En assistant aux projections de la très cohérente programmation du festival Lumière 2015, nous avons commencé à nous interroger sur les relations entre l’oeuvre d’Akira Kurosawa et celle d’un autre très grand auteur, Martin Scorsese.

Nous pensions ces relations situées dans le détail, dans des éléments de mise en scène, dans des structures narratives ou des sujets communs… Pourtant, plutôt que de parler d’influences, peut-être faut-il plutôt voir des similarités de fond entre leurs deux filmographies. Car chez les deux cinéastes, chaque oeuvre se nourrit des précédentes tout en proposant en parallèle une (r)évolution assez radicale.
Ainsi, en découvrant leurs œuvres chronologiquement, nous avons véritablement réalisé pourquoi ces deux réalisateurs sont si importants pour le 7è art, et pourquoi il est primordial de ne pas considérer leurs œuvres distinctement mais plutôt comme parties géniales d’un tout complexe et riche.

est en tous cas l’un de ces génies indéniables du septième art, par sa capacité à épurer la matière scénaristique et contextuelle de son histoire afin d’en tirer une fantastique complexité. Ses films sont ainsi souvent centrés autour d’une relation très basique entre deux personnages, qui sera considérablement étoffée par le contexte, les personnages satellites, une narration par l’Image, et parfois un scénario absoluement dément et imprévisible. Chacun de ses films, à partir de l’Ange Ivre, est un masterpiece qu’il est nécessaire de voir pour comprendre notre propre cinéma, tant les films du aître ont nourri l’inconscient collectif !

Les films diffusés lors du Festival Lumière :
Le Plus dignement (1944) ★★★☆☆
Qui marche sur la queue du tigre… (1945) ★★★☆☆
Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946) ★★★★☆
Un merveilleux dimanche (1947)  ★★★★☆
L’Ange ivre (1948)  ★★★★★
Chien enragé (1949) ★★★★★
– Vivre (1952) ★★★☆☆
– Vivre dans la peur (1955)
La Forteresse cachée (1958) ★★★★☆
Les Salauds dorment en paix (1960) ★★★★☆
Yojimbo – Le Garde du corps (1961)  ★★★★★
Sanjuro (1962) ★★★★☆
– Entre le ciel et l’enfer (1963) ★★★★★

 

(1944)

Le film de propagande contaminé par l’humanisme de Kurosawa

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Titre original : Ichiban utsukushiku
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa
Acteurs principaux : Yoko Yaguchi, Takashi Shimura ,Takako Irie, Ichirô Sugai
Pays d’origine : Japon
Année de production : 1944
Durée : 1h27min
Distributeur : –
Synopsis : Pendant la guerre, de jeunes ouvrières nippones se sacrifient pour accélérer la production de canons… Parmi les premiers longs métrages d’Akira Kurosawa, un film de commande – et de propagande – au souffle patriotique.

Peu familier du cinéma de Kurosawa, difficile pour moi de relier LE PLUS DIGNEMENT au reste de sa filmo. Je ne peux chroniquer le film qu’avec ce que j’en vois, et ce que j’en sais…
Produit en 1944, ce second long-métrage de l’auteur milite par conséquent pour l’effort de guerre, l’augmentation de la production, le communautarisme et le sentiment patriotique. Le message est clair, aucun doute là dessus.

Pourtant, à l’image de Barberousse ( un des seuls autres Kurosawa que j’ai vu ), il y a une vraie bienveillance au-delà du motif nationaliste. On observe ainsi dans les deux œuvres, une certaine philanthropie requérant de grands efforts personnels, pour le bien commun. Dans LE PLUS DIGNEMENT, Kurosawa compose quelques portraits de femmes, constamment magnifiés par une certaine dualité. L’honneur et le patriotisme s’y confrontent aux capacités physiques et aux devoirs familiaux… Il y a ainsi une vraie tragédie qui filtre à travers le film, ramenant la nation japonaise à l’individu et à ses choix personnels et motivations humanistes.
On ressent vraiment la présence d’un auteur et de ses propres valeurs, au-delà de la commande et des impératifs de production.

