Adulé depuis son passage à Venise et Toronto, 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE est la petite bombe de ce début d’année à découvrir absolument !

À la base, il y a une idée absolument redoutable : pour faire avancer l’enquête stagnante sur sa fille tuée et violée, Mildred Hayes loue 3 énormes panneaux publicitaires afin de faire passer un message aux autorités locales. À l’image de l’enquête, ces panneaux sont à l’abandon – ils sont jugés inintéressants car perdus sur une route peu empruntée alors qu’au même moment la police délaisse l’affaire Hayes par manque d’éléments. Le tout quelque part au beau milieu du Missouri, dans une Amérique profonde toujours aussi cinématographique. Le point de départ, malin, n’est que le début d’un long récit qui se revitalise tout le temps par des bifurcations inattendues. Que ce soit par l’action ou par l’évolution psychologique des personnages, on ne cesse d’être pris de cours. Tout est si bien ficelé qu’on se laisse prendre au jeu dès la première scène. Ce qui en fait un plaisir de cinéma immédiat.À la première apparition de Mildred, c’est un retour en arrière de 22 ans que l’on fait. Lorsque arpentait les étendues enneigées du Dakota dans Fargo. Le rapprochement coule de source tant 3 Billboards, Les Panneaux de la Vengeance évoque sans se planquer la filmographie des frères Coen. Ici, plus de neige, mais de la verdure. Et une actrice qui passe de l’autre côté, cédant l’uniforme de policier. Tout le cœur du film est dans le choix de Frances McDormand. Cette dernière permet aux thèmes de prendre pleinement corps à l’écran, puis par la même occasion de décrocher ce qui ressemble à n’en pas douter à son plus grand rôle tant elle excelle. Bandana sur la tête et son courage à toute épreuve pour arme, elle se dresse ardemment face à quiconque ose se mettre en travers de son chemin. L’intelligence du scénario est de ne pas scinder la galerie de personnages en deux camps mais en faisant naviguer, via l’action, tout le monde – héroïne principale comprise – dans une zone grise où chacun développe sa propre amplitude psychologique. Et ce, jusque dans les seconds rôles écrits avec finesse (le très beau personnage du nain James, la femme de Willoughby, Donnie) pour leur permettre d’avoir des choses à défendre lorsqu’ils interviennent à l’écran.

Martin McDonagh réalisateur et scénariste, emprunte aussi aux deux frangins les ruptures de tons brutales. Par un humour grinçant, il se sert de ressorts comiques pour mettre en lumière les failles de ses personnages. Manier les rires et les larmes dans un très court laps de temps (en un seul cut parfois !) est un jeu d’équilibriste. Si McDonagh s’en sort globalement très bien, il tombe à de brefs instants dans la facilité en forçant le geste humoristique. Au détriment de l’efficacité. On perçoit alors l’écart qu’il lui reste à combler avant d’atteindre l’ahurissante maîtrise des Coen. On préfère davantage quand McDonagh laisse s’exprimer son talent de dialoguiste (on avait pu s’en rendre compte à l’époque avec son Bons Baisers de Bruges). L’anglais, amoureux de théâtre trouve avec son troisième film un écrin à la hauteur de son aptitude à manier avec maestria les mots. Et sa troupe d’acteurs lui rend bien la profusion de répliques mordantes qu’il leur sert sur un plateau.

Jusqu’à la dernière scène, se promet de ne jamais être où on l’attend. Lorsque le film glisse dangereusement vers une morale très douteuse, c’est pour mieux nous mener sur un autre sentier, une dernière fois. La soif de vengeance qu’il met en scène est in fine désamorcée. C’est tout le genre du rape & revenge qui est pris à contrepied dans cette conclusion apaisée. Certains pourront lui reprocher sa subite retenue alors qu’il faisait preuve d’une franche insolence durant 1h50. Penser ainsi serait se tromper de débat. L’important est de constater à quel point le cinéma américain est capable d’encore se régénérer à partir de motifs usés depuis la nuit des temps. Le monde entier fait du cinéma, et à la fin, c’est les américains qui gagnent. Toujours. Sans exception.

Maxime Bedini

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[CRITIQUE] 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE
Titre original :Three Billboards Outside Ebbing, Missouri
Réalisation :Martin McDonagh
Scénario :Martin McDonagh
Acteurs principaux :Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell
Date de sortie : le 17 janvier 2018
Durée : 1h56min
4.0Note finale
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robert

3 Billboards, Les panneaux de la vengeance (2017)

Voir aussi la critique perspicace et sensible de Maxime Bedini, sur https://www.leblogducinema.com/critiques/critique-3-billboards-les-panneaux-de-la-vengeance-865526/

C’est en effet un film sur une vengeance. Cette vengeance qu’une mère devra accomplir elle-même, en s’affranchissant de toutes les règles. Avec le traditionnel, seule contre tous.

Le thème du justicier solitaire, est à la base de nombreux films de cow-boys. C’est éminemment américain, mais ça parle à tout le monde.
Dans ce lieu de passage qu’est le Missouri, cela à sans doute à faire avec l’âpreté de la conquête de l’Ouest. Une période où la justice d’état n’était pas vraiment opérationnelle.

Ici, pour notre plus grand bonheur, ce thème classique, voire mythologique, a été largement revisité.

Le film a obtenu de nombreuses récompenses.

La démonstration est claire.

Une jeune fille de 19 ans a été la victime d’un abominable homicide accompagné d’un viol.
Les mois passent. Sa mère décide d’agir devant l’inefficacité des autorités. Elle loue 3 grands panneaux publicitaires à l’entrée du bourg. Sur ces « billboards » géants, elle met en cause directement la police, en grandes lettres, nommément.
Le réalisateur met en place tout cela par jolies petites touches. Bien vu !

La petite ville est partagée entre le respect du à la mère douloureuse et ce qu’elle considère comme une insulte à la communauté et aux institutions.
Cet affichage déchaîne rapidement une cascade de réactions et de sérieux problèmes.

Le commissariat mis en cause est fait de personnalités diverses, avec des caractères plus ou moins sympathiques, voire dangereux.

La mère obstinée et qui en prend plein la figure, est magnifiquement interprétée par Frances McDormand . Elle obtiendra à juste titre l’Oscar de la meilleure actrice.

A la différence d’autres films qui traitent de ce sujet, ici l’histoire n’est pas écrite d’avance. Les rebondissements restent assez imprévisibles et crédibles. C’est plein de situations intéressantes et de bonnes surprises cinématographiques.
La psychologie des personnages est bien traitée. Les caractères nous sont livrés dans leur matière brute, sans artifice. Il y a de la matière.

Les acteurs sont très bons. En plus de l’excellent jeu de Frances McDormand, il faut noter la belle prestation de Sam Rockwell. Il obtiendra l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle.

Seule peut-être la violence physique est un peu « too much ».

Un film sur la vengeance certes, mais qui a l’intelligence de ne pas conclure…