans la création d’une série sur quatre nanas trentenaires à Paris. Parce qu’on cherche avant tout à miser sur l’originalité pour nos programmes et ne pas reproduire ce qu’on a déjà ». Et cela se confirme avec LES GRANDS, nouvelle série OCS Signature.

A ce jour, le groupe OCS avait surtout opté dans ses séries pour un genre comique en format court. Il y a eu la sympathique Q.I (2012) qui abordait avec originalité l’univers du porno. Et puis du comique burlesque poussé à l’extrême avec les délirantes France Kbek, Lazy Company et Templeton (dont on espère une deuxième saison !). Bien sûr le comique est toujours de mise chez OCS, mais cette année la part dramatique a commencé à pointer un peu plus le bout de son nez. On vous parlait il y a quelques mois d’Irresponsable, sur les déboires d’un trentenaire loser qui découvre la paternité, LES GRANDS est un peu sa petite sœur.

image de la série LES GRANDS

© EMPREINTE DIGITALE

Les grands, ce sont les élèves de troisième qui s’apprêtent à passer leur dernière année de collège. Comme Irresponsable, la série est un mélange de situations comiques d’un côté, et d’événements et de personnages dramatiques de l’autre. Hors de nos frontières, l’autre référence (et influence) serait certainement la série américaine Freaks and Geeks (2000). Au fil des épisodes, tous concentrés dans l’enceinte d’un collège, ces jeunes connaîtront les prémisses du monde adulte. La complexité des relations, la peur du regard des autres, la difficulté à se construire et à s’assumer, et la violence qu’on croit insignifiante. Autant de thématiques qui viennent nourrir la série sans pour autant l’alourdir. On y parle d’homosexualité, de sexe ou de drogues, sans pour autant chercher à cocher les cases d’un cahier des charges. Car LES GRANDS, c’est avant tout le quotidien d’un groupe d’amis ; Boogie, Hugo, Ilyes et Avril, auquel vient se greffer la nouvelle MJ. Bien sûr on retrouve là des personnages un peu stéréotypés – MJ est la rebelle qui porte des t-shirts des Ramones et fume des clopes sur le toit du collège. Et on pourrait regretter quelques égarements dans la réalisation de qui apparaît parfois un peu grossière. Comme lorsque, sans grande surprise, MJ, après s’être attachée à Hugo, surprendra ce dernier avec Julianna. Néanmoins, le réalisateur a su maintenir la série dans une forme réaliste tout en faisant sortir ses personnages de l’ordinaire. On pense avant tout à la relation très familière des élèves et des professeurs qui vaudra les moments les plus drôles de la série, ou la mystérieuse histoire autour de MJ. Des éléments qui se placent à la limite du crédible mais qu’on finit par accepter, n’oubliant pas qu’il s’agit là d’une fiction.

« LES GRANDS se savoure aisément, et les aventures aussi hilarantes que touchantes de ces adolescents donneraient presque envie de revivre cette période. »

En cela LES GRANDS rappelle quelques productions anglaises (Skins ou même Glue à un certain niveau). La série joue souvent sur les deux tableaux en mettant en scène ces jeunes personnages dans des situations presque trop matures pour eux. Et c’est peut-être là que la série se démarque de productions françaises trop souvent accrochées à la réalité, de peur de perdre en crédibilité. Au contraire, LES GRANDS se savoure aisément, et les aventures aussi hilarantes que touchantes de ces adolescents donneraient presque envie de revivre cette période. Ceci provenant avant tout de la qualité d’écriture des créateurs de la série, et (accompagnés au scénario par Victor Rodenbach). D’un point de vue des dialogues, drôlissimes et qui apparaissent comme une évidence – les scénaristes n’ont pas fait l’erreur de vouloir « paraître jeune » avec des expressions particulières -, autant que dans l’évolution des personnages. On retiendra avant tout Boogie qui, sous ses airs de rigolo de la classe, un peu lunaire et toujours prêt à se faire remarquer (comme montrer son slip pour la photo de classe), se révèle très attachant et profond. Notamment dans sa relation avec son petit frère qui, même s’il l’envoie souvent bouler, tente de lui inculquer la vie de manière plutôt originale.

image de la série LES GRANDS

© EMPREINTE DIGITALE

Mais tout cet ensemble n’aurait pas été aussi appréciable sans la qualité des comédiens, et l’excellente direction de Vianney Lebasque. Tous, sans exception (même les rôles les plus secondaires), portent avec aisance leur personnage. (Hugo), (Boogie), (Ilyes), (Avril) et (MJ) pour les jeunes, Laurent Bateau (le directeur) et Thomas Scimeca (Monsieur Gennot) pour les adultes. Enfin, bien qu’on puisse imaginer assez vite la série se poursuivre sur plusieurs saisons – telle une version française de Skins ou d’Hartley cœur à vif (pour les plus vieux), qui suivrait le parcours d’adolescents durant leurs dernières années lycée, avant de renouveler le casting -, à cela les créateurs ont coupé court : « On n’a pas une vision de long terme avec un objectif de saisons à atteindre. Pour l’instant on a une saison 2 déjà écrite, et on verra au fur et à mesure si on a suffisamment de matière ». Une forme de liberté accordée aux scénaristes, par une production qui, à l’image des anglo-saxons, ne cherche pas à surexploiter ses créations. Comme avec Lazy Company (également produite par Empreinte Digitale) où après trois saisons, créateurs et producteurs ont décidé ensemble de s’arrêter avant la saison de trop, ayant le sentiment d’être allé au bout. Et ce n’est pas faute d’accorder une pleine confiance aux créateurs, puisque pour LES GRANDS, avant même les premiers retours (critique ou spectateur), la chaîne a commandé une deuxième saison, dont le tournage débutera d’ici peu. Une très bonne nouvelle tant LES GRANDS et ses dix épisodes se dévorent sans peine.

Pierre Siclier

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