Carole Matthieu dénonce, alerte, avertit sans relâche sa hiérarchie sur la souffrance au travail des employés de la société qui l’emploie comme médecin du travail. Prenant sa mission trop à cœur, s’impliquant trop personnellement, elle perdra pied, peu à peu. Ce qui meut chaque être humain est le sens donné à son travail, et Carole ne s’y retrouve plus. Là est le véritable sujet du film (adapté du roman « Les visages écrasés » de Marin Ledun): le burn-out du médecin du travail. CAROLE MATTHIEU ne nous épargne alors rien en matière de violence et d’agression contre les autres, et contre soi-même.

Photo du film CAROLE MATTHIEU

Comme nous l’a précisé Isabelle Adjani en nous présentant le film, il fallait s’attendre avec CAROLE MATTHIEU, à passer un moment difficile. Et en effet, voir de telles situations de souffrance au travail dénoncées mais n’entraînant aucun changement, voila qui est désespérant… Il y a hélas aussi la mise en scène de Louis-Julien Petit qui nous a gêné, parce que parfois assez nébuleuse. Malgré l’empathie éprouvée pour le médecin, on s’est un peu perdu dans les méandres des hallucinations de Carole et les métaphores figurées à l’écran, peinant chacune à traduire ce qui peut se passer dans un esprit fragilisé.

« Carole Matthieu, ou la Don Quichotte des temps modernes. »

Louis-Julien Petit, qui dénonçait déjà les conditions de travail dans Discount, montre très bien ici la pression subie pour atteindre des objectifs de performance fixés par la direction. La déshumanisation dans les rapports à la clientèle et à la hiérarchie est de plus en plus insupportable pour une certaine génération de salariés. Le constat du réalisateur face à ces exigences d’optimisation reste cependant très noir, et apporte bien peu d’espoir puisque même le dialogue social, par le biais du syndicaliste (Lyes Salem) et de la directrice des ressources humaines (Corinne Masiero), n’apporte pas d’autre choix que de se plier aux exigences financières au détriment du bien-être des salariés.

Ce n’est pas le premier film qui évoque la mort et le suicide au travail ; on se rappelle notamment de De bon matin de Jean-Marc Moutout… CAROLE MATTHIEU a quant à lui le mérite de poser des questions sur la bonne distance à tenir pour ne pas être submergé par les problèmes des autres lorsque l’on exerce ce métier d’écoute. Sur la responsabilité que l’on s’autorise à porter, les limites que l’on se pose, et le courage que l’on a face aux enjeux.

Sylvie-Noëlle

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