Puis formellement, LE PLUS DIGNEMENT est un bijou. La technique est ici au service du pouvoir évocateur, donnant encore plus de force au film. Chaque scène, majoritairement filmée en plans fixes, fascine par sa composition : en sus du travail sur la photographie et les ambiances (ces brumes !), le sens du cadrage resserre l’action et les décors autour de ce groupe de femmes, rendant compte de l’enfermement et de cette entraide/rapprochement/communautarisme qui définit ce petit groupe de femmes. Ces plans de groupe permettront ensuite d’isoler quelques femmes, rappelant par l’absence à quel point l’autre est nécessaire pour se construire. Il y a quelque chose d’immédiat qui ne passe que par la suggestion, et à quoi j’ai été très sensible.

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QUI MARCHE SUR LA QUEUE DU TIGRE… (1945)

Exercice de style sans conséquences, quoique.

Qui marche sur la queue du Tigre.. (3)

Titre original : Tora no o wo fumu otokotachi
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, d’après la pièce Kanjinchō
Acteurs principaux : Takashi Shimura, Kenichi Enomoto, Masayuki Mori
Pays d’origine : Japon
Sortie: 1945
Durée : 59min
Distributeur : –
Synopsis : Un seigneur en fuite, ses gardes du corps et disciples, tout déguisé en moine, doivent traverser une forêt, dans laquelle ils doivent éviter d’être capturer et amadouer les gardes-frontières.

QUI MARCHE SUR LA QUEUE DU TIGRE… quatrième film d’Akira Kurosawa, porte en lui l’autre versant du réalisateur: celui tourné vers le divertissement et l’allégorie.

Les personnages qui le composent sont par conséquent embryonnaires de ceux des films suivants. Du comic-relief faisant lien entre personnels et global, au maître à protéger coûte que coûte, en passant par les guerriers aguerris qui n’utiliseront jamais la force pour atteindre leurs objectifs; tout cela rappelle entre autres, La Forteresse Cachée. Le contexte de production particulier (peu de moyens, 3e film d’un jeune réalisateur, contexte de guerre) s’accorde ainsi parfaitement avec le corps du film: une histoire de ruse et d’intelligence structuré par le dialogue et les interprétations (acteurs & personnages).

Malgré l’indéniable talent de Kurosawa pour filmer les décors naturels, QUI MARCHE SUR LA QUEUE DU TIGRE… se suit sans déplaisir ni passion. En cause, le manque d’épaisseur et d’enjeux du scénario, traduit à l’écran par un récit convergeant vers un semi climax très attendu. Il y a cependant dans ce climax, une scène très controversée: celle où l’on voit SPOIL [spoiler mode= »inline »]le seigneur Yoshitsune se faire rosser par son garde du corps, et ainsi tromper la vigilance des gardes-frontières, ceux-ci pensant qu’il n’est qu’un vulgaire porteur.[/spoiler]

Cette scène, partie intégrante de la pièce de théâtre d’origine Kanjinchō (1840), n’était absolument pas source de litiges dans la culture japonaise. Au contraire, elle exprime le paroxysme de la loyauté, via la transgression d’un code d’honneur et du sacrifice personnel qu’il exige. Un symbole très fort d’un patriotisme purement Japonais ramené à des enjeux intimes qui ne fut pas du gout de l’occupation américaine d’après guerre; le film fut ainsi censuré, jusqu’à 1952.
Une autre facette du cinéma d’Akira Kurosawa est donc déjà perceptible dans QUI MARCHE SUR LA QUEUE DU TIGRE…: l’allégorie d’un certain Japon et de ses valeurs antédiluviennes, entrant en conflit avec un capitalisme « récemment » implanté de force dans le pays.

Qui marche sur la queue du Tigre.. (1)

 

 

(1946)

Le japon d’après guerre résumé dans les évolutions d’un triangle amoureux

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Titre original : Waga seishun ni kuinashi
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Keiji Matsuzaki, Akira Kurosawa, Eijiro Hisaita
Acteurs principaux : Setsuko Hara, Haruo Tanaka, Haruko Sugimura
Pays d’origine : Japon
Année de production : 1946
Durée : 1h50min
Distributeur : –
Synopsis : En 1933, le professeur Yagihara est démis de ses fonctions à l’université de Kyoto par le régime militariste. Sa fille Yukie s’éprend d’un activiste antigouvernemental, Noge, qui sera arrêté puis torturé à mort. En 1945, alors que le professeur réintègre l’université, sa fille décide de vivre à la campagne, auprès des parents de Noge.

