En 2009, nous sortait son premier long-métrage intitulé La Merditude des Choses (titre français). Avec ce film, il insérait déjà tout son cinéma et son style.

Cinéaste belge, il n’a pu s’empêcher de parler de la face sociale de son pays. Mais les films trop sérieux, ça ne fonctionne pas toujours. Alors Felix van Groeningen va en parler autrement. Provocation et burlesque sont au rendez-vous, dans cette situation sociale désastreuse. Parler de la misère sociale, oui. Mais en riant, encore oui.

Pour ALABAMA MONROE, oubliez le côté burlesque. Felix van Groeningen désire être plus réaliste, donc plus sérieux. La provocation n’est également plus d’actualité. Inutile pour son nouveau film, le cinéaste belge préfère l’émotion à son paroxysme. Pas loin de la sauce d’oignons que certains films jettent à volonté, le film mise sur l’émotion forte et facile. Mais ce qui rend cette facilité plus attractive, c’est le réalisme apporté dans chacune des scènes. Dans La Merditude des ChosesFelix van Groeningen parlait de la société belge, dans ALABAMA MONROE il se concentre sur un couple.

La puissance de son cinéma, c’est qu’avec un seul ou deux protagonistes, le cinéaste belge ouvre sa vision. Dans La Merditude des Choses, il s’ouvre à toute une société avec un seul personnage. Dans ALABAMA MONROE, il s’ouvre à la vie entière avec deux personnages. Car au fond, le film nous montre plusieurs passages de la vie de deux personnages. Mais dans l’âme, le film est un grand poème à l’état brut sur la vie. Ce que la vie nous réserve, ce qu’elle nous offre, à quelle point elle peut être joyeuse ou même cruelle.

[bctt tweet= »« Un poème à l’état brut où le drame et la joie sont la mélodie de la vie » » username= »LeBlogDuCinema »]

A l’image des tatouages sur le corps de , les drames font partie de la vie. Et ce film est un mixe parfait entre poésie et drame. Ces deux ambiances se rencontrent pour parler de la vie et de la mort. Mais la vie et la mort ont un point commun : l’amour. Jusque dans sa scène finale bouleversante d’humanité, le film est un message d’amour. S’aimer dans la vie, la mort, la maladie, la pauvreté, la peine, etc… Dans chaque scène, l’amour est le thème et le noyau des situations. L’amour véritable : l’amour dans les meilleurs et les pires moments.

L’amour est aussi présent ailleurs. Dans la caméra de Felix van Groeningen. Le cinéaste se joue comme ange du destin, qui peut être sincèrement cruel envers ses personnages. Mais c’est avec cette cruauté que le cinéaste va pouvoir filmer le meilleur de ses personnages. Il nous porte à l’écran des personnages touchants car plongés dans la difficulté de la vie. Quand est assis à une table dehors, regard fixé sur le chien qui coure après les poules, sans rien dire, sans bouger. A ce moment précis, la solitude dans la tristesse et la détresse de son personnage nous éclate au visage. Quand Veerle Baetens est assise à terre, jambes repliées vers son corps, les bras sur les genoux. L’actrice est seule sur le plan, rien autour d’elle (même pas un meuble). Le corbeau à la fenêtre, et la tristesse avec la détresse ressortent encore.

Photo du film ALABAMA MONROE

La caméra de Felix van Groeningen va à la rencontre de ses acteurs. Les acteurs montrent une sincérité et une spontanéité impressionnantes. C’est à partir de cet élément que le cinéaste va chercher ses personnages. Des personnages universels, devant une caméra qui n’a plus qu’à intégrer l’histoire autour d’eux. Il faudra retenir, à côté de cela, des acteurs qui passent par toutes les émotions. Aussi bien l’excitation, la colère que la nostalgie. Une nostalgie communicatrice, portée par une bande originale envoûtante. Les chansons au genre country / bluegrass sont à l’image de tout le film : l’art sera le messager de la vie, de la mort et de l’amour.

Un art qui passe aussi par la narration. Le film se raconte grâce à son montage qui en fera tiquer plus d’un. Une narration placée entre épisodes et zapping. Le mélodrame est partout, Felix van Groeningen est partout, les personnages sont intemporels, les ellipses et flashbacks n’ont plus d’importance. Car ces coeurs plein ou ces coeurs déchirés se confondent. Une linéarité aurait été plombante et aurait comporté des longueurs, voire des creux insupportables. Nous sommes loin du style de Terrence Malick avec son magnifique À La Merveille (en 2013 également). Ici, on ne décrit pas l’amour, on décrit la vie par l’amour. Et la vie (ainsi que la mort) par l’amour, ce sont des hauts et des bats incessants. Le montage de ce film nous dit que, géométriquement, la vie est semblable à des montages russes.

Le plus difficile à accepter dans ce film, ça serait surement les discours politique et religieux. Felix van Groeningen veut nous parler de la vie et de la mort. Apparemment, il sent alors obligé de passer par ce fameux « contrôle de l’esprit ». Cette théorie que la politique et la religion dictent les citoyens et les croyants. Que ces deux entités manipulent les gens, les soumet à la volonté d’une seule personnage. Entre manipulation et égoïsme, ce discours atteint son « too much » lors d’un concert. Juste après une chanson plutôt cool, Felix van Groeningen en vient à confondre colère et hystérie. Mais on sera content de savoir que cette partie du film ne prend, au plus, que vingt minutes des répliques de Johan Heldenbergh.

On en tiendra plus tellement compte au vu de l’esthétique du film. L’amour est présent dans toutes les scènes, qu’importe l’ambiance filmée. Et justement, cette ambiance est comme provoquée. Comme une conséquence de l’esprit des personnages. Ce que les personnages ressentent (entre tristesse, détresse, joie, colère, …) se reflète dans la mise en scène. Les décors, la lumière, les costumes : le film est en constante nuance entre ses scènes successives. Lors d’un enterrement, il pleut. A l’hôpital et dans l’ambulance, des hallucinations avec filtres. Lors des concerts, des couleurs festives.

Tout est propice à revenir sur les personnages. Tout ce qui est filmé est connecté aux deux personnages principaux. Il n’y en a que pour eux. En parallèle de la caméra qui vient à leur rencontre (dans un style lyrique pour la poésie ou secoué pour le dramatique), il faut noter que les personnages secondaires n’ont pas grande importance. Ils ne sont là que pour l’introduction des événements à venir. Dans plus des trois quarts du temps, on ne voit pas les personnages secondaires parler. Soit on les entend dans le hors-champ, soit on les voit bouger leurs lèvres sans entendre ce qu’ils disent. D’où le fait que l’ambiance est le reflet de l’esprit des personnages.

Teddy

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