L’histoire : Ricki, jeune homme amoureux de l’indifférente Marina, l’enlève, puis la séquestre pour lui démontrer son amour et provoquer chez elle, ce dont il est sûr, un sentiment amoureux vis-à-vis de lui.

Battements de cœur – image du christ et de la vierge Marie – musique angoissante – Bruits de talons rythmés comme une horloge – une maison hitchcockienne.
L’élégante mise en scène d’ Almodóvar cette fois-ci, fonctionne sans retardement. Néanmoins, cette stimulante accroche n’est que la première étape d’un jeu de piste destiné à perdre le spectateur tout en le satisfaisant. L’introduction ne sert donc, qu’à présenter le personnage de Ricki (Antonio Banderas, parfait). D’abord visuellement et auditivement, puis en nous montrant une première interaction entre lui, et une femme.
Comme d’habitude, le mystère ne se dévoile que petit à petit… Ce que l’on perçoit, ne relève pas du domaine du scénario, mais de l’émotion.
Et Banderas fait très bien passer ça : il incarne totalement ce personnage dont on devrait se méfier mais qui exerce pourtant une fascination indescriptible ; une potentielle source de danger, autant que de plaisir… L’ambivalence est ce qui le définit (de même que son antagoniste féminin, et le film lui-même).

Très vite, on passera donc à autre chose, un autre univers, celui de Marina (Victoria Abril, parfaite également).
Il s’agira donc, du CINÉMAAlmodóvar l’aborde avec le sens du détail qui caractérise ses films. Il utilise pour cela le point de vue de Marina, mais aussi celui d’un « réalisateur de chefs d’oeuvre, un homme qui aime filmer les femmes » : Maximo Espejo tourne un film de série B (léger donc, comme l’était Femmes au Bord de la Crise de Nerfs), préparant un retour fracassant mais par la petite porte, après quelques échecs artistiques et publics.

Avec beaucoup d’humour et de cynisme, Almodóvar décrit la relation entre le réalisateur et son actrice. Une impressionnante mise en abîme dont le climax en sera un également : le tournage de la scène climax du film (dans le film). GÉ-NIAL !

Là encore, son sens du détail dans l’écriture des personnages annexes comme principaux, fait mouche !
Nombreux, voire réduits à une ligne de dialogue, ils enrichissent pourtant considérablement le film et l’environnement psychologique qui mèneront au huis-clos promis par le titre 
Le mystère scénaristique est comme d’habitude parfaitement mené : tout est logique, s’imbrique sans heurts, ni facilités ou raccourcis. C’est fichtrement plaisant de voir un film ou rien n’est évident mais pourtant parfaitement lisible. L’interprétation des zones d’ombre psychologique n’est même pas alambiquée ou narcissique. Simplement logique.

Le seul bémol, selon moi, provient d’un autre climax… Le moment ou l’un des personnages choisira un coté ou l’autre de l’ambivalence. J’aurais aimé que cette hésitation dure plus longtemps, car elle était source d’une émotion cinématographique unique.
Observer un Antonio Banderas « torturer » avec délicatesse une Victoria Abril entre souffrance et volupté fut pour moi l’une des expériences de cinéma des plus plaisantes. Almodóvar, depuis ses débuts, à évolué d’un réalisateur qui observe le plaisir à un réalisateur qui sait comment le provoquer.

”Un film abouti formellement, parcouru d’émotions fortes, stimulant, aussi léger que complexe. Un nouveau maître étalon de la filmo d’Almodóvar.”

À l’instar de Femmes au Bord de la crise de Nerfs, lorsque l’on s’attend à un effet de signature sous forme de provocation, intelligemment, le réalisateur change de sujet, sur la forme comme dans le fond. Ainsi, point de scène d’ouverture voyeuriste et explicite. Point d’explication par le traumatisme d’enfance. Point de questionnement identitaire… Le cinéaste élude ou contourne avec malice ces artefacts définis comme Almodovariens : la scène voyeuriste est déplacée au milieu du film et se révèle plus ludique que malaisante ; l’identité sexuelle est éludée lors d’un travestissement surprise. L’enfance expliquant le comportement sera également abordée, via un dessin on ne peut plus clair, ou une discussion particulièrement émouvante avec une mère… ATTACHE-MOI ! s’amuse à nous faire perdre nos repères.
Almodóvar par exemple, n’hésite pas à changer subitement de point de vue, pour couper court aux scènes intimes entre Banderas et Abril. Des scènes qui servent à la fois de respiration, et d’interprétation pour les sentiments qui animent nos deux héros. Elles s’imbriquent pourtant remarquablement bien, dans leur caractère outré comme dans une continuité scénaristique.

Formellement, Almodóvar fait aussi un pas en avant. Cette fois-ci, on ressent l’adéquation entre les différents aspects techniques.
Le choix de l’univers artistique – un plateau de cinéma – n’est pas anodin. Il permet au(x) réalisateur de parler de son métier, tout en stimulant le sectateur par l’excès d’informations en tous genres. Dialogues, décors, détails, lumière, musique, script… Tout est interconnecté !
Ainsi, quelques plans, fixes, ou travellings, sont composés de façon à exprimer une humeur tantôt inquiétante, tantôt sensuelle plus une infinité de nuances.. La colorimétrie est très spéciale ; le rouge y domine, comme symbole de passion et de violence ; la musique épouse l’action et l’image, de même que le son, précis comme une horloge. ATTACHE-MOI ! possède une mise-en-scène complète, et constitue l’un des films les plus aboutis d’Almodóvar.

En bref : le film n’est pas qu’abouti formellement. Il est également  parcouru d’émotions très fortes, de la sensualité à l’angoisse en passant par le mystère. Aussi stimulant pour les sens, que pour l’intellect, aussi léger que complexe, aussi perturbant pour qui connaît bien le réalisateur, qu’évident, par toutes ses qualités. En bref, ATTACHE-MOI ! est un nouveau maître étalon de la filmographie d’Almodóvar.

Georgeslechameau
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