prend un malin plaisir à revisiter le film Cluedo en lui insufflant une dimension hitchcockienne appréciable et nous sert sur un plateau une petite sucrerie pleine de panache.

On avait peur que les nombreuses polémiques soulevées par son incursion dans l’univers enterrent définitivement Rian Johnson. Mais le bougre a du caractère, avec , il relève la tête avec les honneurs, et même plus, il semble creuser son propre sillon d’auteur.
Car les thématiques d’héritage et de transmission, déjà présentes dans Les Derniers Jedi et Looper, sont au cœur de son nouveau film.

À travers le genre très codifié et rabattu du whodunit, Rian Johnson parvient à insuffler un discours politique très vénéneux contre l’Amérique de Trump. Cette famille, blanche, riche et hypocrite opposée à une jeune immigrée sud-américaine incarne toute la pestilence d’un pays qui ne reconnait même plus son propre héritage.
Ainsi, Rian Johnson érige la bonté et l’innocence comme vertus ultimes contre cette americana boursouflée. Faire de Marta l’héritière de la famille – et donc des U.S.A. – est assez osé et rajoute une certaine consistance à un genre qui en manque très souvent.

Cependant, on l’avait déjà aperçu dans Les Derniers Jedi, Rian Johnson est un bon scénariste, mais qui peut clairement manquer de subtilité. Le discours politique est parfois trop didactique – la scène de dispute autour du nazisme et des immigrés, certes drôle, mais trop grossière – et s’engonce dans une certaine lourdeur.

Rian Johnson prend un malin plaisir à filmer cette enquête Cluedo et nous offre un divertissement efficace, mais pas seulement.

Il ne faut tout de même pas enlever le plaisir que prend le réalisateur à filmer cette famille qui se déchire : montage rapide, plan à la steady cam, iconisation d’un décor superbe…
Visuellement, le métrage est irréprochable et Rian Johnson fait parfois preuve d’une certaine virtuosité dans les scènes de dialogues (très belle scène funeste entre Marta et Harlan autour d’un jeu de go). Une tâche, il est vrai, facilitée par un casting phénoménal : s’amuse en policier au nom et à l’accent à couper au couteau, prouve qu’elle peut devenir une grande actrice et sait jouer autre chose que Captain America. Mais c’est bien l’immense qui vole toutes les scènes, sa présence hante le film et son personnage constitue un contrepoids plein de lucidité dans une famille qui ne n’en a point.

Photo du film À COUTEAUX TIRÉS

On regretterait presque que le réalisateur n’ait pas fait de cette enquête un huit clos tant le décor s’y prêtait. Le film perd clairement en rythme lorsque qu’il s’échappe pour un environnement urbain. Rian Johnson patine avec sa caméra et il faut un retour salvateur au manoir pour que le film redécolle.
Tout comme l’enquête d’ailleurs, ce qui nous permet de dresser un parallèle amusant entre Blanc, le détective et Rian Johnson, le réalisateur : quand il confesse qu’il n’est pas un bon enquêteur, on croirait entendre le metteur en scène ruminant l’échec – certes relatif – de son Star Wars.
Mais le monologue final, plein de panache, semble raviver la flamme. Rian Johnson n’est pas mort pour le cinéma et il a des choses à dire.

Valentin Giraud

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À COUTEAUX TIRÉS, Cluedo politique - Critique
Titre original : Knives Out
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson
Acteurs principaux : Daniel Craig, Chris Evans, Ana de Armas, Jamie Lee Curtis, Michael Shannon, Don Jonhson, Toni Colette, Christopher Plummer
Date de sortie :
Durée : 2h11min
3.5Pur plaisir
Avis des lecteurs 34 Avis

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