L

e premier véritable chef d’œuvre d’Akira Kurosawa est ce JE NE REGRETTE RIEN DE MA JEUNESSE, après Le Plus dignement (film de propagande cachant les obsessions humanistes de l’auteur) et Qui marche sur la queue du tigre… (ersatz du divertissement intelligent made in Kurosawa). On y voit cette thématique récurrente dans l’œuvre du maître, où l’on observe comment les parcours individuels interagissent avec la grande Histoire du Japon.

Le pitch : En 1933, Noge, Yukie et Itokawa sont étudiants à l’université de Kyoto. Engagés contre la liberté d’expression face à l’invasion de la Mandchourie, ils assisteront à la violente réprimande militaire contre ce mouvement. Si Yukie, encore frivole, y est relativement indifférente, Itowaka cherche à faire profil bas. D’autres encore comme Noge furent carrément emprisonnés pour leur activisme, bien que celui-ci soit finalement en faveur d’un certain pacifisme. En parallèle, les deux hommes courtisent la jeune femme, chacun à leur manière.

On observera donc, dans JE NE REGRETTE RIEN DE MA JEUNESSE, comment l’état sentimental des protagonistes se calque plus ou moins sur l’humeur politique du pays. Ainsi, de nombreux climax concluront les étapes de vies des protagonistes. Ces climax prennent la forme de petites conversations cruelles mais remplies de sens, déclarées à tour de rôle par orgueil et/ou amour. Le récit évoluera ainsi d’un classique triangle amoureux entre Noge, Yukie et Itokawa, vers des destins assez tragiques – chacun d’une façon très distincte ; on retiendra surtout celui de la belle Yukie/Setsuko Hara, qui en tant qu’objet des attentions, concentre aussi toutes sortes d’évolutions, tant dans le drame que dans sa personnalité.

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(1947)

Une histoire intime, humaine et sociale inscrite dans un Japon d’après-guerre

Un merveillerux dimanche (1)

Akira Kurosawa : Les années TOHO (1944 – 1985)

Titre original : Subarashiki nichiyobi
• Réalisation : Akira Kurosawa
• Scénario : Akira Kurosawa, Keinosuke Uekusa
• Acteurs principaux : Tokuji Kobayashi, Masao Shimizu, Sachio Sakai
• Pays d’origine : Japon
• Distributeur : Wildside
• Sortie : 
1947
• Ressortie vidéo : 28 octobre 2015

• Durée : 1h57min
• Synopsis : Un jeune couple désargenté, Masako et Yuzo, erre dans un Tokyo en ruines, après la guerre, avec l’espoir de vivre leurs rêves sans avoir les moyens de les concrétiser.

s‘il y a une seule chose vraiment constante dans UN MERVEILLEUX DIMANCHE, c’est ce souci du grand écart entre chaque scène. Kurosawa façonne par tout cela une « histoire d’amour » hybride, à la fois très crédible par cette attention toute particulière aux choses du quotidien, mais également très cinématographique par l’aspect conte poétique qu’elle prend par moments.

Comme souvent chez Kurosawa, le récit, l’image (mouvements des corps devant la caméra, mouvements de caméra, composition du cadre), son (musiques et bruitages, fantastiquement adaptés aux situations et à l’humeur des personnages), ou encore acteurs (l’optimiste/Masako/Chieko Nakakita et le pessimiste/Yuzo/Isao Numasaki), fusionnent pour créer cette succession de scènes fascinantes, construites chacune autour du contraste entre deux tonalités distinctes. Il y a ainsi une liberté de ton et une imprévisibilité de la mise en situation qui donne au film un charme indéniable. Jusqu’à même, cette volonté de transformer UN MERVEILLEUX DIMANCHE en feel good movie, par l’inclusion du spectateur dans le processus narratif (une surprise formelle vraiment couillue). La somme de ces qualités en est aussi son défaut : à l’instar des films de la Nouvelle Vague, il est nécessaire d’être sensible à l’absence d’enjeux au sein d’un film, mais également d’accepter l’hétérogénéité très stimulante de la mise en scène.

