Huit ans après Notre Jour Viendra, Romain Gavras revient à la réalisation en compagnie d’un casting de luxe.

L’expérience Notre Jour Viendra était mitigée. Pour nous, spectateurs. du moins. Mais ce titre prend tout son sens maintenant que nous pouvons découvrir Le Monde Est À Toi. Leur jour de gloire est venu. À eux, ces personnages en marge de notre monde. Et pour François (Karim Leklou), un dealer qui aimerait devenir le PDG de la filiale Mister Freeze au Maghreb. Pour que son jour vienne, il devra s’affranchir de sa mère dominatrice (Isabelle Adjani) et braver, en compagnie de son fidèle compagnon (Vincent Cassel), tout un tas d’obstacles. Le Monde Est À Toi est un film fou. Autant que la société qu’il dépeint par le prisme de plusieurs genres, de personnages dingues. Ce monde que filme Gavras est un pot-pourri dans lequel chacun ne trouve sa place que par sa singularité. Enrôler la grande Isabelle Adjani est une idée formidable. Romain Gavras dit là que même les grandes figures culturelles doivent sur-jouer pour survivre dans l’ère 2018. Les photos d’elle, jeune, posées sur un meuble de salon, rappellent quelle immense actrice respectable elle fut par la passé. Et la voilà maintenant en train de braquer des coffres pour s’offrir une maison à Saint-Rémy. Le spectateur comprend qu’il voit du fake parce que ces figures comme Adjani appartiennent à l’imaginaire collectif. Comme Vincent Cassel et François Damiens. Comme le ghetto et ses petits bandits.

Ce monde, c’est le notre, à nous. Un assemblage de références, de clichés, de divagations excentriques. L’esthétique léchée de Gavras épouse à merveille les courbes de son sujet. Ses moments d’envolées formelles, clippesques ou publicitaires, soulignent la vacuité d’un monde qui est devenu un énorme cliché ambulant, noyé sous un amas de références culturelles. Un monde devenu si dingue qu’il peut nous persuader de l’existence des reptiliens. Comment en est-on arriver là ? Comment en est-on arriver à pouvoir se laisser berner en se disant que les hypothèses les plus dingues étaient plausibles ? Romain Gavras ne le sait pas. Du moins il ne nous donne pas les clés. Mais il en tire une comédie loufoque avec ces grands moments jubilatoires. Beaucoup lui avait reproché à l’époque de Notre Jour Viendra de vouloir choquer juste pour la beauté du geste. Si Le Monde Est À Toi ne manquera pas de faire réagir, il tire son côté provoc’ de ce que le monde produit depuis des années. Le racisme toujours répandu, les complots implantés dans la tête de quelques illuminés, une jeunesse délaissée qui rêve en grand… On en rigole parce que les traits sont volontairement grossis mais ce que montre Gavras n’a rien de fondamentalement farfelu – c’en est même effrayant. Ce qui n’empêche pas une certains poésie de s’en extraire, quand Balavoine et Booba cohabitent durant 1h30, et que les deux trouvent un écho dans la trajectoire des personnages, perdus dans cet océan de trahisons, d’informations contradictoires. Au final la vie ne leur apprend rien, si ce n’est à cultiver leur singularité pour s’en sortir. Et ensuite se demander, quoi faire de tout cet oseille.

Critique publiée le 12 mai 2018 lors de la projection au Festival de Cannes

Maxime Bedini

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LE MONDE EST À TOI, éloge de la vacuité - Critique
Titre original : Le Monde Est à Toi
Réalisation : Romain Gavras
Scénario : Romain Gavras, Noé Debré, Karim Boukercha
Acteurs principaux : Karim Leklou, Isabelle Adjani, Oulaya Amamra
Date de sortie : 15 août 2018
Durée : 1h34min
3.5Note finale
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Bearfoot
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Bearfoot

On sent le commentaire objectif et peu biaisé…
On verra le 22 Août si le fils de du 20eme est sur les pas de papa…