Voilà bientôt 10 ans que l’on suit avec THE BIG BANG THEORY les péripéties de notre groupe de geeks préféré. Ou plutôt d’anciens geeks. En effet, si le pitch de départ était de suivre quatre scientifiques célibataires et bien mal dégourdis avec la gente féminine, voyant leur quotidien chamboulé après l’arrivée dans leur vie de la sublime Penny (Kaley Cuoco), voilà plusieurs saisons qu’ils ne sont plus à considérer comme tel. Désormais tous en couple – même Raj, longtemps incapable de communiquer avec les femmes -, certains même mariés, il est loin le temps des soirées entre potes à jouer à Donjon et Dragon ou à regarder le dernier épisode de Doctor Who. Il est loin le temps des potes tout court…

Même si dans l’idée on n’est pas contre une évolution des personnages, notamment pour envisager la fin de la série (Friends en reste un exemple certain), on regrette que le résultat les rende banals, et cela depuis déjà plusieurs saisons. Avec des histoires de couples comme on en voit partout et des problèmes existentiels comme on en connait tous (problème de confiance en l’autre, projection dans le futur, remise en question de ses choix…). C’est ainsi qu’au fil des années, THE BIG BANG THEORY n’est plus devenue qu’une habitude. L’habitude de regarder un épisode court (à peine 20 minutes) avec ses quelques blagues attendues (on rit toujours du caractère asocial de Sheldon ou de la féminité de Raj). Mais durant cette 9e saison en cours de diffusion, THE BIG BANG THEORY a fini par adopter un sérieux virage en écartant son personnage principal pour se recentrer sur Sheldon, le moins pertinent pour ce rôle. Soit une évolution similaire aux dernières saisons d’How I Met Your Mother (2005-2014) qui subit le même déclin il y a quelques années.

Photo de la série THE BIG BANG THEORY - Saison 9

© CBS

Bien que composé de quatre personnages masculins (Leonard, Sheldon, Raj et Howard) il est évident que Leonard était depuis le début le héros de la série. Le premier de la bande à se socialiser avec une « vraie » fille et à connaître joies et peines de cœur, pendant que ses compagnons composaient la touche humoristique ambiante pour divertir le spectateur. Mais à la manière de Ted Mosby (How I Met Your Mother), Leonard s’est effacé, jusqu’à devenir l’un des gags de cette saison. Le sujet de gentilles moqueries, renforcé par sa propre auto dérision, il perd au fur et à mesure toute sa profondeur et ses enjeux finissent par se montrer minimes – sa relation avec Penny étant bien en place on ne fait que tourner en rond. Un temps au centre des épisodes, voire en duo avec Howard (dont l’évolution sera beaucoup portée sur le drame), Leonard fait là davantage parti du décor pour laisser la place à Sheldon – Raj, de son côté, reste encore le plus effacé. Soit justement LE personnage qu’on aurait préféré ne pas voir évoluer (du moins pas comme cela). S’il plaît et amuse, c’est justement parce qu’il n’est pas « normal » (sorte d’équivalent de Barney Stinson dans HIMYM, ou de Pheobe dans Friends). Cette ligne de conduite, Kramer, le déluré de Seinfeld (la série qui influença les sitcoms d’aujourd’hui de type FriendsHow I Met Your Mother et donc THE BIG BANG THEORY) l’avait d’ailleurs suivi jusqu’au bout. Sheldon est donc de plus en plus « humain », découvre les sentiments, se prend de jalousie, d’amour, de conscience de l’autre… Bref, l’être extraordinaire, car anticonformiste, devient, au fur et à mesure de cette dernière saison, aussi banal que son entourage.

“On ne passe pas un mauvais moment avec cette saison 9, mais elle n’en ressort pas moins quelconque.”

Au cours de cette neuvième saison, THE BIG BANG THEORY ne cesse alors de tourner en rond et de tomber dans des moments mielleux au lieu de nous divertir (son but premier, on l’avait presque oublié). Les fameux rires enregistrés se font d’ailleurs moins entendre et laissent place à des « ooooh ! » pleins de compassion et de tendresse à l’annonce de la grossesse de l’une, du mariage d’un autre, ou des nouveaux rapports entre certains (Sheldon et Amy évidemment). On ne passe pas un mauvais moment avec cette saison 9, mais elle n’en ressort pas moins quelconque. Désormais, la série se résume à observer la vie de vieux couples. On ne prête d’ailleurs plus vraiment attention aux blagues (désormais vite oubliées). On se souvient avoir ri, ou du moins souri, une ou deux fois par épisode. THE BIG BANG THEORY  est donc devenue un modeste passe-temps que les situations dramatiques, bien que parfois louables, ne peuvent pas sauver.

Pierre Siclier

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Shelly Cooper
Invité
Shelly Cooper

Il est vrai que le thème à quelque peu changé mais je ne suis pas d’accord sur le fait que cette série devienne commune. Au départ nous nous retrouvions avec 4 adulescents, représentation d’une nouvelle génération et puis au cours de la série on a vu les 4 personnages grandir et se lier.
Je pense que c’était tout aussi nécessaire car 9 saisons avec des personnages sans évolution aurait été sans aucun intérêt.
Malgré ces évolutions je pense que la série ne pert pas de vue ces origines toujours des références de Geek (les personnages sont toujours des geek) et l’univers scientifique. Alors oui The big bang Theory a évolué mais ce n’est pas forcément pour le pire et je pense que la série a encore dû potentielle et des histoires inattendue.

Sweet Judas
Invité

Je reste sceptique quand aux possibilités d’évolution et de potentiel comique (mais genre vraiment comique, pas simplement une p’tite blague par-ci, par-là qui a déjà été faite ou dite mille fois avant dans les saisons précédentes) de la série. Certes, quand on en arrive à la neuvième saison, les personnages ont été forcés d’évoluer, sinon c’est qu’il y a une faille spatio-temporelle que tout le monde a raté… Mais je suis quand pas même pas convaincue.

D’autant plus quand on mise tout sur un seul cheval (trio Leonard-Sheldon-Penny qui devient de plus en plus Sheldon contre tous), en laissant sur la touche des personnages arrivés plus tardivement (Bernadette et Amy, c’est de vous que je parle). Bref, c’est un peu comme New Girl. Dès lorsque Nick et Jess deviennent officiellement le couple phare de la série, on limite les trois autres à des scènes caricaturant leurs personnalités (Winston, grand sacrifié dans le process, R.I.P.).

Et du coup, on achève, lentement mais sûrement, tout ce qui nous faisait réellement rire lors des débuts de la série : la légèreté.

[CRITIQUE] THE BIG BANG THEORY – saison 9

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