« Avec UN MERVEILLEUX DIMANCHE, Kurosawa préfigure la liberté de ton typique de la Nouvelle Vague pour nous raconter une histoire intime, humaine et sociale inscrite dans un Japon d’après-guerre. Fascinant. »

Puis il y a ces éléments fondamentaux pour la réussite du film : les contextes sociaux et intimes. Le Tokyo de 1947 dans lequel évoluent les personnages porte encore les subtils stigmates de la guerre. Il y a par exemple cette « inflation » qui rend le peuple globalement pauvre – un environnement où la débrouillardise est synonyme d’opportunisme et d’exploitation de l’autre, illustration d’un capitalisme qui commence à corrompre les valeurs d’honneur et de morale typiquement japonaises (nous en parlons plus en détail dans notre critique du Cimetière de la morale ou dans celle de Yojimbo.  Il y a aussi ces quelques ruines, propices au rêve comme à la déchéance… Puis il y a cette relation ou quelque chose est brisé sans que l’on se dise jamais quoi.
Kurosawa ausculte, par les déambulations de ces deux êtres, de nombreuses choses graves et profondes. On reconnait un peu dans UN MERVEILLEUX DIMANCHE, le Scorsese de Taxi Driver (ou celui du méconnu After Hours)… Dans cette façon de capter l’âme d’une ville et d’une époque à travers l’aléatoire et l’imprévisible, les contrastes, les micros enjeux, les moments en apesanteur (…)

LIRE L’INTÉGRALITÉ DE LA CRITIQUE

 

L’ANGE IVRE (1948)

Où l’on se rend compte du talent de Kurosawa pour nous raconter une histoire par de nombreux moyens et notamment par la puissance de l’Image

Affiche du film L'ANGE IVRE

+ CRITIQUE

Titre original : Yoidore Tenshi
Réalisation :
Akira Kurosawa
Scénario :
Akira Kurosawa, Keinosuke Uekusa
Acteurs principaux :
Toshirô Mifune, Takashi Shimura, Chieko Nakakita
Pays d’origine : Japon
Sortie :
1948
Durée :
1h38min
Distributeur :

Synopsis :
Appelé en pleine nuit à soigner un jeune gangster pour une blessure à la main, un médecin alcoolique décèle une affection plus grave, la tuberculose. Il tente de soigner le jeune homme qui ne veut rien entendre, et malgré les disputes et les menaces, il se prend d’amitié pour lui. Le chassé-croisé des deux hommes que tout oppose trouvera une issue tragique dans les milieux violents de la pègre japonaise.

P

remier indice de la beauté du film, c’est son titre : L’ANGE IVRE.

Qu’il s’agisse d’une facétie d’un traducteur porté sur la poésie, ou d’une transposition littérale… Ce titre incroyablement évocateur exprime avec finesse le sujet du film autant qu’une certaine constante du cinéma de Kurosawa. L’Ange renvoie à cette notion très cinématographique de conte, de beauté, de pureté. L’ivresse quant à elle, notion plus terre à terre, lui appose le trivial et la nécessité d’oubli d’un certain réel (social, physique). Loin d’être une simple oxymore, ce grand écart correspond plutôt à une forme de complémentarité, typique du cinéma de Kurosawa au-delà de sujets et d’approches sensiblement différentes (réalisme poétique, conte social, divertissement allégorique, immersion cinématographique, etc.).

Dans Le plus Dignement, le cinéaste contaminait un film de propagande, via quelques beaux portraits de femmes, et ces fameuses obsessions humanistes. Dans Qui Marche sur la queue du Tigre…, il s’agissait d’opposer, dans un divertissement assez allégorique, la ruse à la force. Je ne regrette rien de ma jeunesse assimilait les puissants sentiments nourrissant un triangle amoureux, à l’évolution politique du Japon d’avant guerre. Un Merveilleux dimanche trouvait quant à lui, une forme de réalisme dans le contraste entre le conte romantique de la débrouillardise et un réalisme social blafard.

L’ANGE IVRE, c’est un peu une somme de tout cela. Mais il y a en supplément une singulière façon de nous raconter une histoire et de nous toucher, inédite chez Kurosawa.

 (…)

LIRE L’INTÉGRALITÉ DE LA CRITIQUE

 

LA FORTERESSE CACHÉE (1958)

Quand Kuro se met franchement au film d’aventures = masterpiece

 

Affiche du film LA FORTERESSE CACHÉE

Titre original : Kakushi toride no san akunin
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Ryuzo Kikushima, Shinobu Hashimoto, Hideo Oguni
Acteurs principaux : Toshirô Mifune, Misa Uehara, Chiaki Minoru
Pays d’origine : Japon
Sortie: 1948
Durée : 2h19min
Distributeur : –
Synopsis : Un groupe formé d’un général, de deux paysans et d’une princesse qui détient le trésor du clan va tenter de rejoindre un territoire ami à travers les affres de la guerre civile du XVIème siècle japonais.

