C’est aujourd’hui que la plate-forme Disney+ est rendue disponible avec son lot de friandises. Parmi elles, la première série puisée dans la saga Star Wars, THE MANDALORIAN. En racontant les aventures d’un chasseur de prime traqué par la pègre, Jon Favreau offre huit épisodes épiques et s’approprie habilement l’univers des films pour bâtir une œuvre singulière et divertissante mais non sans défauts. [Attention Spoilers]

Impossible de ne pas penser à Bobba Fett lorsqu’on découvre lors des premiers plans Mando, un tueur à gage ayant l’apparence du personnage culte. Appartenant à une vaste confrérie, l’entité centrale de ces huit épisodes est avare de paroles : il s’agit davantage d’un corps parcourant la galaxie, mis au service de l’épique. Chacune de ses missions lui confère un sens aiguë de la justice et c’est davantage par ses actes que le personnage suscitera l’empathie. De sa relation avec un Yoda infantilisé au sauvetage d’une tribu soumise au régime impérial, Mando est une figure héroïque qui cherche à rétablir l’équilibre et la paix, tout comme l’ont fait ses prédécesseurs dans les neuf épisodes de la saga . S’il agit initialement par intérêt, ses voyages dans les zones sombres de la galaxie le placent face à de nouveaux enjeux et participent à la constitution d’une quête initiatique questionnant les codes du personnage. La part de mystère autour de cette figure énigmatique est un des atouts principaux et jubilatoires de cette première saison.

Photo de la série THE MANDALORIAN

© Disney

Ses quêtes ne sont pas sans danger, et si on pouvait être étonné de l’aisance apparente qu’avaient les Jedi à se sortir de situations dantesques, Favreau semble davantage prôner un réalisme bénéfique. Dès le second épisode, dans un décor similaire à celui bien connu de Tatooine, le mandalorien lutte face à un monstre d’envergure et un combat à taille humaine débute. Bien loin des affrontements chorégraphiés et de la facilité à vaincre l’obscurantisme sous toutes ses formes, la série est sans concession avec ses personnages. Chacun des coups reçus par le héros peut être fatal et synonyme de blessure, en témoigne l’excellent travail opéré sur le son qui rythme brillamment les combats. Bien loin de déplaire, cette singularité dans la réalisation participe à l’élaboration d’une atmosphère originale et plaisante, proche du western et du film d’action classique. Dans les obscures contrées de la galaxie, il semble évident que le danger soit plus périlleux et l’on peut regretter que certains épisodes de cette anthologie n’aillent pas plus loin dans cette démarche.

Photo de la série THE MANDALORIAN

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Présenter 8 épisodes comme autant d’aventures est en effet un choix discutable. Le manque de continuité entre certains fils narratifs devient par moments problématique. Dès lors qu’une atmosphère proche du western classique s’installe, on peut regretter la trame de certains épisodes, notamment celui sur Tatooine, où Mando est confronté à un jeune chasseur de prime. Les changements visuels sont brutaux et entraînent une discontinuité préjudiciable, qui empêche la série de se démarquer puisqu’elle reprend les canevas d’autres œuvres similaires (on pense parfois aux pires heures de Stargate). La pluralité des genres intronise des personnages en trop grand nombre et des intrigues ne se prêtant pas au format de trente minutes. Aussi, si l’épisode de la prison interstellaire confirme la propension qu’ont chacun des réalisateurs à créer l’épique, le récit n’apporte rien à la narration globale et à l’évolution du personnage central. Il est pourtant possible, le temps d’un dialogue ou d’une scène, de basculer dans l’absurde et le comique de genre : on se rappellera longtemps de ce débat identitaire entre deux stormtroopers dans le dernier épisode.

Photo de la série THE MANDALORIAN

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On pense parfois ces huit épisodes comme un test désiré par Disney, une exposition qui engendrera de nombreuses suites si elle plaît. Espérons que la saison 2 ne lésine pas sur les moyens et s’inspire des deux derniers épisodes, modèles d’action pure s’inscrivant dans un ensemble pertinent et cohérent. C’est en s’appuyant sur cette atmosphère sombre et poisseuse que la série trouve ses meilleurs moments et présente de réelles qualités. L’humanisation des droïdes est plus crédible que dans le récent Solo : a Star Wars Story et le jeu autour de l’identité du héros est jubilatoire. En poussant la comparaison avec le western, sa trajectoire n’est pas sans rappeler celle du personnage de Clint Eastwood dans le film LHomme des hautes plaines. A l’instar du cow-boy, Mando est un solitaire bousculant les codes, n’hésitant pas à mettre à feu et à sang les territoires qu’il parcourt si son action concorde avec les valeurs qu’il défend. La suite de ses aventures devra s’appuyer sur ce caractère fort, quitte à repenser Baby-Yoda non pas comme une peluche mignonne et grotesque, mais davantage comme un moyen d’instaurer la force, une entité puissante liée à la quête du héros. Difficile cependant d’y croire si l’on suit la logique récente de Kathleen Kennedy, trop protectrice et mercantile à l’égard de son joyau.

Emeric Lavoine

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THE MANDALORIAN, un nouvel espoir - Critique
Titre original : The Mandalorian
Réalisation : Jon Favreau
Scénario : Jon Favreau
Acteurs principaux :Pedro Pascal, Werner Herzog, Gina Carano, Nick Nolte
Date de sortie : 07/04/2020
Durée : 5h
3.0Prometteur
Avis des lecteurs 4 Avis

THE MANDALORIAN, un nouvel espoir – Critique

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