COMANCHERIA (Hell or high water en VO) s’ouvre sur une scène de braquage presque banale : deux hommes cagoulés menacent la guichetière pour voler quelques billets. Les hommes s’éloignent, on découvre leurs visages ( et ). La simplicité avec laquelle ils ont agi semble anachronique.

« Comment peut-on encore braquer une banque au 21ème siècle aux États-Unis ? C’est un truc du Far-West, ça n’est plus possible aujourd’hui… »

C’est la question que se pose le spectateur, mais aussi celle posée au Texas ranger chargé de l’enquête (). Et puis soudain on comprend. Alors que nos deux braqueurs s’arrêtent dans une station service, un cow-boy descend de cheval pour acheter une bricole au magasin. Ils font le plein, quand soudain déboule une voiture de sport verte fluo conduite par deux caïds à la petite semaine, qui les agressent.

Photo du film COMANCHERIA

Jeff Bridges, toujours aussi badass

Un vent de nostalgie souffle sur ces petites bourgades devenues fantômes, où l’on invoque la mythologie du Grand Ouest et ses luttes sanglantes, pour donner un sens à ses actes. Le « héros » se met lui-même hors-la-Loi, car il s’oppose à l’injustice imposée par les institutions (la banque a spolié son terrain), alors que le justicier veut le coffrer car c’est sa raison de vivre (littéralement, il ne sait pas quoi faire de sa vie après la retraite). Cette opposition binaire peut apparaître simpliste, mais le réalisateur David Mackenzie pose ce néo- comme un futur probable dans une Amérique saignée par la crise financière provoquée par l’explosion de la bulle immobilière (on regardera The Big short pour comprendre) et par la ruée vers le pétrole et gaz de schiste (voir Promised Land). Dans ce coin reculé du Texas, ce qui vit à la surface de la Terre n’a plus de valeur, mais ce qu’il y a en-dessous peut vous rendre outrageusement riche.

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Braquer la banque pour mieux la rembourser, et ainsi récupérer ses terres, c’est un peu faire la nique au système. Sans être des Robins des bois, les deux frères braqueurs sont bien les justiciers masqués d’une classe sociale qui veut se débarrasser de la pauvreté endémique, transmise de génération en génération comme une maladie génétique. L’ordre, vacillant, tient encore sur ses deux jambes, et il riposte fort. Mais on sent que ses beaux jours sont derrière lui, à l’image de ce Jeff Bridges en Texas ranger gâteux et tremblotant. L’acteur cabotine (trop, sans doute) mais peut-être pour dissimuler un manque de confiance en soi. L’heure de la confrontation finale a sonné, mais le vieux lion ne fait finalement plus peur. On sent la baudruche se dégonfler. Après lui, le chaos sans doute, un monde à la Mad Max qui se serait insidieusement installé alors que le précédent enfilait paisiblement les pantoufles de sa retraite. Une lente apocalypse en douceur, sans tambour ni trompette.

Quel genre de futur Chris Pine achète-t-il à ses fils en les rendant ainsi richissimes ? Que vaudra cet argent une fois que les banques auront fait le vide autour d’elles ? Dépouillé de ses artifices de comédie et de film d’action, COMANCHERIA cache un sentiment de fatalisme doux-amer, aperçu angoissant d’un futur où finira par régner la loi du plus fort, un avenir contre lequel on ne peut pas grand chose, sinon se battre.

Thomas Coispel

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