[…]

De notre point de vue occidental LA FORTERESSE CACHÉE, est un très grand récit d’aventures. Un film exotique ( le Japon féodal ), construit autour de personnages attachants, nous rendant extrêmement palpable une mythologie riche et complexe et mis en scène avec un sens de l’organisation et de la cohérence phénoménal.
Akira Kurosawa, en cherchant l’accessibilité par l’humour notamment, parvient à rendre universelle une histoire profondément japonaise – un trait d’ailleurs commun à tous ses grands films, sauf peut-être Ran qui tend vers l’inverse.

Puis, il y a tellement de puissance et de talent dans LA FORTERESSE CACHÉE qu’on perçoit sans mal l’influence qu’il a pu avoir sur d’autres œuvres illustres comme « au hasard », le fameux Star Wars épisode IV. Revoir ce chef d’œuvre de Kurosawa nous amène ainsi tout naturellement, à constater son importance dans l’inconscient collectif.

Photo du film LA FORTERESSE CACHÉE

 

YOJIMBO – LE GARDE DU CORPS (1961)

Lorsque tu réalises à quel point un film est important pour l’inconscient collectif

Yojimbo

Titre original :
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Ryuzo Kikushima
Acteurs principaux : Toshirô Mifune, Tatsuya Nakadai, Yoko Tsukasa
Pays d’origine : Japon
Sortie: 1961
Durée : 1h50min
Distributeur : –
Synopsis : Au milieu du XIXe siecle le samourai loue ses services a une des bandes qui regnent sur un village au détriment des villageois. Voyant qu’on veut se debarrasser de lui apres qu’il eut accompli la salle besogne, va decimer les deux bandes qui se dechirent le village.

Avec YOJIMBO, Akira Kurosawa balance une petite bombe dans le genre du film de sabre en faisant de son héros un personnage opportuniste et manipulateur, dont la ligne morale n’est pas dictée par les habituels codes d’honneur et de loyauté, mais plutôt par son appréciation très personnelle des choses. Un héros évoluant en dehors de tout manichéisme, pour qui les notions de vie ou de mort riment avec la question : « quel intérêt ? ».

Toshiro Mifune, décidément l’homme le plus classe du monde, interprète le fameux Yojimbo.
Celui-ci se retrouve ainsi par pur hasard dans un minuscule village ravagé par une guerre sanglante entre deux clans. Après une phase d’observation de l’organisation de ce microcosme (bordel, tripot, « entreprises » locales) et des métiers, habitudes et caractères de ses différents occupants (aubergiste dépité par la violence, menuisier reconverti en croque-mort, collecteur d’impôts à corrompre, têtes pensantes plus ou moins charismatiques et sous-fifres complètement cons), il vendra ses services au plus offrant tout en fomentant un plan d’éradication de la menace locale par la ruse, en les opposant patiemment l’un contre l’autre.

Ça vous rappelle quelque chose ? Normal.
Pour une poignée de Dollars de Sergio Leone, si génial soit-il, n’est « qu’une » relecture recontextualisée dans l’ouest américain, du langage cinématographique proposé par Kurosawa dans YOJIMBO.

[…]

 

Yojimbo (3)

 

SANJURO (1962)

Lorsque le second volume est meilleur que le premier, la surprise en moins

Yojimbo (6)

Titre original : Sanjuro
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Ryuzo Kikushima, Hideo Oguni, d’après Shugoro Yamamoto
Acteurs principaux : Toshirô Mifune, Tatsuya Nakadai, Yûzô Kayama
Pays d’origine : Japon
Sortie: 1962
Durée : 1h36min
Distributeur : –
Synopsis : Le samouraï rônin Sanjuro Tsubaki prend sous son aile une bande de jeunes guerriers inexpérimentés et les aide à déjouer un complot contre le chambellan. Jouant de ruse avec les conspirateurs, Sanjuro se révélera un tacticien hors pair, avant de se confronter avec le redoutable Muroto, bras droit du chef des comploteurs.

SANJURO (1962) lui aussi, possède sa petite histoire. Suite au succès phénoménal de YOJIMBO, le studio Tōhō, bien évidemment, souhaita réitérer l’exploit en donnant une suite au film, un peu plus conventionnelle et donc confiée à un cinéaste un peu plus « yes-man ». Mais Kurosawa, finit par se retrouver à la tête du projet, et d’orgueil, emmena à nouveau son personnage vers un bouleversement des codes du genre.

