en a-t-il terminé avec ses films dénués de construction narrative ? Avec Une Vie Cachée, il nous offre un film renversant.

Franz Jägerstätter, modeste agriculteur, mari dévoué, père de famille exemplaire, se nourrit d’une existence paisible au cœur des montagnes autrichiennes où le pittoresque village Radegund est lové. Quand la guerre éclate en 1939, il est appelé à défendre les idéaux de l’Allemagne nazie et par conséquent, de prêter un serment de fidélité à Adolf Hitler. En accord avec sa conscience, il refuse de s’engager sur cette voie.

Découpé en trois segments, UNE VIE CACHÉE se propose de raconter l’histoire, basée sur des faits réels comme le précise l’ouverture, d’un combat idéologique entre l’homme habité par la foi et la machine barbare nazi à broyer les humains. Bercé, notamment, par Henri David Thoreau, Terrence Malick s’approprie les concepts du poète américain à l’appui de ses œuvres les plus célèbres : La désobéissance au gouvernement civil et bien évidemment, Walden. Le premier, constitue la fouille la plus profonde du long métrage et soulève toujours des questions d’ordre morales, métaphysiques voire mystiques. Au travers de cette opposition, UNE VIE CACHÉE dissèque les frontières antagonistes qui séparent le bien du mal, observe les actions qu’autorisent les consciences personnelles et dépeint la désobéissance qui s’opère dans un monde crépusculaire, englouti avec appétit par la cruauté.Dès lors, Terrence Malick filme aussi la fin d’un monde Viscontien, l’arrivée des nazis bouleversant radicalement ce jardin d’Eden pour mieux retourner la stabilité de la communauté. L’humeur d’UNE VIE CACHÉE ne cesse de s’assombrir au fil des scènes dans ce film fleuve qui s’étale sur presque 3 heures. C’est une épreuve face à la destruction d’un cocon, l’insupportable poids de l’absence et le désespoir dans un geste philosophique débordé par la croyance d’un juste en colère, qui ornent les magnifiques contours de cette composition vertigineuse.

Car la sublime photographie s’engouffre toujours à vive allure, épaulée par une caméra grand angle et un montage qui se glisse dans le sillon lyrique de The Tree of Life. Maître d’oeuvre d’orfèvres, Terrence Malick facilite l’empathie quand le film se contente du minimum de monologues brumeux portés à la voix off pour s’en retourner vers une forme de narration plus classique. L’ouvrage gagne ainsi en fluidité dans une authentique implication émotionnelle. Alors, UNE VIE CACHÉE ne se prive pas de faire chavirer les cœurs quand le temps de se présenter à l’échafaud approche à grands pas.

Critique publiée le 20 mai 2019 lors du 72ème .

Sofiane

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UNE VIE CACHÉE, Henry David Malick - Critique
Titre original : A Hidden Life
Réalisation :Terrence Malick
Scénario : Terrence Malick
Acteurs principaux : , ,
Date de sortie Prochainement
Durée : 2h53min
4.0DÉSOBÉISSANCE CIVILE
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