Ainsi, SANJURO est à la fois l’héritier pur de YOJIMBO, en gardant les codes révolutionnaires proposé par celui-ci (le rōnin à la ligne morale ambigüe), mais agrémenté d’un scénario aussi sérieux que parodique, extrêmement chiadé et stimulant – bien plus que celui du film original.
Akira Kurosawa joue ainsi avec le charisme de Toshiro Mifune, allant jusqu’à dénaturer par l’humour sa fonction de samourai ultra-classe et réfléchi. Si dans sa forme le film est très classique, il n’en reste pas moins plus ludique et bien mieux rythmé que YOJIMBO. À voir comme complément génial du premier film, mais à contextualiser comme suite réussie d’un film crucial dans l’histoire du cinéma.

 

suivre @Georgeslechameau

Sanjuro (1)

À noter que le notation de ★☆☆☆ à ★★★★ n’est qu’un moyen d’indiquer et de comparer nos appréciations des films, à l’intérieur de la filmographie d’Akira Kurosawa et non par rapport aux autres films chroniqués sur le site.

Le FESTIVAL LUMIÈRE sur Le Blog du Cinéma
MARTIN SCORSESE: Analyse de ses films

MARTIN SCORSESE: portrait de l’auteur

Ses films présentés au festival Lumière :

Hugo Cabret (2011)
Les Infiltrés (2006)
Casino (1995)
Le Temps de l’innocence (1993)
Les Nerfs à vif (1991)
Les Affranchis (1990)
La dernière tentation du Christ (1988)
La valse des pantins (1982)
Raging Bull (1980)
New York, New York (1977)
Taxi Driver (1975)
Alice n’est plus ici (1974)
Mean Streets (1973)
Boxcar Bertha (1972)
Who’s that knoocking at my door (1968)

Chroniqués par Georgeslechameau

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AKIRA KUROSAWA : les années Toho

AKIRA KUROSAWA: PORTRAIT

Le Plus dignement (1944) ★★★☆☆
Qui marche sur la queue du tigre… (1945) ★★★☆☆
Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946) ★★★★☆
Un merveilleux dimanche (1947)  ★★★★☆
L’Ange ivre (1948)  ★★★★★
Chien enragé (1949) ★★★★★
– Vivre (1952) ★★★☆☆
– Vivre dans la peur (1955)
La Forteresse cachée (1958) ★★★★☆
Les Salauds dorment en paix (1960) ★★★★☆
Yojimbo – Le Garde du corps (1961)  ★★★★★
Sanjuro (1962) ★★★★☆
– Entre le ciel et l’enfer (1963) ★★★★★

Chroniqués par Georgeslechameau

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8 films de JULIEN DUVIVIER

JULIEN DUVIVIER: portrait de l’auteur

David Golder (1931)
La Bandera (1935)
La Belle Équipe (1936)
Pépé le Moko (1937)
Un carnet de bal (1937)
La fin du Jour (1939)
Panique (1946)
– Le Temps des Assassins (1956)

Chroniqués par Louis

DUVIVIER

quelques films: BAD BOY BUBBY, BLADE RUNNER, LES NÉGRIERS

BAD BOY BUBBY, de Rolf de Heer (1993)

Affiche du film BAD BOY BUBBY

+ CRITIQUE

Titre original : Bad Boy Bubby
Réalisation :
Rolf de Heer
Scénario :
Rolf de Heer
Acteurs principaux :
Nicholas Hope, Claire Benito, Ralph Cotterill, Carmel Johnson
Pays d’origine : Australie, Italie
Sortie :
1 novembre 1995 – (ressortie 11 novembre 2015)
Durée :
1h48
Distributeur :
Nour Films
Synopsis :
Séquestré depuis sa naissance par sa mère, Bubby ignore tout du monde extérieur qu’il croit empoisonné. L’arrivée de son père, dont il était tenu éloigné, va bouleverser sa vie. Le jour de ses 35 ans, Bubby va enfin sortir. Il découvre un monde à la fois étrange, terrible et merveilleux où il y a des gens, de la pizza, de la musique et des arbres…

« Ode à la différence et à l’acceptation de soi. »

Bad Boy Bubby

BLADE RUNNER, de RIDLEY SCOTT (1982)

Blade Runner

CRITIQUE

Titre original : Blade Runner
• Réalisation : Ridley Scott
• Scénario : Hampton Fancher et David Webb Peoples sur une idée de Philip K. Dick (adaptation de la nouvelle « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? »
• Acteurs principaux : Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young
• Pays d’origine : USA
• Sortie : 
15/09/1982, ressortie restaurée le 14 octobre 2015
• Durée : 1h57min
• Distributeur : . France
• Synopsis : 
Deckard, flic alcoolique en pré-retraite, est sommé de reprendre du service en tant que « Blade Runner » pour dérouiller des « Répliquants » en fuite, dissimulés quelque part dans un Los Angeles condamné à une nuit pluvieuse éternelle.

« Noir et sensuel, le film plonge le spectateur dans un abîme, au fil d’une enquête au rythme imprévisible. »

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« Avec BLADE RUNNER, Ridley Scott démontre sa capacité à faire du neuf avec de l’ancien. Un paradoxe pour un film de science-fiction.« 

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LES NEGRIERS, de Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi

Les Négriers (3)

+ CRITIQUE

Titre original : Addio zio Tom
Réalisation :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi
Scénario :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi 
Acteurs principaux :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi
Pays d’origine :
Italie
Sortie :
1971
Durée :
2h04min
Distributeur :
Jacques Leitienne
Synopsis :
Faux documentaire sur la traite négrière dans les États-Unis du 19e siècle. 

Atroce, dérangeant, cruel. Les mots ne manquent pas pour qualifier LES NÉGRIERS, dont le titre original est Addio zio Tom (Adieu Oncle Tom). Mais attention, ni le film, ni son propos ne sont immondes. L’horreur réside dans le traitement inhumain qu’ont subi des millions d’Africains déportés et qu’évoque crument ce film. Un choix osé qu’a fait le festival Lumière 2015, laissant carte blanche à Nicolas Winding Refn (Drive, Only God Forgives).

LES NÉGRIERS est un faux documentaire réalisé en 1971 par une deux metteurs en scène controversés italiens, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi. Il imagine comment les deux cinéastes arriveraient par miracle à atterrir dans les États-Unis du 19e siècle afin d’y tourner un documentaire sur l’esclavage. La forme adoptée est surprenante : des Américains y parlent librement, avec force regards caméra, de la façon dont ils considèrent les Noirs comme étant tout juste des animaux […]

Les Négriers (2)

la cinéaste russe LARISSA CHEPITKO

Un portrait de la Larissa Chepitko

– Chaleur torride (1963)
– Les Ailes (1966)
– Le Début d’un siècle inconnu – composé de L’Ange d’Andrei Smirnov et de Le Pays de l’électricité de Larissa Chepitko (1967)
Toi et moi (1971)
L’Ascension (1977)

larissachepitko

LUMIERE 2014 : Pedro Almodovar

Programmation de Lumière 2014

PEDRO ALMODOVAR :

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier de Pedro Almodóvar (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980, 1h18)
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? de Pedro Almodóvar (¿ Qué he hecho yo para merecer esto !!, 1984, 1h47)
Matador de Pedro Almodóvar (1986, 1h45)
La Loi du désir de Pedro Almodóvar (La ley del deseo, 1987, 1h44)
Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988, 1h35)
Attache-moi ! de Pedro Almodóvar (Átame !, 1989, 1h41)
Talons aiguilles de Pedro Almodóvar (Tacones lejanos, 1991, 1h53)
La Fleur de mon secret de Pedro Almodóvar (La flor de mi secreto, 1995, 1h42)
En chair et en os de Pedro Almodóvar (Carne trémula, 1997, 1h39)
Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (Todo sobre mi madre, 1999, 1h40)
Parle avec elle de Pedro Almodóvar (Hable con ella, 2002, 1h52)
Volver de Pedro Almodóvar (2006, 2h02)
La piel que habito de Pedro Almodóvar (2011, 2h01)

SAGA MUSASHI MIYAMOTO : CRITIQUE des 6 films

PARADIS PERDU, d’Abel Gance: CRITIQUE

OPENING NIGHT, de John Cassavettes : CRITIQUE

Une Femme Dangereuse, avec Ida Lupino: CRITIQUE

Chroniqués par Georgeslechameau

La traversée de Paris

Chroniqué par Louis

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